Tous athées
Guillaume Barry | vendredi 30 décembre 2005 à 00h14 | grains de ciel | rss
Hier, la Tribune de Genève consacrait un article (réservés aux abonnés) aux athées américains qui "osent faire leur coming-out": "Etre athée aux Etats-Unis, c'est comme être homosexuel il y a une vingtaine d'années", dit leur présidente. De son côté, Le Temps rapportait le combat des écrivains britanniques qui demandent qu'on les laisse critiquer la religion (article que je ne retrouve pas sur le sommaire en ligne).
Certains athées se font taxer de chrétiens qui s'ignorent par des âmes bien intentionnées. Récupération? Pas forcément - parfois il y a en commun le rejet de l'aliénation religieuse et un sentiment d'étonnement et de reconnaissance devant le monde, la conscience d'être précédé.
En effet, les prophètes, puis Jésus, puis Paul, puis les réformateurs (soyons réducteur) ont toujours dénoncé les prétentions religieuses de leurs contemporains (surtout les puissants). Dans cette perspective, les athées, ce sont ceux qui se mettent à la place de Dieu. Le jeune Karl Barth a envisagé toute religion en soi, y compris le christianisme, comme de l'idolâtrie, c'est-à-dire comme une production de l'esprit humain qui cherche à se rassurer devant sa finitude. Ce faisant, il rompait avec le protestantisme libéral optimiste et confiant, en phase avec la foi au progrès, à qui la 1ère guerre mondiale avait asséné un terrible choc (dont il s'est remis).
A propos de méfiance envers le progrès, un article de spiked parle d'un unholy marriage entre les réacs catholiques et les laïcs misérabilistes qui ont uni leur force pour jouer les rabat-joie.
Pour en revenir à Barth, il est vrai que trop de ses disciples ont donné dans le péché pas si mignon de la Schadenfreude - un peu comme si des écologistes se réjouissaient en voyant des bouchons depuis le train. Mais cela n'enlève rien à son analyse impitoyable du fait religieux en tant qu'il est aliénant, dans la ligne de Paul et de Luther. Religieux et athées sont mis dans le même sac (les premiers pouvant être pires, dans la mesure où ils "savent" et se font les juges de tous les autres). Terminons avec Paul, pour qui cette aliénation conduit à l'arrogance qui consiste à faire de Dieu un portier, à qui on présente des accréditations: Tenez, voici mes oeuvres selon ta Loi ou voici ma foi: ouvrez-moi la porte du Ciel, mon brave!






Commentaires
1. Le vendredi 30 décembre 2005 à 02h03, par Etienne
2. Le vendredi 30 décembre 2005 à 02h58, par Guillaume Barry
3. Le vendredi 30 décembre 2005 à 12h09, par Etienne
4. Le vendredi 30 décembre 2005 à 12h31, par Verel
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