Un swissroll

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Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mercredi 16 novembre 2005

Election du gouvernement genevois

Dimanche dernier, c'était l'élection du gouvernement genevois, un mois après le parlement. Comme c'est la coutume en Suisse, il s'agit d'un exécutif collégial, en l'occurrence composé de sept personnes qui sont simultanément membres du Conseil d'Etat, qui se réunissent toutes les semaines et qui sont placées chacune à la tête d'un département de l'administration.

A Genève comme dans la plupart des cantons, l'élection s'effectue au scrutin majoritaire de liste plurinominal: l'électeur peut voter pour un à sept candidats. Principalement deux listes de 4 se faisaient face: celle de la gauche avec deux socialistes (sortants) et deux verts (un sortant et un nouveau) et celle de la droite avec deux libéraux (une sortante et un nouveau), un radical (nouveau) et un démocrate-chrétien (sortant). Comme cela était généralement attendu, c'est la libérale sortante qui n'a pas été réélue. Si l'on examine le résultat plus finement, on observe que seuls 4 candidats ont recueilli une majorité absolue des suffrages exprimés: ceux qui proviennent des plus petits partis et qui sont perçus comme plus centristes (le sortant démocrate-chrétien, arrivé en tête, les deux verts, le radical). Le nouvel élu libéral et les deux sortants socialistes, provenant des deux plus grands partis du canton mais plus marqués à droite et à gauche, échouent à ce test qui, dans les autres cantons mais pas à Genève, entraîne l'organisation d'un second tour.

Après une élection parlementaire marquée à droite (une réalité sur le plan des suffrages encore amplifiée par l'implosion de la gauche de rupture, qui n'a aucun député malgré 15% des voix), les médias ont rapidement parlé de majorité de gauche au gouvernement: le précédent Conseil d'Etat comptait 2 socialistes et un vert d'un côté, 2 libérales et 2 démocrates-chrétiens de l'autre. On a même cru devoir rappeler l'épisode d'un gouvernement à majorité socialiste dans le contexte troublé du début des années 30, ou alors évoquer une future cohabitation entre un "gouvernement rose-vert" et un parlement à majorité de droite. La réalité est très différente et plus complexe.

Dans le système politique suisse, il n'y a pas une majorité qui gouverne et une opposition qui lui fait face, mais un gouvernement et un parlement condamnés à travailler ensemble, sous le contrôle permanent des instruments de la démocratie directe. Les seuls partis non représentés au gouvernement sont deux partis populistes apparus au parlement respectivement il y a 4 ans et cette année, ainsi que la gauche de rupture condamnée pour 4 ans à l'opposition extra-parlementaire. Le Conseil d'Etat élu n'a donc rien à voir avec un gouvernement minoritaire dans un régime parlementaire, ni avec une cohabitation à la française (qui met en jeu un président d'une couleur et un gouvernement disposant d'une majorité parlementaire d'une autre couleur). Il ressemble plutôt à un gouvernement de coalition -- avec la particularité que la coalition est imposée par le peuple, et non fondée sur une volonté de gouverner ensemble, ou sur un contrat détaillé comme c'est le cas dans une "grande coalition". Le choix des personnes importe autant sinon plus que celui des partis (le canton de Berne et le canton de Neuchâtel ont déjà connu le cas d'un gouvernement à majorité rose-verte face à un parlement de droite; dans les deux cas cela n'a d'ailleurs duré que 4 ans).

Certains lecteurs étrangers habitués à une démocratie d'alternance se demanderont peut-être pourquoi les politiciens suisses se prêtent à de telles fantaisies: après tout, qu'est-ce que la gauche peut bien avoir à gagner à quelques sièges à l'exécutif, pire la majorité de celui-ci, alors que le parlement est à droite? La réponse est faite de pragmatisme (comme vient de le rappeler Gerhard Schröder, "il est préférable de partager le pouvoir que d'être dans l'opposition") et de démocratie directe: la "majorité parlementaire" (qui n'a pas d'existence institutionnelle) n'est pas univoque ni toute puissante, l'impulsion gouvernementale jointe à la menace du référendum et de l'initiative parlementaire l'influencent fortement. A l'inverse il faut se rappeler de la frustration de certains, à droite, lorsqu'il n'y avait que deux socialistes à l'exécutif, mais en charge des deux plus gros départements, l'éducation, d'une part, la santé et la prévoyance sociale, de l'autre, qu'ils ont fortement marqué de leur empreinte (une anecdote des années 60 fait par ailleurs justice de la légende du choix protocolaire, à l'ancienneté, des départements et confirme qu'il s'agit d'une négociation politique, qui peut d'ailleurs voir la victoire du faible sur le fort: il avait suffi à Willy Donzé, nouvel élu, de faire mine de quitter la salle de délibération, entraînant son aîné André Chavanne, pour obtenir le département de la prévoyance sociale et de la santé publique).

Dans le contexte particulier de Genève, (trop) influencé par le climat politique français et qui partage par ailleurs les tares socio-économiques de la Françallemagne, on peut faire trois lectures de cette élection:

  • Une lecture cynico-machiavélique à la Monde diplomatique: la gauche modérée va, plus intelligemment que la droite, devoir faire le sale boulot en vue du rétablissement des finances publiques (réduction des prestations, diminution des postes dans la fonction publique etc.), de l'emploi et de la construction (libéralisation).
  • Une lecture désabusée: tous les 4 ans on croit que le vin nouveau sera meilleur et c'est toujours la même piquette, car rien ne vient, institutionnellement, contrecarrer la force centrifuge du pouvoir personnel dans les citadelles départementales (qui s'ajoute aux chocs des personnalités: même les tandems d'un même parti sont rarement unis...). On peut donner un exemple de cela avec le gouvernement élu il y a 8 ans: dans un bel élan de collégialité, il avait annoncé que les sept conseillers d'Etat allaient rapprocher leurs bureaux, et se séparer physiquement de leur administration départementale pour ceux qui sont littéralement assis sur elle; une promesse rapidement oubliée... Pas de grandes réformes à espérer donc, mais la République ne s'en portera pas forcément beaucoup plus mal tant la politique (surtout cantonale) est toujours plus irrelevante.
  • Une lecture optimiste: entre situation économico-financière difficile, menace populiste concrétisée par l'élection de 20 députés sur 100 (à laquelle s'ajoute 15% des suffrages qui se sont portés sur la gauche de rupture) et élan vers une refondation des institutions qui s'incarne dans un mouvement pour une révision totale de la Constitution cantonale, le gouvernement devra sortir des habitudes et oeuvrer, de manière exceptionnelle pour 4 ans, à un contrat de législature liant les 5 partis gouvernementaux également au parlement et devant le peuple, dans un esprit de Grande Coalition. Après, on peut rêver d'une Genève au parlement paritaire (le peuple élisant simultanément 50 hommes et 50 femmes au scrutin proportionnel) et d'un exécutif monocéphale (un gouverneur ou une gouverneure)...

Dans l'immédiat, c'est plutôt bien parti: les 7 élus se sont déjà réunis pour préparer ensemble leur entrée en fonction le 5 décembre.

BILLET REVU ET COMPLETE LE 18.11 à 14h.

Anonymat, voisinage et incompréhension

Très belle histoire racontée par Anna Lietti dans Le Temps de ce matin (fichier PDF: inexplicablement, le site du journal, qui ne permet un accès libre qu'à une maigre sélection des articles du jour, donne aujourd'hui les trois autres articles de la rubrique "Société" mais pas celui-ci!): celle du film réalisé par et pour les habitants d'un grand ensemble de l'agglomération lausannoise, à partir de la question toute simple de savoir si et comment les locataires de toutes nationalités se disent "Bonjour!".

Alors, finalement, le «bonjour», c'est culturel ou personnel? Le film ne tranche pas. «C'est les deux, bien sûr!» résume l'un des reporters amateurs, Chantal Ebongué, impressionnée, tout de même, par l'importance du premier facteur. Moitié suisse moitié israélienne, mariée à un Camerounais, cette habitante des Boveresses n'est pourtant pas une novice en matière de différences de codes: «Je ne croyais pas que c'était à ce point! Par exemple, chez nous, les enfants apprennent à regarder les gens dans les yeux quand ils leur parlent. Quand vous réalisez que ce regard est considéré, dans un autre contexte, comme un manque de respect, vous mesurez les malentendus qui peuvent surgir!»

Un autre échange a marqué Chantal Ebongué. «Un monsieur irakien souffrait de voir sa femme tisser des liens au tea-room du coin sans parvenir à faire de même, raconte-t-elle. Ses voisins, eux, disaient: on l'a invité plusieurs fois, il n'est jamais venu. Finalement, nous nous sommes rendu compte que dans son code à lui, ce qui comptait, c'était que les gens viennent chez lui. Beaucoup d'hommes sont comme lui: plus isolés que les femmes, mais ne sachant pas comment entrer en contact.» L'épisode ne figure pas dans le reportage, le monsieur n'ayant pas voulu être filmé. Mais le tournage a dénoué la situation: «Ses voisins ont décidé d'aller sonner chez lui pour s'inviter», raconte la reporter d'un jour.

La promotion du film, destiné à la télé locale et disponible en DVD, devrait être assurée: voilà au moins quelque chose à quoi les émeutes françaises auront été utile...

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