Genève sur Spree? Pour une grande coalition à la genevoise - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche | Aller au blogroll | Identification

Hit-parade des intellectuels << Accueil >> Psycho management

Genève sur Spree? Pour une grande coalition à la genevoise

Bookmark and Share

Le quotidien Le Temps publie ce jour, dans sa page Opinions, un texte de votre serviteur... pour lequel ce billet a largement servi de galop d'essai.

Genève sur Spree? Pour une grande coalition à la genevoise

François Brutsch, consultant, ancien député socialiste, estime que l'éviction de la gauche de rupture donne l'occasion de mettre en place une grande coalition pour temps de crise à Genève

Angela Merckel arrive à la Chancellerie fédérale à Berlin, Martine Brunschwig Graf quitte la Tour Baudet, siège du Conseil d’Etat genevois: mais ce n’est pas seulement leur vague ressemblance physique et politique qui incite à rapprocher le résultat des élections parlementaires allemandes et genevoises. La manière de répondre à une même situation – un Parlement sans majorité pour la coalition de droite ou de gauche – illustre, certes, la différence fondamentale entre une démocratie purement représentative et un régime de démocratie directe. Mais elle présente aussi une leçon dont Genève pourrait s’inspirer.

En Allemagne, c’est le groupe de la gauche de rupture (54 députés) qui empêche tant la coalition de la droite (287 députés CDU-CSU et FDP) que celle de la gauche réformiste (273 députés SPD et Verts) d’accéder à la plénitude du pouvoir. A Genève, tant l’Entente (47 députés libéraux, radicaux et démo-chrétiens dans la précédente législature) que l’Alternative (43 députés socialistes, Alliance de gauche et verts), espéraient franchir le seuil psychologique de 50 sièges dont les privait l’UDC et ses 11 députés; mais depuis le 9 octobre l’Entente reste à 47 députés, l’Alternative se trouve réduite à sa composante réformiste avec 33 sièges, et c’est la faction populiste qui a raflé la mise, les 9 élus du Mouvement Citoyens genevois venant s’ajouter aux frères ennemis de l’UDC (toujours11). L’Alliance de gauche a implosé sous l’effet du facteur Grobet moyennant une chiquenaude de la liste rétro-chic Les Communistes, laissant 15% de l’électorat non représenté au Grand Conseil.

Le régime parlementaire a trois manières éprouvées de résoudre une telle équation: le gouvernement minoritaire, qui suppose la tolérance de l’opposition (c’est ce qu’ont espéré un moment Gerhard Schröder et Joschka Fischer); l’élargissement de l’alliance de base sur sa marge (les appels au FDP à rejoindre Schröder, aux Verts à rejoindre Merkel) et, sinon, la Grande Coalition: le partenariat gouvernemental de raison, par pur sens des responsabilités et non par affinité idéologique, entre les deux partis principaux, fondé sur un contrat précis et détaillé au terme duquel la compétition reprendra.

Mais le système politique suisse est singulier. Le rôle conféré aux citoyens dans le fonctionnement de l’Etat par le référendum (obligatoire ou facultatif) et l’initiative populaire place tant le parlement que le gouvernement sous contrôle permanent. Rien ne sert de conclure des contrats de législature entre partis: ils ne lient pas le peuple (que rien n’oblige au surplus à être cohérent dans ses votes). C’est ainsi qu’a progressivement émergé, tant dans les cantons qu’à Berne, la pratique de la «coalition gouvernementale la plus large possible», sans accord préalable, sans même de discipline ultérieure, entre tous les partis suffisamment respectables et responsables pour partager ce qui est, plus qu’ailleurs, un fardeau avant d’être un pouvoir; en Suisse, il serait impensable qu’Angela Merkel n’associe pas aussi le FDP et les Verts à son gouvernement.

Ce mécanisme complexe, actionné en définitive par une «main invisible», a fonctionné admirablement pendant des dizaines d’années; à Genève, il a pourtant épuisé sa force propulsive. Le blocage remonte maintenant à plus de trois législatures. Son révélateur a été l’acceptation traumatique par le peuple de l’initiative «pour un audit général de l’Etat» du comité populiste «Halte aux déficits», malgré l’opposition résolue du gouvernement (alors monocolore de droite), du parlement et de tous les partis, qui portent la responsabilité de l’avoir permise par leur attentisme et leurs querelles: crise des finances publiques, mais aussi, voire surtout, crise de l’Etat. Seule la prospérité générale jointe au caractère toujours plus négligeable du cadre politique cantonal face aux mouvements profonds de la société, et aux pouvoirs européen et fédéral, l’empêche d’avoir des effets plus négatifs. Mais l’augmentation de la dette pèse tant sur l’économie que sur la marge de manœuvre future de la collectivité, vers la gauche comme vers la droite.

La nouvelle éruption populiste sonne comme un avertissement, et l’éviction (toute provisoire) de la gauche de rupture du parlement, qu’elle paralysait, est au fond une chance qu’il serait fou de laisser échapper. En vérité Genève a l’occasion rare de mettre en place une sorte de Grande Coalition pour temps de crise. Au lieu de laisser un gouvernement composite se limiter à gérer la boutique, gauche réformiste et droite libérale pourraient, pour l’exception d’une législature, conclure un accord formel et détaillé de compromis réciproques en vue d’assainir les finances publiques, réformer l’Etat et actualiser des institutions définitivement obsolètes. Que, dans un tel cadre, le parti libéral non seulement renonce à revendiquer ou soutenir, mais s’engage activement à combattre tout démantèlement (véritable) de la fonction publique; que les socialistes acceptent et défendent des économies raisonnables dans les prestations sociales, que les Verts consentent à soutenir un marché du logement plus dynamique, voilà qui transformerait le paysage politique. Et en 2009, chacun retrouverait sa liberté, ses alliés naturels, dans un jeu politique à nouveau fluide au service de l’intérêt public et de la démocratie.

Trackbacks

Les trackbacks pour ce billet sont fermés.

Aucun trackback pour le moment.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire

Les commentaires pour ce billet sont fermés.

Calendrier

« octobre 2005 »
lunmarmerjeuvensamdim
12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31

FB Google+ Reader

Subscribe to the feed
Or to the daily newsletter

Dernières tranches

Tranches de choix

  • Blogs d'élu-e-s romand-e-s
  • Où sont les blogueuses politiques?
  • Sheila, les mages et moi (Epiphanie + 1)
  • Après la "flat tax", l'impôt "dégressif"
  • Politique: la force d'inertie
  • La politique n'est pas une compétition
  • Tous athées
  • La légèreté délicieuse qui sous-tend la Création
  • Abolir le mariage en faveur d'un PACS+?
  • Après les élections irakiennes
  • Gérontoloftophilie
  • Archaïsme et modernité: polygamie et pouvoir dans la société française
  • Le Cristal-Rouge, vraie fidélité à Henri Dunant
  • Outreau, chronique d'une erreur judiciaire annoncée
  • Mgr Genoud et les gays
  • Alain Finkielkraut et l'intifada des banlieues
  • Typologie du "mariage gay"
  • Fumée dans les lieux publics et Constitution
  • Affaire Plame
  • Genève sur Spree? Pour une grande coalition à la genevoise
  • (Homo)sexualité et polythéisme de nos ancêtres dans la foi
  • Bonnes nouvelles d'Irak (35)
  • Quand un pasteur protestant se fait ordonner prêtre catholique
  • Rocard et le congrès du Mans
  • Le combat de Jacob avec...
  • Saïda vs Tariq
  • Inégalité et pauvreté
  • GB: deux points pour la blogosphère
  • Kouchner comme joker anti-Sarko
  • Excuse et apologie, romantisme et culpabilité
  • Retour sur le "Rainbow Warrior"
  • Lendemain d'attentat
  • "Le rabais britannique doit disparaître" (Tony Blair)
  • Attali et Onfray: laissez-les parler (surtout le premier)
  • L'acquittement de Michael Jackson
  • Le pouvoir est dans la multitude anonyme
  • Quelle Europe?
  • Couples de même sexe: le chemin parcouru
  • Jean-Polémiques
  • Europe: où va la gauche?
  • Démocratie en Irak: la mémoire sélective des adversaires de l'intervention
  • L'Europe après Chirac
  • Elections britanniques: J - 23
  • Institutions européennes: illustration sur les brevets logiciels
  • La religion et ses ennemis
  • Les journalistes, cibles ou "victimes accidentelles" des blogs?
  • Pape impudique
  • 68 enterré ou réincarné?
  • Gays palestiniens
  • Lincoln était donc bi!
  • Le placard doré de Susan Sontag
  • Robert Malley rabat-joie
  • Théologie des désastres naturels
  • Tsunami: solidarité gay?
  • La gauche, la droite et l'intervention en Irak
  • Diables de créationnistes
  • Mariage gay et égalité de traitement
  • BBC News

    • Minister heckled by head teachers
      Education Secretary Michael Gove receives one of the angriest receptions of his three years in office as he appears before head teachers in Birmingham.
    • Pakistani politician is shot dead
      Pakistani politician Zahra Shahid Hussain, a senior member of Imran Khan's Movement for Justice party, is shot dead in the city of Karachi.
    • Denmark crowned Eurovision winners
      Denmark's Emmelie de Forest wins the Eurovision Song Contest, while the UK's Bonnie Tyler comes 19th.
    • No 10 issues 'loon slur' denial
      No 10 denies that "anyone in Downing Street" made comments reported in several papers describing Tory activists as "mad, swivel-eyed loons".
    • Tearful Beckham signs off with win
      An emotional David Beckham leaves the pitch in tears as he completes the final home match of his career - a victory for French champions Paris St-Germain.
    • Bank chief raises Help to Buy fears
      The outgoing Bank of England governor warns a government plan to boost the housing market with part-mortgage guarantees has "no place in the long run".
    • Thousands rally to oppose Italy cuts
      Tens of thousands of protesters, led by trade unionists, rally in the Italian capital Rome against the policies of the new coalition government.
    • Massacre suspect held in Ivory Coast
      The authorities in Ivory Coast arrest militia leader Amade Oueremi, suspected of one of the worst massacres during 2011 post-election violence.
    • Nigeria army imposes curfew on city
      Nigeria's military announces a 24-hour curfew in parts of the city of Maiduguri and says it has arrested 65 militants as it fights Boko Haram rebels.
    • Riot mars Belgrade football derby
      Police in the Serbian capital Belgrade make 104 arrests as rival fans of the city's Partizan and Red Star teams clash at a match.

    Le Temps

    Domaine Public

    Têtu

    Abonnez-vous