vendredi 21 octobre 2005
Bio
Guillaume Barry | 10h25 | divers | permalien | rss
La grippe aviaire qui va commencer par faire des ravages économiques chez les éleveurs; le Malawi et sa famine dont on s'émeut peu, sans compter le sida et le reste ( article poignant dans la Tribune de Genève du 20 octobre) et... les soucis de l'agriculture bio. C'est toujours un peu facile de faire remarquer la juxtaposition gênante de certains thèmes dans les médias - et pourtant, c'est la vie. Sur le plan phénoménologique, un individu ou un groupe d'individus n'est pas obligatoirement affecté (en l'occurrence tiré vers le bas) par le malheur des autres. Sur un plan mystique, qui sait? En dehors de la commune appartenance à tout ce qui a été tiré du non-être, sommes-nous reliés les uns aux autres? Le grand rationaliste Leibniz, voyant les choses en individualiste, a développé ce paradoxe selon lequel chaque individu reflétait la totalité du monde, selon un point de vue différent, sans être affecté extérieurement par le monde. Une autre manière d'appréhender le lien, c'est l'image pré-scientifique du ciel, du ferme firmament, de cette coque, de ce dais, envisagé comme le lieu d'un sourire et d'une bienveillance parentale envers une terre libre et faillible.
La grippe aviaire, le Malawi, l'agriculture bio, trois sujets liés à la nourriture. Et se nourrir, c'est la vie. Pourquoi évoquer l'agriculture bio? Parce qu'en Suisse, un rapport vient d'établir qu'on ne peut pas mettre en évidence que les produits de l'agriculture biologique seraient meilleurs pour la santé. Le lait bio, en particulier, serait moins sûr. (Cf. vidéo accessible depuis ici) Tollé chez les producteurs concernés. Mais c'est au contraire une nouvelle rassurante et "démocratique": cela veut dire que la population n'a pas besoin de payer plus cher pour avoir des produits corrects. Déjà qu'en toute subjectivité mal informée économiquement parlant, le prix des fruits et des légumes beaux-mais-pas-bio me paraît bien assez prohibitif, et de ce fait, mauvais pour ma santé.
Je reconnais cependant, que, quand j'ai envie de me faire plaisir et de sentir un peu de saveur, je suis prêt à mettre la différence. En effet, si les tomates non bio sont certainement bonnes pour la santé, elles ne sont ni bonnes ni mauvaises pour le palais - elles ne prennent pas ce risque. Pour les yoghourts, c'est le contraire. Je consens au supplément pour ne pas avoir ce supplément de goût provoqué par l'arôme ajouté un peu trop présent.
Le bio apparaît comme un luxe de bien nourris, mais il s'inscrit pourtant dans la logique de progrès de notre société, dans l'idée de faire mieux, d'optimaliser l'utilisation des produits, des additifs, bref une logique qui n'est pas en contradiction avec le libéralisme (si on fait la part de la politique d'encouragement de l'agriculture bio par la Confédération). S'il n'y a pas de magie, comme dans l'homéopathie, il y a un peu de religion - qui ne convainc et ne relie pas forcément tout le monde. Peut mieux faire.





