mardi 31 janvier 2006
François Brutsch |
19h26 |
droit/politique
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Une différence que je perçois entre la blogosphère française et l'anglo-saxonne, c'est le caractère moins didactique, plus allusif, de la première. On écrit entre gens qui se comprennent à demi-mots, il n'est pas nécessaire de tout expliquer. C'est évidemment une erreur car on ne choisit pas ses lecteurs... Et c'est un comportement élitiste assez méprisant pour la plèbe.
Ce qui m'inspire cette réflexion morose, c'est le silence assourdissant des blogs qui ne sont ni alter ni libertariens sur l'attitude invraisemblable des politiciens français à l'égard de l'OPA du No 1 de l'acier (société néerlandaise dont l'actionnaire principal est un Indien domicilié à Londres) sur le No 2 (société luxembourgeoise résultant elle-même de la fusion de trois entreprises), comme de juste toutes tendances confondues: même Bayrou l'indépendant a manqué une occasion de se différencier. Alors même que, entre happy few, personnes intelligentes et modernes, l'affaire est entendue.
Cela nous donne un billet fataliste chez DirtyDenys, une prémonition ô combien juste chez Alain Lambert (la position d'ancien ministre offre la consolation de la lucidité), une allusion au détour d'un commentaire d'Emmanuel en réponse à Econoclaste. Mais personne (je rectifierai dès que possible... si, si, ça vient: voir les commentaires et trackbacks!) pour chroniquer Thierry Breton pontifiant sur les OPA hostiles (quant il n'a pas été gêné de celle d'Arcelor sur le canadien Dofasco ou de celle de Saint-Gobain sur le britannique BPB) et traitant pratiquement Lakshmi Mittal de va-nu-pied, tout en admettant qu'en l'espèce il n'est habilité à s'exprimer ni comme régulateur, ni comme actionnaire (contrairement au Luxembourg ou à la Belgique); "Disneyland Paris" Fabius dans ses accents les plus anti-capitalistes mitterrandiens et même Dominique Strauss-Kahn prêt à s'opposer à cette "OPA du tiers-monde" (ces Indiens, pour qui se prennent-ils); ou ce sous-ministre s'indignant de cette "affaire de gros sous".
Exactement: les destinataires d'une Offre Publique d'Achat (d'actions), ce sont les actionnaires, pas les pouvoirs publics. Et les règles à respecter relèvent de l'Union européenne et d'elle seule, pas de la place du village gaulois.
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François Brutsch |
18h05 |
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Or donc, Un swissroll s'associe au soutien à Garfieldd, directeur d'école licencié de la fonction publique française pour cause de blog. Le ministre a promis une nouvelle décision "mieux proportionnée", mais depuis c'est le silence radio; dire que j'ai su trop tard qu'il était dans mon quartier de Londres, vendredi dernier, pour m'installer devant l'école avec un panneau: "Gilles, n'oublie pas Garfieldd!"
Conformément au principe de la chaîne des "billets pornographiques du jour" initiée par Kozlika, je publie (sans retouche) un extrait du corps du délit -- et pour durer sans lasser, ce sera seulement le mardi, tous les mardis. Vous pouvez en en lire des dizaines d'autres sous WebArchives ou alors en cache Google, et à vrai dire le choix est difficile tant il y en a et tant ils sont bons.
Et maintenant (Gilbert Bécaud)
Par Garfieldd - Jeudi 24 Février 2005 à 20:02 - Dans la tête
Et maintenant que vais-je faire
Je vais en rire pour ne plus pleurer
Je vais brûler des nuits entières
Au matin je te haïrai
Ca devait arriver... Un inconnu qui me connaît est arrivé sur mon blog... "...d'habitude je vous dis bonjour Monsieur le Proviseur . J'ai l'honneur et le plaisir de vous rencontrer parfois , professionnellement..."
Cela me rappelle il y a quelques années, sur un site de rencontres, un prof que j'avais reconnu grace à sa photo et que j'avais abordé, sans arrière pensée, simplement pour lui dire bonjour. Face à ses légitimes interrogations (je l'avais appelé par son prénom mais lui n'avait pas d'élément pour m'identifier) j'avais écrit : "Lorsque l'on se croise dans les couloirs, vous me dites bonjour monsieur le Proviseur Adjoint"...
Et la conversatioin avait pris un tour simple et enjoué. Naturel.
Aujourd'hui donc quelqu'un commente une de mes notes et m'indique qu'il me connaît...
Quand on me demandait ici même si je n'avais pas peur d'être reconnu, je répondais non. C'est vrai que je n'écris rien de honteux, de scandaleux, de gênant. Mais jusqu'à présent ma réponse était théorique.
C'est vrai cependant que je dis ici mes incertitudes, mes faiblesses, mes choix, ma vie. Ce que je planque traditionnellement derrière un ensemble chemise-cravate conventionnel.
Et maintenant que vais-je faire ?
Etre lu par des gens que l'on connait, des potes, des ami(e)s c'est déjà un exercice parfois délicat. J'avais écrit dans une note intitulée Cyber Tartuffe que je ne me voyais pas raconter certaines choses trop intimes en particulier quand à des rencontres furtives et intenses. Parce que je n'ai pas envie d'avoir des images trop précises voire déplacées qui se superposent à ce que je connais de ceux que j'apprécie...
Qu'est ce que je raconte ici ? Des choses forcément impudiques également puisque je livre mes doutes, mes hésitations, mes coups de grisou et de désespoir... Dévoiler ses sentiments c'est cela, sans doute, la vraie impudeur, plus évidente encore que la taille de la teub, le nombre de partenaires ou la position préférée...
Et maintenant que vais-je faire ?
Vais-je ou dois-je me censurer ? Ce serait admettre l'idée que mes sentiments, mes idées ne sont pas avouables, pas respectables. Ce serait confondre ce qui est indicible avec ce qui n'est pas racontable... Ce serait admettre que ceux qui me lisent ne sont pas capables de comprendre, de me comprendre. Ce serait admettre l'idée que je ne joue qu'un rôle dans la vraie vie et que, si j'occulte certaines choses (comme le fait d'être pédé) c'est parce que j'en ai peut-être honte. Alors que je considère qu'il y a un fossé entre s'afficher et s'assumer.
Ce serait ne pas avoir confiance en moi, comme si je devais être craintif ou honteux de ce que je suis. Ce serait ne pas faire confiance à Philippe.
Mon bon... ça fout un choc quand même !
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lundi 30 janvier 2006
François Brutsch |
11h01 |
divers
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Je l'avoue d'emblée: tout ce que dit ou fait Chirac suscite en moi un réflexe de dérision. Des blogueurs moins désinvoltes ont cependant fait au discours sur la stratégie nucléaire de la France l'hommage de billets: Emmanuel Ceteris Paribus ici et là, Ludovic Monnerat, Norman Geras ici et là...
Et Michel Rocard s'est fendu dans Le Monde de vendredi d'une longue et intéressante tribune. Comme toujours avec lui, une ou deux choses m'ont surpris:
- Cette critique de la doctrine nucléaire de John Kennedy, qui aurait au fond livré l'Europe occidentale aux armées conventionnelles du Pacte de Varsovie si la France (de Gaulle) n'avait sauvé la situation en étant, elle, prête à frapper. Vraiment?
- Cette croyance touchante que la fin de la guerre froide aurait pu permettre non seulement une réduction massive des arsenaux nucléaires mais une véritable disparition de ces armes. D'abord, l'accent mis sur la guerre froide oublie que, tant pour Israël que pour l'Inde ou le Pakistan, même la dissuasion nucléaire classique a d'autres enjeux. Mais surtout, dans la pratique, on peut à la rigueur y croire pour l'éradication d'un virus par l'OMS (et encore), mais désinventer la Bombe...
Cela n'enlève rien à la pertinence de la critique de Rocard à ce qui me paraît l'absurdité centrale de la doctrine Chirac: viser des Etats alors que la menace, y compris nucléaire inéluctablement, est désormais privatisée, hors-sol. Dans un monde globalisé, "Socialisme ou barbarie" se dit aujourd'hui "La liberté ou la mort", et les avant-postes sont en Israël, en Irak ou en Iran.
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dimanche 29 janvier 2006
Guillaume Barry |
18h46 |
grains de ciel
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Voilà que j'ai parcouru la première circulaire (équivalent latin du grec encyclique) de Benoît XVI (version française ici) et, comme disent les Vaudois, je suis déçu en bien. A vrai dire, je ne suis pas si surpris que ça, dans la mesure où j'avais déjà eu l'occasion de goûter la profondeur et la pertinence théologiques de certains ouvrages de Ratzinger. Il y aurait déjà beaucoup à dire sur le peu que j'ai lu dans ce document inaugural. Je retiens que l'essentiel de ce que croit un protestant s'y trouve.
Une des bonnes surprises est l'affirmation de la séparation nécessaire de l'Eglise et de l'Etat (si c'est une découverte ou redécouverte récente pour les Catholiques, n'oublions pas que Luther et Calvin ont contribué à en donner les conditions de possibilité sans la connaître vraiment).
Notre théologien de pape dénonce de façon intéressante les deux types d'excès consistant à réduire l'humain à un corps ou à une âme. En poursuivant sa réflexion, assez incongrue par rapport au paradigme régnant, on pourrait dire que le culte du corps (dans les temples du fitness) est en même temps une haine du corps (donc de soi) et de la matière (donc du monde) dès lors que la chair n'est plus canon.
Mais cette considération est précédée d'une réflexion plus vaste sur la distinction entre l'amour eros et l'amour agapè, c'est-à-dire entre l'amour ascendant, sensuel, possessif, qui reçoit et l'amour descendant, oblatif, qui se donne. Là aussi, Benoît XVI, prône une synthèse des deux: l'être humain ne peut pas toujours donner, il doit aussi recevoir. Malheureusement, plus j'avance dans le document, plus j'ai l'impression qu'un certain "naturel" catholique qu'on a voulu chasser, en tout cas épingler, revient gentiment, peut-être pas au galop. Je veux dire la fascination pour le sacrificiel aux connotations émasculantes.
A ce propos, l'auteur évoque la complémentarité des sexes en évoquant le mythe de Platon selon lequel les humains étaient à l'origine sphériques, c'est-à-dire complets et autosuffisants, que les dieux ont puni en les coupant en deux, de sorte que chacun désormais cherche sa moitié. Mais Benoît XVI se garde bien de détailler le mythe pour lequel il y avait des êtres mâles-femelles, mâles-mâles et femelles-femelles. Et, concernant la doctrine du mariage qui est abordée en passant, soit le mariage considéré comme seule icône possible de la relation entre Dieu et son peuple, osons lancer cette tarte à la crème (en l'occurrence la pâtisserie sera une religieuse): des hommes ayant fait voeu de célibat sont-ils les mieux placés pour en parler?
Ce pape théologien ne sera donc pas celui que j'aimerai détester - au contraire, ses positions sur la thématique gaie (pour prendre un exemple tout à fait au hasard) me feront plus de mal que si elles venaient d'un esprit théologiquement faible et à côté de la plaque.
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François Brutsch |
11h20 |
pink power
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Une page qui mérite la lecture dans Le Monde daté dimanche-lundi.
L'auteur est Mustapha Kessous, le pigiste à qui le grand quotidien avait dû sous-traiter sa couverture des émeutes de l'an dernier. La collaboration continue-t-elle, ou a-t-il été titularisé? Cela n'a pas de rapport direct, mais dans le même numéro j'aime bien cette réaction (laissée par un internaute, si je comprends bien le titre de la rubrique: LeMonde.fr Blogs et réactions) à propos des débats sur les projets Villepin relatifs à l'emploi:
25.01.06 | 17 h 01
Moi je veux du vrai boulot avec des vrais morceaux d'expérience dedans! Peu m'importe le statut, pourvu qu'on aie le salaire! Je veux TRA-VAI-LLER!!! Quand j'aurai du travail, alors je me battrai pour le garder et justifier mon utilité! Quand j'aurai du travail, alors je ferai valoir mes droits et je me battrai contre les abus! Mais qu'on me libère de ce carcan législatif surprotecteur.
Fabrice S.
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samedi 28 janvier 2006
François Brutsch |
23h05 |
médias
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George Galloway, c'est ce parlementaire britannique rouge-vert-brun, ami de Saddam et d'Assad. Il vient de passer 3 semaines dans l'émission de télé-réalité Celebrity Big Brother et a maintenant retrouvé le contact avec le monde extérieur, pour découvrir que, contrairement à son attente, cela n'a nullement contribué à sa popularité. Harry's Place s'est fait une joie de commenter en détail ses prestations, et a augmenté au passage de 25% son audience (le dernier billet, mais leur couverture a été constante depuis le 5 janvier). Pour une synthèse en un article, le Times de vendredi.
Un animateur d'une émission radiophonique pour le public djeunz, Chris Moyles, a fait voter ses auditeurs par SMS. En 20 minutes, plus de 19'000 réponses sont arrivées, à 92,5% anti-Galloway. Ce que je trouve toutefois un peu dérangeant, c'est la question: non pas approuver / désapprouver mais like / hate. Même en traduisant par "détester" plutôt que "haïr", cela renvoie une image complètement immature, infantile de la politique. Une interprétation optimiste serait de dire que c'est justement ce qu'ils lui reprochent...
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vendredi 27 janvier 2006
François Brutsch |
23h23 |
droit/politique
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Depuis Giscard et Mitterrand, quelques retouches aidant et les usages s'étant arrondis, on en était un peu venu à oublier les relents sulfureux de la Constitution de la Ve République qui font de la France une démocratie plus autoritaire que libérale: on peut les résumer par la supériorité du gouvernement sur la représentation nationale exprimée par le parlement. C'est manifeste dans l'organisation des travaux parlementaires (même si c'est là qu'il y a eu des aménagements) mais surtout dans cette disposition qui fait bondir les constitutionnalistes: la compétence législative originaire appartient à l'exécutif (art. 37), le parlement n'a qu'une compétence déléguée, limitée aux objets énumérés à l'article 34 de la Constitution.
Ce dispositif est aujourd'hui mis à contribution par Chirac pour procéder à l'ablation de l'embarrassante disposition votée par le parlement et promulguée par lui-même le 23 février 2005:
Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.
A ce train là, on peut d'ailleurs se demander en quoi le reste de cette loi serait, lui, conforme à l'article 34 de la Constitution... Mais le procédé consistant, près d'un an plus tard, à saisir le Conseil constitutionnel (est-ce techniquement possible, aucun délai ne s'applique-t-il à l'exécutif? oh, je n'en doute guère...) pour éviter de réparer par un débat politique une erreur politique est méprisable. Et rappelle que ce Conseil, par sa nature et sa composition, est lui aussi une imitation autoritaire d'une juridiction constitutionnelle démocratique.
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François Brutsch |
13h18 |
changer la vie
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Le Daily Telegraph d'hier se fait l'écho d'une nouvelle offre alléchante de McDonald's: l'emploi partagé en famille, une expérience lancée dans 6 villes de Grande-Bretagne. De quoi inspirer Villepin?
Dans les formes de flexibilité de l'emploi salarié destiné à ceux qui ne veulent (ou ne peuvent, mais attention de ne pas se limiter à ces derniers) travailler à plein temps, le job sharing (un poste partagé entre deux personnes) est nettement moins courant que le poste à temps partiel. Et les rares cas que je connais semblent toujours relever du sur mesures, adapté aux personnes et aux circonstances, et non de la mise à disposition générale d'une troisième forme d'emploi (qui aurait pour l'employeur l'avantage de pouvoir raisonner sur le temps plein en éliminant complètement ou presque le risque d'absentéisme, quel qu'en soit le motif).
Bon, en remontant à la source probable, l'initiative n'est probablement pas aussi exaltante que je l'imaginais: il s'agit plutôt de permettre à plusieurs employés d'une même famille de se remplacer mutuellement en cas de besoin. Mais l'idée mérite d'être creusée.
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jeudi 26 janvier 2006
François Brutsch |
20h33 |
pink power
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Lorsqu'elle était premier ministre de Mitterrand, Edith Cresson s'était plainte aussi bien des Japonais (ces fourmis) que des hommes britanniques (à moitié homos). La campagne en vue de l'élection du nouveau leader du parti libéral tend à lui donner raison sur ce dernier point.
Il y a d'abord eu le retrait soudain d'un des jeunes loups modernisateurs, Mark Oaten, invoquant un soutien insuffisant alors que la compétition venait à peine de commencer. Le lendemain le News of the World sortait le témoignage détaillé d'un prostitué dont Oaten avait utilisé les services à plusieurs reprises, de telle sorte qu'il avait fini par reconnaître ce parlementaire que l'on voit parfois à la télévision. L'ennui c'est que le candidat avait choisi d'annoncer son ambition de succéder à Charles Kennedy depuis son domicile, entouré de sa femme et de ses enfants...
Simon Hughes ne s'est pas encore retiré, mais il paraît aujourd'hui en difficulté. Après Avant même le retrait de Oaten, deux journalistes du Daily Telegraph avaient carrément posé la question à ce fringant célibataire dans la cinquantaine: "Etes-vous gay?". Il avait répondu:
Il se trouve que je ne le suis pas, mais j'ose espérer que cela ne changerait rien si je l'étais.
Ca vous a un petit côté voltairien de bon aloi pour un libéral britannique, mais c'était trop étroitement clintonien pour être honnête: cette réponse a indigné des supporters de Hughes moins versés en rhétorique et qui connaissent ses relations avec des hommes. Il est maintenant sur la défensive, expliquant qu'il a des relations aussi bien avec des hommes qu'avec des femmes, qu'il aurait pu se marier (avec une femme) mais que cela ne s'est pas trouvé... Bref, s'il n'est pas gay, il n'est pas hétéro (pur sucre) non plus: il est bisexuel, et a raté l'occasion de le proclamer fièrement en réponse au journaliste (même si c'était aussi dangereux car il y a des gays comme des hétéros que cette notion désécurise).
Au demeurant Hughes ne mérite aucune indulgence car il a a un autre cadavre dans son placard: il avait conquis son siège en 1983 lors d'une élection partielle au détriment du parti travailliste représenté par Peter Tatchell qui fit l'objet d'une campagne homophobe.
Comme on le sait au moins depuis le rapport Kinsey, les choses ne sont binaires ni pour les cowboys, ni pour les politiciens: s'il y a des hétéros et des homos de stricte obédience, pour qui la vie est plus simple, il y a aussi des hommes qui sont bisexuels, à des degrés et selon des modalités variables; et je distinguerais encore les hétéros qui occasionnellement ont une activité sexuelle avec d'autres hommes, et les homos qui occasionnellement ont une activité sexuelle avec des femmes... Même chose pour les femmes, évidemment.
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François Brutsch |
19h10 |
divers
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Le résultat des élections palestiniennes évoque irrésistiblement le mot de Abba Eban, ancien ministre travailliste des affaires étrangères d'Israël:
Les Palestiniens ne ratent jamais une occasion de rater une occasion.
Bien sûr d'un mal peut finir par sortir un bien, et l'état dans lequel Arafat avait laissé l'OLP et l'Autorité palestinienne n'augurait pas d'une grande capacité à l'auto-thérapie: place au remède de choc, donc. Les réformateurs de la "troisième voie" (Mustafa Barghouti) ont quant à eux été pris en étau.
Mais le Hamas est-il capable de passer en une nuit du terrorisme judéophobe au gouvernement responsable assurant l'ordre et la marche vers la prospérité sur son territoire et vivant en paix avec ses voisins? Le tragi-comique de l'affaire est par ailleurs que le scénario d'une majorité absolue claire et sans bavure n'était envisagé par personne, à commencer par les dirigeants du Hamas.
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mardi 24 janvier 2006
François Brutsch |
23h58 |
sur le front
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Une réflexion (im)pertinente de Ludovic Monnerat:
Les réseaux terroristes sont habitués à fonctionner avec des fonds limités, dans des pays où le coût de la vie est très bas; une manne de plusieurs millions équivaut à multiplier leur capacité à acquérir des armes, des explosifs, des munitions, des renseignements ou des complicités, et donc à commettre des attentats plus nombreux et plus meurtriers. De fait, la liberté de quelques citoyens européens a coûté la vie à des centaines de citoyens irakiens ou algériens.
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lundi 23 janvier 2006
Guillaume Barry |
23h52 |
grains de ciel
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spiked apparaît souvent comme une gauche qui trouve son bonheur à critiquer la gauche - pour mon co-blogueur ce sont des libertariens de gauche, pour qui la liberté d'expression est une valeur absolue (avec l'habeas corpus). Dans cet article de Frank Furedi, c'est un sociologue humaniste (donc un non-croyant), à en croire son site, qui dénonce ce qui lui apparaît être la nouvelle hystérie anti-religieuse de l'élite de gauche, cette hantise du retour du religieux, du complot fondamentaliste (aux Etats-Unis bien sûr). L'auteur prend comme exemple l'effet Narnia et un article de Polly Toynbee dans le Guardian, pour qui le film représente ce qu'il y a de plus détestable dans le christianisme. Il épingle aussi la nouvelle volonté pour les Démocrates (ou le New Labour) de pallier leur manque de valeurs, de ces choses qui donnent un sens de la vie - ce grâce à quoi leurs adversaires de droite semblent mieux être en phase avec les gens qui ne sont pas dans l'élite - qui apparaît afin de rejoindre les aspirations des électeurs. Ce qui est donc une démarche pragmatique qui n'a rien à voir avec des valeurs. La critique impitoyable qu'en fait Furedi est autant délectable qu'elle donne vraiment à penser. En même temps, en occupant une position d'analyste, ce n'est pas lui qui va indiquer des valeurs et un sens.
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dimanche 22 janvier 2006
François Brutsch |
23h10 |
médias
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Le blog de Garfieldd était-il pornographique? Etait-il, par son contenu, incompatible avec la dignité attendue de la fonction de son auteur? Garfieldd, c'est le pseudonyme de ce proviseur gay dont la révocation est remise en question par le ministre même qui l'avait prononcée, mais dont le sort n'est pas encore fixé. Et ça peut durer, car la nouvelle décision pourra évidemment faire l'objet d'un recours. Pour éviter cela, il faut maintenir la pression afin que la hiérarchie anonyme qui a préparé la première décision et qui doit s'estimer humiliée publiquement ne reprenne pas le dessus: mieux vaut que la nouvelle sanction soit aussi légère que possible.
Dans cet esprit, l'idée de Kozlika de republier certains billets de Garfieldd me paraît excellente: ils permettent d'apprécier très concrètement la nature du contenu de ce blog et l'esprit qui animait son auteur. A vous de voir!
- J'arrive (Zazie - 2004), samedi 29 janvier 2005 à 11:22
- Né en 17 à Leidenstadt (J.J. Goldman), jeudi 27 janvier 2005 à 22:18
- Dis quand reviendras-tu ? (Barbara), lundi 17 janvier 2005 à 22:50
- Y'a plus d'un âne qui s'appelle Martin, lundi 20 décembre 2004 à 22:54
- Le mal aimé (Claude François - 1974), jeudi 21 octobre 2004 à 23:14
- Argent trop cher (Téléphone - 1980), vendredi 15 octobre 2004 à 17:37
- Cyber Tartuffe, mercredi 30 juin 2004 à 22:51
- Les sucettes (France Gall - 1966), jeudi 23 septembre 2004 à 23:24
- Tout quitter mais tout emporter (P. Chatel), mardi 21 juin 2005 à 21:57
(Liste complétée le 26.01)
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samedi 21 janvier 2006
Guillaume Barry |
14h52 |
divers
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Avec Brokeback Mountain et ses prix et ses nominations qui pleuvent, le western spagaykitsch est donc la nouvelle coqueluche médiatique du moment.
C'est probablement du snobisme mal placé, mais une telle unanimité dans le sacre de ce qui devrait relever de la subversion, de la transgression me met mal à l'aise. Assisterait-on à un phénomène à la Michael Moore? Est-ce le fait que le film s'en prend à un mythe constitutif de l'Amérique profonde qui lui vaut autant de suffrages? A mes yeux, le film n'est pas mal du tout, mais sans plus - or il est parti pour devenir un film culte.
Si je fais abstraction de mes habitudes d'enfant gâté par le bon cinéma (d'où qu'il soit, américain, asiatique...) doublé d'un calviniste se lassant vite d'images prioritairement flatteuses, je dirai que ce film est une excellente chose. Détourner une pub pour Marlboro, mettre en scène une thématique ouvertement gaie dans un décor de western (alors que d'habitude, une homosexualité latente est omniprésente dans les deux cas): très bonne idée, certainement déjà exploitée, mais jamais à une échelle quasi planétaire. C'est très bon pour véhiculer "autrement" des images inédites et un discours (et des silences) inouïs en relation avec l'homosexualité masculine.
Il faut juste admettre le postulat kitsch de départ. La présence des personnages dans ces paysages ne sera donc pas crédible. Il faut s'habituer aux éclats quasiment éblouissants que jette la propreté immaculée de leurs vêtements dans le paysage (aux montagnes phalliques, forcément) avec des moutons en arrière-plan dont on ne les voit jamais s'occuper. Mais c'est cohérent, puisque dans l'histoire, ce sont de mauvais gardiens de moutons.
Il faut faire son deuil qu'il y ait une interaction effective entre les personnages. Le style veut qu'ils soient statiques, ayant l'air de n'exister que chacun pour soi. C'est frustrant parce que les personnages sont attachants et vivent quelque chose de poignant. Il paraît que ça correspond au mode de communiquer des gens de ce milieu. C'est ce dont m'assure une petite-fille de cow-boy du coin dans spiked. Je ne suis qu'à moitié convaincu: il y a d'autres manières de représenter la solitude fondamentale et la difficile communication entre les êtres.
A noter que dans un genre très voisin, l'Office du tourisme suisse n'est pas en reste. De magnifiques spécimens de mâles suisses sont proposés comme une alternative charmante et pleine de fraîcheur virile (si si, en Suisse ce n'est pas une contradiction dans les termes). C'est ici, cliquer sur Zum Herunterladen juste en dessous de WM - Alternative - Clip.
COMPLEMENT DE FRANCOIS A 23H55: De retour d'aller voir le film cet après-midi -- mais est-ce vraiment le même? Je n'ai vu ni kitsch, ni éclat éblouissant, ni propreté immaculée (et ces montagnes sont d'une horizontalité désespérante); les deux cowboys (sans vaches) travaillent dur, toujours vaguement crasseux, entre cigarette et whisky, et ne sont même vraiment beaux que dans de rares plans.
Je ne crois d'ailleurs pas avoir vu un film sur une thématique spécifiquement gay comme l'était bien sûr Garçon d'honneur (et je trouve plutôt regrettable que les médias lui collent ce label); plutôt un drame de la condition masculine dans des conditions frustes (c'est d'ailleurs un brillant contrepoint au rêve américain auquel Michael Moore, lui, participe de plain-pied). Il n'y a de grande passion que contrariée et je doute fort que Jack et Emmis partant tout deux s'établir dans un ranch auraient tenu longtemps ensemble. [Complément du 23.01: voir la critique de Mark Steyn, qui m'avait échappée.]
Tout cela m'a paru d'un réalisme poignant, mais sans misérabilisme ni pathos, bref une performance de Ang Lee et une adaptation fidèle de la nouvelle d'Annie Proulx (je viens de la parcourir) dont j'avais adoré The Shipping News, un roman sombre qui déjà traitait de l'incommunicabilité et du poids des conventions (avec un inceste en arrière-plan, si je me souviens bien).
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vendredi 20 janvier 2006
François Brutsch |
22h30 |
divers
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En début d'après-midi, j'ai résolu d'aller manger un sandwich au bord de la Tamise: j'ai pris cette photo en repartant (en pensant à Ludovic). Quand on est indépendant et qu'on travaille à domicile, on est libre de profiter du beau temps, et il faut aussi sortir pour s'aérer un peu. C'est une petite balade très agréable. En chemin, j'ai bien noté le bourdonnement continu d'un hélicoptère, et sur le pont que je traversais des badauds qui scrutaient le fleuve avec insistance. Pour couronner le tout j'ai dû rebrousser chemin, la police faisant évacuer le quai piéton en face du Parlement! Au retour, toujours l'hélico, sur le pont des caméras et sur le fleuve une vedette de la police. Et j'ai enfin l'explication sur le fil des nouvelles de la BBC et même de Libération dans la colonne de gauche: il y avait une baleine remontant la Tamise! La BBC a les photos où on la voit devant le Parlement.
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mercredi 18 janvier 2006
François Brutsch |
14h01 |
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La révocation d'un responsable d'école qui tenait, sous le nom de Garfieldd, un blog dans lequel il était aussi question de son homosexualité met à juste titre la blogosphère française en ébullition; et Libération confirme tristement qu'il perd pied face à la modernité (mais rectifie quand même devant l'évidence).
Lisez la lettre ouverte à Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, qu'Eolas publie sur son Journal d'un avocat: c'est précis, impitoyable, drôle et ça peut même être efficace!
COMPLEMENT DU 20.01 à 20h: La blogosphère française tient son moment de gloire:
- en contraignant Libération à rectifier rapidement et publiquement son erreur, même s'il n'a fait que reprendre celle commise auparavant par les valeureux membres de la commission administrative paritaire nationale réunie en formation disciplinaire: des noms, des excuses!
- en mettant le ministe de l'éducation nationale en mode "limitation des dégâts", suivant fidèlement les conseils gratuits de Me Eolas, puisqu'il a tenu à publier sans délai un communiqué pour confirmer la réception du recours gracieux de l'intéressé et annonce d'emblée qu'il "arrêtera prochainement une décision mieux proportionnée à la faute commise"; attendons pour savoir si ce sera un vrai happy end, avec une sanction relativement légère (toute la publicité malencontreusement faite autour de cette affaire étant par ailleurs déjà assez lourde à porter) ou si la victoire sera amère...
Tous les détails sont sur Embruns!
COMPLEMENT DU 21.01 à 15H15: Une fois levés les malentendus, la question de fond paraît bien être celle du blog à la première personne lorsque l'on est reconnaissable; j'allais ajouter "et que l'on exerce une profession sensible" mais en réalité elle se pose dès que l'employeur et les collègues et autres personnes susceptibles d'avoir affaire avec l'auteur peuvent l'identifier. Sur ce point je ne pense pas être d'accord avec Alex dans les commentaires: c'est à l'auteur de veiller à assurer la séparation. François Briatte, se référant aussi à d'autres situations, publie un très utile billet à ce propos, avec les précautions à respecter (voir aussi la discussion après ce billet chez Econoclaste). Ce qui ne justifie évidemment nullement une révocation! Mais rien ne devrait empêcher Garfieldd de rouvrir un blog dans quelque temps en suivant ces conseils et sous un autre pseudo (comme je rêve parfois qu'Arthur Chrenkoff, qui avait dû cesser de bloguer en changeant d'emploi, en ait lancé un autre...): Romain Gary se réinventant en Emile Ajar.
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mardi 17 janvier 2006
François Brutsch |
22h46 |
changer la vie
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Je voulais faire un effort pour donner envie de lire Guérir le stress, l'anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse, par David Servan-Schreiber, mais pourquoi me fatiguer? L'amorce est sur le site, en particulier la description des sept méthodes de la médecine des émotions qui sont l'objet du livre! Le titre anglais sonne mieux: Healing without Freud or Prozac (site).
Sur un thématique plus familière à son oncle Jean-Louis (l'auteur de L'Art du Temps qui introduisit en France, pour le grand public, des techniques de management personnel, le patron de Psychologies) qu'à son père Jean-Jacques (JJSS), fou de politique, mais avec ce génie familial de la pédagogie enthousiaste, de l'optimisme triomphant et de la synthèse américano-française, il combine science dure (le cerveau limbique), nouvelles approches thérapeutiques (la cohérence cardiaque, l'intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires, EMDR) avec l'acupuncture, la promotion des Oméga-3 ou des simulateurs d'aube pour remplacer le réveil et la vulgarisation efficace des techniques de communication interpersonnelle (notamment Marshall Rosenberg). Passionnant!
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lundi 16 janvier 2006
François Brutsch |
19h33 |
divers
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Le résultat du deuxième tour Sarkozy - Le Pen comme si vous y étiez! C'est chez Hugues de Commentaires et vaticinations.
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François Brutsch |
18h08 |
sur le front
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Je dois dire que je partage entièrement ce point de vue: nous sommes dans les années 30, le nouveau Chancelier Hitler teste ses marges de manoeuvre et constate qu'il peut sans dommage récupérer la Sarre et engager le réarmement en violation du traité de Versailles. La différence, c'est évidemment que l'accès à l'arme nucléaire est d'une toute autre nature. Et que la violation de l'intégrité territoriale de la Pologne (= des fusées iraniennes sur Israël?) n'entraînera pas forcément une réaction adaptée des puissances occidentales... Evidemment toute comparaison de ce genre est récusée par les Chamberlain, Daladier et futurs Pétain d'aujourd'hui; mais tout l'apprentissage de l'humanité, toute le discours historique repose sur la comparaison du présent avec le passé, ne serait-ce que pour déceler les différences ou les vraies ruptures.
Par rapport aux autres comparaisons possibles (l'accession de l'Union soviétique, de la Chine, de l'Inde, du Pakistan ou d'Israël à l'arme atomique), c'est quand même celle à laquelle ressemblent le plus et la démarche iranienne et la réaction pathétique des Etats occidentaux: la palme à Douste-Blazy qui juge des sanctions prématurées, ou Javier Solana qui exclut par avance le recours à la force; venant d'eux, on ne peut malheureusement espérer qu'il s'agit d'une ruse pour préparer secrètement une riposte.
Outre la situation intérieure iranienne (qui paraît, elle, bien différente de l'Allemagne des années 30), faut-il en venir à compter sur la Russie et surtout sur la Chine?!
COMPLEMENT DU 17.01 à 19h30: A contrario, et pour ceux qui ne vont pas lire les commentaires, je voudrais attirer l'attention sur ce billet d'Alexandre Delaigue sur Econoclaste (signalé par Emmanuel), rappelant les caractéristiques singulières de l'arme nucléaire dans la théorie des conflits qui font que son emploi par l'Etat qui la détient est improbable.
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François Brutsch |
10h19 |
médias
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Triomphe de la continuité avec une touche de féminisme: la ministre de la défense succède au président sortant. L'élection à la présidence chilienne de Michelle Bachelet doit faire rêver une autre Michèle, Alliot-Marie, encore davantage que Ségolène Royal.
La place consacrée par les médias français à ce train qui arrive à l'heure, la candidate socialiste remplace son mentor, le socialiste Ricardo Lagos, laisse pourtant songeur. Surtout si on la compare au désintérêt porté aux élections canadiennes du 23 janvier, alors même que l'opposition de droite du parti conservateur, mené par Stephen Harper, est 10 points devant Paul Martin du parti libéral au pouvoir.
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dimanche 15 janvier 2006
Guillaume Barry |
10h38 |
europe, europe
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Aujourd'hui, nous irons comme il se doit voir le fameux Brokeback Mountain d'Ang Lee, qui raconte un amour entre deux cow-boys. Dimanche passé, nous avons vu tout autre chose: Organize Isler (Les Affaires Organisées), un film turc de Yilmaz Erdogan, qui se passe à Istanbul et dans les environs. Ce genre de film est un bien meilleur argument pour l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne que les discours. D'abord il nous fait rire - avec d'autres gags que les nôtres. Un humour qui, à nous, nous apparaît décalé, mais accessible la plupart du temps. L'auteur aime ses personnages qui s'aiment d'amitié et d'amour, volent et escroquent leur prochain avec bonheur, car ils aiment la vie (certains rayonnent) avec plus ou moins de cynisme et de rouerie. Ils et elles font plaisir à voir. On se sent bien en leur compagnie. A noter qu'en 2004, j'avouais (c'était encore sur la première version du blog) déjà avoir été conquis par un film turc, à savoir G.O.R.A., une parodie de science-fiction.
Un pays "voisin" qui (à cause de ses vicissitudes ou malgré elles) suscite des artistes qui ont une telle approche de la réalité (humour à la fois simple et décalé, intelligence, lucidité générosité...): ce sera un honneur et un avantage pour l'U.E. que de l'accueillir dans son sein. (Pourvu que cela n'endorme pas la créativité des auteurs...) A la sortie du film, mon compagnon, jusqu'ici très réticent (euphémisme) sur cette destination, voulait absolument qu'on aille passer un week-end à Istanbul, pour la bauté des lieux et des gens. Quelques jours après, malheureusement, on apprenait les premiers décès en Turquie dus à la grippe aviaire. Espérons, pour eux comme pour nous, que ce week-end n'est que partie remise.
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samedi 14 janvier 2006
Guillaume Barry |
23h17 |
grains de ciel
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C'est la grande mode (récurrente) de parler de Judas. Il a droit maintenant à son évangile - cf. cet article dans le Daily Telegraph et ce billet de Phersu.
Judas a l'immense mérite d'être le support des paradoxes théologiques et philosophiques les plus classiques. Pour n'en citer que deux, il y a la double question: pourquoi faut-il condamner Judas puisque 1° il est un instrument nécessaire de la rédemption universelle 2° Jésus sait à l'avance qu'il va le trahir, le lui dit et le révèle aux autres disciples.
La question 2° pose tout le débat liberté et déterminisme. Je ne connais pas de meilleure réponse que celle de Leibniz (qui disait commencer en philosophe et finir en théologien): De toute éternité, la notion "Judas" implique la notion "livrer Jésus" (comme la notion 5 implique la notion 2+3) - mais cela n'empêche pas qu'il le fait librement, car la définition de la liberté est (entre autres) une action sans contrainte EXTERIEURE...
On s'est aussi posé la question de la gravité comparée des crimes de Judas. Pire que la trahison, il y a son suicide, qui relève du désespoir. Or, selon une certain tradition théologique, le désespoir est le pire péché possible, le seul qui soit impardonnable puisqu'il consiste à refuser à Dieu la possibilité de pardonner (qui est l'essence même de Dieu). Une manière pour le Moi de se poser en dieu qui occupe toute la place.
Un calviniste n'a aucune raison de s'intéresser particulièrement à la gravité ou à la particularité du crime de Judas puisque le péché pour Calvin (et avant lui Luther et avant lui Paul, on reconnaît ma chanson) est un saut qualitatif et non pas quantitatif. Le péché est par définition le fait de se mettre à la place de Dieu, les modalités pouvant varier. Le désespoir est une FORME que peut prendre le péché - et peut-être qu'on peut dire avec les catholiques que c'est la forme par excellence.
L'autre saut - qualitatif et non pas quantitatif - c'est le fait d'être sauvé (grâcié, réhabilité, adopté) qui ne dépend pas d'une décision ou d'un comportement humains. Et voilà qui place la question 1° sous un autre jour.
A noter que le désespoir total de Jésus sur la croix (quand il crie "Mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné") est cohérent avec la doctrine selon laquelle il a pris sur lui tout le péché du monde... "Il a été fait péché" Il y a même des gens qui pensent que le samedi saint, Jésus était en enfer presque au même titre qu'un damné. Mais c'est encore un autre paradoxe...
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vendredi 13 janvier 2006
François Brutsch |
23h21 |
droit/politique
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Aux Etats-Unis, la campagne pour l'abolition de la peine de mort vient d'encaisser un sérieux revers (via Instapundit): l'analyse d'ADN qui devait prouver l'innocence d'un homme exécuté en 1992 a au contraire confirmé le verdict de culpabilité prononcé par le jury. Accusé du viol et du meurtre de sa belle-soeur en Virginie, Roger Coleman avait toujours protesté de son innocence, au point de convaincre une ONG, Centurion Ministries, et des médias de s'engager en sa faveur.
Yesterday, James C. McCloskey, Centurion's executive director, said he felt betrayed by the man whose last words included the statement, "An innocent man is going to be murdered tonight."
"How can somebody, with such equanimity, such dignity, such quiet confidence, make those his final words even though he is guilty?" McCloskey said.
Les partisans de la peine de mort se voient ainsi confortés dans leurs convictions. En réalité, cela ne devrait rien changer non plus pour les adversaires, aux yeux de qui Coleman n'aurait pas dû être exécuté condamné à cette peine même s'il s'était glorifié de sa culpabilité. Mais le déroulement de cette affaire ne manquera de désensibiliser un peu plus le reste de l'opinion, qui y trouvera une nouvelle raison de se méfier de la naïveté des belles âmes pour qui il était plus mobilisateur de le croire innocent -- ce mécanisme de rationalisation était déjà à l'oeuvre à propos de "Tookie" Williams en Californie, à qui Schwarzenegger a refusé la grâce. Un autre élément de cynisme qui me frappe est la quête fiévreuse de l'erreur judiciaire décisive à laquelle se vouent les abolitionnistes...
La presse américaine donne évidemment les détails, mais la BBC se limite à une présentation sobre et clinique, et à l'heure où j'écris il n'y a toujours rien sur les sites du Monde ou de Libération. Imaginez ce qu'il en serait si le résultat de l'analyse avait été inverse...
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jeudi 12 janvier 2006
François Brutsch |
23h55 |
médias
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Les émeutes des banlieues françaises ont évidemment intéressé les médias du monde entier.
Puis le magazine suisse L'Hebdo a envoyé ses journalistes se relayer pour tenir le Bondy Blog.
La presse française en a abondamment parlé, non sans, on peut l'imaginer, une certaine diversité de sentiments, entre aigreur et regret de ne pas avoir eu l'idée.
C'était dès lors la moindre des choses qu'un journaliste français vienne à son tour observer les banlieues suisses -- honneur à Matthieu Garrigou-Lagrange de France Culture (je n'ai pas trouvé pour quelle émission, ni s'il y a un podcast)!
L'Hebdo ne l'a pas lâché d'une semelle et raconte cette semaine cette nouvelle aventure: la boucle est bouclée!
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mercredi 11 janvier 2006
François Brutsch |
18h05 |
pink power
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Je suppose que c'est le devoir de ce blog de signaler cet article publié par Le Temps: le site de ce quotidien est en effet ainsi (mal) conçu que même les liens qui restent en permanence disponibles pour consultation gratuite se volatilisent après 24 heures.
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François Brutsch |
12h17 |
changer la vie
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Du plasticien suisse Thomas Hirschhorn, je connaissais seulement le scandale autour de son exposition au Centre Poussepin, à Paris, il y a une année: elle avait eu pour conséquence immédiate une réduction de la subvention à la Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia par le parlement fédéral.
Mais deux splendides pages dans Le Monde de ce matin donnent une toute autre image, combien plus positive, du personnage et de son engagement (comme c'est régulièrement le cas depuis la nouvelle formule, le site donne bien l'information brute mais l'édition papier, par son graphisme et ses compléments iconographiques, apporte une valeur ajoutée réelle).
Avant les émeutes des banlieues, avant même son exposition Swiss-Swiss Democracy, Thomas Hirschhorn s'était mis en tête de monter le Musée précaire Albinet en Seine-Saint-Denis (le fameux "9-3"), non loin de son atelier:
Du 19 avril au 14 juin 2004, le plasticien suisse Thomas Hirshhorn délaissait les galeries new-yorkaises et les expositions européennes (...). A raison d'une exposition par semaine, il installait dans une structure temporaire montée au pied de la barre d'HLM, les œuvres de huit artistes majeurs du XXe siècle : Beuys, Dali, Duchamp, Le Corbusier, Léger, Malevitch, Mondrian et Warhol.
Pas des reproductions ou des travaux secondaires, mais des originaux, prêtés par le Musée national d'art moderne (centre Georges-Pompidou) et le Fonds national d'art contemporain. Une bibliothèque, une salle pour les ateliers d'écriture et une buvette étaient adjointes à la salle d'exposition. Les gamins de la cité y côtoyaient les amateurs de peintures. Des spécialistes venaient présenter les artistes exposés. Des débats étaient animés par diverses personnalités (Camille Laurens, Tiphaine Samoyault, Leila Shahid...).
Pendant huit semaines, les habitants des 111 logements de la cité se voyaient plongés dans le monde de l'art. Comme spectateurs, bien sûr, mais aussi comme acteurs. Construction du musée, transport, déballage et accrochage des oeuvres étaient confiés à une douzaine de jeunes du quartier, préalablement formés à Beaubourg ou à la Biennale d'art contemporain de Lyon. Des adolescents s'essayaient aux ateliers d'écriture, des enfants se lançaient dans la peinture abstraite et le détournement d'oeuvres, des adultes participaient à diverses excursions culturelles pendant qu'en coulisse une poignée de femmes préparaient la cuisine et géraient la buvette.
C'est cette aventure, mais surtout les traces qu'elle a laissée 18 mois plus tard, que raconte dans un reportage Nathaniel Herzberg, appuyé sur la publication d'un ouvrage et d'un DVD.
Dans sa note d'intention, rédigée en février 2003, l'artiste suisse assignait aux oeuvres exposées "une mission spéciale, non pas de patrimoine mais de transformation, peut-être leur mission initiale". Trois ans plus tard, les difficultés du quartier sont intactes. Au risque de décevoir les plus optimistes, la banlieue n'est pas soluble dans l'art. Mais à la barre Albinet, ils sont quelques-uns à avoir entendu le message de Thomas Hirschhorn.
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lundi 9 janvier 2006
François Brutsch |
20h48 |
droit/politique
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La brebis égarée est rentrée au bercail (avec un affreux bibi sur la tête): on est rassuré de voir que la justice peut renvoyer une autre image que celle d'Outreau, lorsqu'elle ne juge pas le Lumpenproletariat mais les rejetons de la bourgeoisie intellectuelle, et 25 ans après les faits plutôt qu'en comparution immédiate. Comme de juste, Le Monde parle des "victimes" entre guillemets (le personnel et les clients, qui ont eu le temps de se remettre de leur terreur d'être pris dans une attaque à main armée en 1980; le directeur de l'agence avait été grièvement blessé) et sait nous faire plaindre Hélène Castel dans sa fuite mexicaine (entrecoupée, nous dit-on, de visites de son père, le sociologue Robert Castel, et de son frère). L'avocat de la partie civile, la BNP, s'est montré on ne peut plus compréhensif. Jusqu'à l'avocat général Philippe Bilger qui participe à cette métamorphose de la justice publique en psychothérapie privée en se réjouissant d'avoir enfin pu mener un procès avec l'accusée plutôt que contre elle, et trouve les accents mystiques du bon berger: "tout est accompli, tout est bien". Cela a certainement fait chaud au coeur dans les banlieues.
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François Brutsch |
15h49 |
médias
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Already the first instinct of many at the scene of an accident or disaster is not to help, but to film.
Jim White met en plein dans le mille dans le Telegraph de ce matin à propos des travers des caméraphones (à côté de leurs avantages évidents), en commentant le fait que d'autres journaux ont cru judicieux de publier la photo d'une femme se jetant du 5e étage de son hôtel: une tragédie purement privée, mais du moment que des badauds s'étaient empressés d'envoyer leurs photos...
A rapprocher de cet excellent billet de Hugues.
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dimanche 8 janvier 2006
François Brutsch |
18h01 |
changer la vie
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Il y a des jours comme ça où les bonnes choses vont par trois:
- Les Britanniques ont le Millenium Dome de Richard Rogers et le Eden Project de Nicholas Grimshaw. J'apprends maintenant que la Suisse a un établissement d'écotourisme de luxe pour 10 personnes au plus, dans cinq tentes high-tech dans les Alpes valaisannes: WhitePod. Pour les nostalgiques d'Expo.02...
- L'information précédente est extraite de l'improbable supplément occasionnel du Financial Times du week-end, How To Spend It, dont les publicités ont le don de mettre en rage ceux qui lisent au premier degré The Guardian (ou à Genève Le Courrier): appartement dès 10'000'000$, yacht à 8'900'000€, que l'on peut aussi louer pour 56'000€ par semaine... Cette semaine il y a aussi un article fascinant sur les derniers développements de l'architecture préfabriquée. Il n'est malheureusement pas accessible en ligne, mais annonce une exposition du 26 janvier au 18 mars, Prefabulous London, qui ne manquera pas d'être présentée sur le site New London Architecture.
COMPLEMENT du 11.01 à 20h30: Le Temps d'aujourd'hui précise que les WhitePods étaient installés près de Villars (VD) l'hiver dernier, avant de trouver leur implantation actuelle aux Cerniers près de Monthey (VS). Ce qui confirme la la flexibilité remarquable de leur conception.
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samedi 7 janvier 2006
Guillaume Barry |
14h17 |
grains de ciel
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Comme les rois mages en Galilée / Suivaient des yeux l'étoile du berger
Je te suivrai, où tu iras j'irai / Fidèle comme une ombre, jusqu'à destination
La chanson de Sheila (écouter un extrait en passant par ici) cumule inexactitudes bibliques, astronomiques et atteintes au féminisme, ce qui en 1971 était impardonnable. Mais son insouciance et son côté entraînant me la rendent toujours plus irrésistible avec le temps - pur effet de nostalgie que cette magie des images sonores exercée sans grands dommages par le ramage sur ces mages-là. Fin de l'hommage.
L'évangile de Matthieu ne dit pas que ce sont des rois (ni qu'ils étaient trois - là ce sont des considérations prosodiques qui ont vraisemblablement empêché Sheila de fauter) et l'étoile n'est pas celle du berger (à savoir la planète Vénus). Le terme 'mages' désigne probablement des prêtres zoroastriens iraniens ou des astronomes-astrologues babyloniens, et l'interprétation la plus immédiate est que, pour l'Evangile, ils ont repéré l'apparition d'un astre nouveau, spécifique, dont ils comprennent qu'il est l'astre d'un nouveau roi des Juifs. Pour le texte, on n'a pas affaire à une pure configuration astrologique hypersignifiante (comme la conjonction de Jupiter et Saturne), sans création d'un nouveau corps céleste. Mais l'auteur de cet Evangile en bon juif, devait plutôt réprouver l'astrologie et ne pas trop la connaître, et il n'est pas étonnant qu'il ne donne pas de détails.
En tout cas, il évoque un astre qui se déplace jusqu'à l'endroit où se trouve l'enfant Jésus. Or, dans la pensée de l'Ancien Testament, les corps célestes sont des serviteurs, tout comme les anges, et l'étoile de la nativité revêt bien cette fonction. De toute façon, les récits relatifs à la naissance de Jésus sont les plus tardifs, et s'apparentent plutôt à la légende, ce qui ne les prive pas de sens théologique (et, pour moi, de vérité), bien au contraire.
Comme nos mages ne sont pas forcément des rois, on ne peut pas les récupérer pour dire qu'avec eux, l'autre extrémité de l'échelle sociale (par rapport aux bergers) rend hommage au roi divin nouveau-né. Le seul roi historiquement connu dont il soit question, c'est Hérode qui cherche à faire mourir celui qu'il prend pour un rival. Le récit est d'une grande ironie: ce sont des "théologiens païens" qui informent le roi (temporel) des Juifs de la naissance du Messie, à savoir le roi définitif des Juifs qu'il aurait dû anticiper par la connaissance normale des Ecritures.
De prime abord, le récit n'est pas politiquement correct, se situant aux antipodes du multiculturalisme: des religieux non-juifs sont pris par la main (par messager céleste interposé) pour venir prêter allégeance à Jésus en tant qu'il est le roi des Juifs. Sauf que, ce sera justement le pouvoir religieux aliénant de sa propre religion (couplé ou non au pouvoir temporel) que Jésus va amener à se démasquer (à la suite des prophètes, et comme le feront Paul, Luther, Barth... on connaît ma chanson). Face à Jésus, la religion se montre sous son vrai jour: haine de Dieu, volonté de tout contrôler. Les fondements du pluralisme moderne sont donc loin d'être compromis par celui qu'ont adoré les mages. Il en a résulté une civilisation qui a donné Sheila et sa pensée alternative concernant la navigation fondée sur l'observation de la position solaire - une méthode qui a permis de découvrir le Nouveau Monde:
Comme Christophe Colomb et ses trois caravelles
Ont suivi le soleil avec obstination
A noter que dans la même chanson, Sheila, probablement manipulée par une CIA efficace à l'époque, osait une comparaison qui mettait sur le même pied un pays devenu aujourd'hui l'incarnation du Mal et les plus hautes réalités spirituelles:
Mon Amérique, ma lumière biblique
Ma vérité cosmique, c'est de vivre avec toi
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vendredi 6 janvier 2006
François Brutsch |
23h48 |
droit/politique
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Après la promotion météorique de David Cameron à la tête du parti conservateur, c'est le parti libéral démocrate qui s'apprête à changer de leader... Comme il est tout de même peu probable que les travaillistes supplient Blair de revenir sur sa décision de ne pas se représenter aux prochaines élections, ce sont donc trois nouveaux leaders, sans beaucoup d'expérience dans la fonction, qui s'affronteront en mai 2009 (ou au plus tard en mai 2010, mais peut-être aussi avant si le premier ministre le veut).
Il me semble que Cameron vient de commettre sa première erreur (de fond, pas forcément tactique), obsédé par son désir de coller au centre (voire au centre gauche) et de répudier tout ce qui peut rappeler l'image traditionnelle de son parti pour ramener des électeurs perdus voire en gagner de nouveaux: il s'est solennellement engagé à conserver le National Health Service étatique et sa gratuité pour tous (un système qui fait la fierté atavique des Britanniques, mais que nul ne cherche à imiter), refusant expressément toute évolution vers un système d'assurance permettant de distinguer le financement de la délivrance des prestations. Or il tombe sous le sens que, par sa seule taille, un système de santé unifié est inadapté; et c'est bien pourquoi la politique de Blair consiste à tenter déjà de le diversifier en multipliant les statuts autonomes (pour les hôpitaux) et en rendant obligatoire de proposer des choix aux patients. Le problème, c'est qu'instituer cela en parallèle à la gratuité oblige à multiplier les procédures purement bureaucratiques, là où un système fondé sur l'utilisation de son pouvoir d'achat par le patient lui transfère, pour sa plus grande satisfaction d'ailleurs, le travail (c'est le principe d'Ikea pour le montage des meubles et de l'ensemble des services commerciaux en ligne).
Chez les libéraux démocrates, Charles Kennedy s'apprête à passer la main (07.01 à 16h30: c'est fait) de la pire manière possible: poussé par une révolte de ses troupes après avoir raté sa sortie. Déclarant officiellement hier qu'il a un problème d'alcoolisme (qui fait depuis des années l'ordinaire des journalistes et des humoristes), il aurait pu annoncer son retrait d'une fonction qui ne doit pas y être étrangère afin de se soigner, ce qui nous aurait valu un hommage général et 48 heures d'articles utiles sur le sujet. Il aurait pu aussi, évidemment, démissionner en temps utile pour éviter d'avoir à faire étalage de ce qui concerne quand même sa vie privée. Mais non, il en tire apparemment la raison de prétendre se maintenir à la tête du parti malgré les représentations de ses amis épuisés après des années à composer avec ses manquements! Or si le positionnement opportuniste des libéraux démocrates leur a permis de capitaliser sur le rejet de travaillistes au pouvoir depuis bientôt 9 ans et de conservateurs hors jeu, l'impact de Cameron illustre que ce n'est qu'un château de sable qui peut être balayé par la prochaine vague électorale. Ou peut-être faut-il, pour le parti libéral démocrate, envisager un pacte informel contre le parti au pouvoir comme le prédécesseur de Kennedy, Paddy Ashdown (qui avait un autre format) avait su l'établir avec les travaillistes.
Reste l'énigme du départ de Blair, qui choisit ce moment pour confirmer à la fois Gordon Brown comme son successeur naturel et son intention de mener à bien la législature pour laquelle il a été réélu comme premier ministre. Personnellement, j'ai le sentiment que Blair est influencé par les mécanismes traditionnels de passage du témoin dans les autres démocraties, alors que le système britannique, par son "monisme", est en réalité unique. Ainsi les Etats-Unis, où le président est élu pour 4 ans, rééligible une fois. Ainsi des régimes parlementaires fondés sur la proportionnelle, où le rapport au premier ministre / chef de parti est différent: en Espagne Aznar était premier ministre jusqu'à l'entrée en fonction de Zapatero, même s'il escomptait évidemment transmettre sa fonction à son successeur à la tête du parti.
Au Royaume-Uni, l'usage veut que le leader du parti au pouvoir le reste jusqu'au moment de retrouver l'opposition (comme Douglas-Home, Heath, Callaghan ou Major), ou alors en démissionnant en cours de législature (sous la contrainte, que ce soit la maladie, comme Churchill, McMillan ou Wilson, ou la revers politique à l'intérieur du parti, comme Eden ou Thatcher), son successeur convoquant à plus ou moins brève échéance une élection pour se faire légitimer. Un départ à terme choisi par l'intéressé est une complète nouveauté; une transition anticipée laissant Brown terminer la législature serait une rupture avec la tradition démocratique britannique. Et Brown étant manifestement, par ses caractéristiques personnelles, une mauvaise tête d'affiche, particulièrement face à Cameron, plus Blair se maintient plus grandit la chance qu'un autre leader émerge dans la génération suivante des députés travaillistes: ce serait une troisième tête nouvelle pour la prochaine élection!
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François Brutsch |
22h18 |
divers
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Au moins, en lisant Le Monde de la veille (et même souvent de l'avant-veille, puisqu'il n'y a plus de raison de se presser), on peut parfois prendre des raccourcis si la suite est déjà connue. Ou alors s'autoriser l'ironie rétrospective, comme pour cet article de Daniel Vernet (mercredi daté jeudi). Il brode sur le thème des événements qui changent de manière imprévisible le cours des choses. Pour lui, c'est l'occasion d'imaginer une situation géopolitique permettant la réalisation du (funeste) fantasme français d'un pôle européen distinct des Etats-Unis. Mais il considérait comme un fait pratiquement acquis "la victoire d'Ariel Sharon aux élections anticipées de mars" en Israël...
Ce qui me rappelle un système de paris, entre un groupe d'amis, sur le décès dans l'année de personnalités (avoué lorsqu'un des participants n'a pu dissimuler un sourire réjoui en entendant l'annonce de la mort du cardinal Murphy O'Connor). A l'époque j'avais quand même trouvé un peu de mauvais goût, mais peut-être est-ce de l'hygiène mentale.
Pour un commentaire analytique plus sérieux, voir ici et surtout ici (brillant!).
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jeudi 5 janvier 2006
François Brutsch |
00h06 |
sur le front
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Un article dérangeant, drôle, sombre et plus long que d'habitude de Mark Steyn:
By 2050, there will be 100 million fewer Europeans, 100 million more Americans--and mostly red-state Americans.
(...)
In 1970, the developed world had twice as big a share of the global population as the Muslim world: 30% to 15%. By 2000, they were the same: each had about 20%. And by 2020?
(...)
Permanence is the illusion of every age. In 1913, no one thought the Russian, Austrian, German and Turkish empires would be gone within half a decade. Seventy years on, all those fellows who dismissed Reagan as an "amiable dunce" (in Clark Clifford's phrase) assured us the Soviet Union was likewise here to stay. The CIA analysts' position was that East Germany was the ninth biggest economic power in the world. In 1987 there was no rash of experts predicting the imminent fall of the Berlin Wall, the Warsaw Pact and the USSR itself.
(...)
This ought to be the left's issue. I'm a conservative--I'm not entirely on board with the Islamist program when it comes to beheading sodomites and so on, but I agree Britney Spears dresses like a slut: I'm with Mullah Omar on that one. Why then, if your big thing is feminism or abortion or gay marriage, are you so certain that the cult of tolerance will prevail once the biggest demographic in your society is cheerfully intolerant? Who, after all, are going to be the first victims of the West's collapsed birthrates? Even if one were to take the optimistic view that Europe will be able to resist the creeping imposition of Sharia currently engulfing Nigeria, it remains the case that the Muslim world is not notable for setting much store by "a woman's right to choose," in any sense.
(...)
To fret about what proportion of the population is "white" is grotesque and inappropriate. But it's not about race, it's about culture. If 100% of your population believes in liberal pluralist democracy, it doesn't matter whether 70% of them are "white" or only 5% are. But if one part of your population believes in liberal pluralist democracy and the other doesn't, then it becomes a matter of great importance whether the part that does is 90% of the population or only 60%, 50%, 45%.
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mercredi 4 janvier 2006
François Brutsch |
20h06 |
droit/politique
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De même que la flat tax, ou impôt à taux unique, reste bel et bien un système d'imposition progressif, de même la réduction du taux marginal pour les tranches de revenus les plus élevées (telle que le canton d'Obwald, après celui de Schaffhouse en 2003, vient de la décider) n'introduit pas pour autant un système d'imposition dégressive (c'est-à-dire, si les mots ont un sens, un système ou le riche paierait moins que le pauvre: ce n'est vrai ni en francs ni même en pourcentage). La force du conservatisme c'est d'instinctivement opposer des clichés rassurants aux idées nouvelles, forcément déstabilisatrices (et sous nos latitudes l'imposition progressive fait largement partie de la "pensée unique").
Ce que les deux démarches ont en commun, c'est de rompre avec l'automatisme de la progressivité continue, empreinte d'esprit juridique/géométrique, pour emprunter la voie originale d'une approche tenant compte de paramètres que je qualifierais de psycho-économiques; l'idée c'est de maximiser les revenus pour la collectivité (en supprimant la désincitation à créer de la richesse), et tant pis si l'image punitive de la fiscalité doit en souffrir... Au total, même les envieux aigris en bénéficieront! C'est ce qu'ont bien compris les citoyens d'Obwald: la réforme (qui a des objectifs plus larges et vise aussi à favoriser l'installation dans le canton de personnes fortunées et d'entreprises) a été approuvée au parlement par 39 voix contre 4 et en votation populaire par 86% des voix.
COMPLEMENT DU 17.12.07: Nouveaux développements et correctif ici.
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mardi 3 janvier 2006
François Brutsch |
23h14 |
sur le front
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C'est dans un articulet de bas de page que Le Monde l'annonce: les élections dont l'intervention de l'ONU en Haïti, à l'été 2004 (Français et Américains cette fois d'accord), devait permettre le déroulement sont repoussées, pour la quatrième fois. L'Irak, lui, a connu son quatrième scrutin démocratique (voire davantage)...
Comme quoi il ne suffit pas toujours de faire les choses dans les formes (la résolution 1542 du Conseil de sécurité sur Haïti a été votée avant l'intervention, contrairement aux résolutions 1511 et 1546 qui fondent aujourd'hui en droit international l'action de l'ONU et des forces de la coalition en Irak), et surtout il vaut mieux éviter de donner à l'ONU une responsabilité de commandement qu'elle est manifestement inapte à conduire. Voir déjà ce précédent billet.
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lundi 2 janvier 2006
François Brutsch |
16h54 |
droit/politique
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Pour qui veut changer les choses mais ne s'intéresse que de loin à la vie publique, l'abattement risque de succéder rapidement à l'enthousiasme impatient: le poids de l'inertie paraît toujours s'opposer à ce qui semble pourtant "évident", "simple" et "urgent" (et ce billet est en quelque sorte une suite de celui-ci).
C'est particulièrement clair en Suisse, où tout conspire à l'immobilisme: la structure fédérale, le bicamérisme, l'exécutif collégial et la démocratie directe. Mais c'est aussi vrai dans les démocraties d'alternance, où le vrai test est de savoir ce qui subsistera lorsque l'opposition arrivera à son tour au pouvoir: pas les nationalisations de Mitterrand mais la suppression de la peine de mort et la régionalisation (qui sont justement des objectifs dépassant le clivage gauche / droite); l'essentiel du thatchérisme (et il faut avoir en mémoire que la lutte contre les abus du pouvoir syndical figurait en fait aussi au programme du travailliste battu, James Callaghan), moins les excès tels que la clause 28 interdisant l'information sur l'homosexualité ou la poll tax. Et je tombe (via Instapundit) sur ce billet qui apporte des explications lumineuses sur les difficultés de Bush avec un Congrès pourtant également républicain, depuis sa réélection il y a une année (autre version avec commentaires ici).
L'auteur, Jay Cost, est un doctorant en ScPo de l'Université de Chicago qui avait tenu un blog réputé, The Horse Race Blog, durant la campagne présidentielle; blogueur invité pendant les fêtes sur Real Clear Politics (un portail de liens et d'informations qui a l'air fort bien fait), il a publié d'autres billets passionnants pour qui s'intéresse au fonctionnement des institutions américaines:
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dimanche 1 janvier 2006
François Brutsch |
20h42 |
médias
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Quand j'ai voulu aller lire la fameuse interview sans langue de bois (de part et d'autre) de Sarkozy à Libération (voir notamment ici ou ici), je suis tombé sur un grand carré noir qui ne laissait apparaître que la fin des lignes. Même chose avec d'autres articles. J'ai finalement trouvé la solution de cliquer, sous l'article, sur l'icône renvoyant à la version destinée à l'impression pour pouvoir enfin le lire.
J'utilise habituellement Mozilla Firefox (actuellement 1.5). Et vérification faite, sous Microsoft Internet Explorer il n'y a pas de problème... De la part d'un média aussi branché que Libé c'est quand même curieux (ou bien il ne l'est plus tant que ça?).
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François Brutsch |
19h09 |
divers
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Avec tous nos voeux!
- Un peu de bon sens dans un monde de paranoïa chez Jeff Jarvis à propos des écoutes téléphoniques reprochées au président Bush, curieusement révélées par le New York Times en décembre alors qu'il était au courant depuis une année, sans que l'on comprenne très bien en quoi les raisons qui l'avaient convaincu de sa retenue ne sont plus valables aujourd'hui. Jeff et ses commentateurs posent les bonnes questions sur l'adaptation nécessaire des moyens légaux à la réalité de la menace et de la technologie. Voir aussi ces deux brefs billets.
- Un billet de Harry comparant deux bilans à mi-parcours des années 00 parus dans le Guardian, le pessimiste de l'historien Simon Schama et l'optimiste de la journaliste de gauche Polly Toynbee: dans les deux cas c'est l'Ipod qui justifie la démonstration.
- Je n'ai pu m'empêcher de m'intéresser au dernier jeu d'écriture lancé par Kozlika... Ils ont d'ailleurs pris un tel développement qu'ils ont leur propre site: Carnets de voyages au Mozamblog, de quoi passer des heures fascinantes!
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