septembre 2005 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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jeudi 29 septembre 2005

Pendant la panne, le blog continue dans les commentaires de ce billet

"Houston, nous avons un problème..." Depuis lundi matin, impossible d'accéder aux fonctions d'édition de ce blog, et notre hébergeur m'assure que, cette fois, il n'y est pour rien.

L'ennui, c'est que c'est arrivé alors que je voulais mettre en ligne une galerie d'affiches des élections genevoises du 9 octobre, ainsi qu'un billet de présentation. Ensuite, je vous laissais pour 15 jours aux bons soins de Guillaume et peut-être des autres marmitons... Mais ils sont en chômage technique pendant que nous marchons en Corse!

Je suspecte qu'il est encore possible de bloguer par mail via Flickr, d'où cette vue de l'Ile Rousse que nous avons quittée ce matin (je désillusionne tout de suite les militaires qui lisent ce blog: ce n'est pas de la course d'endurance mais de la randonnée pour bobos, de 3 étoiles en Logis de France, et nos malles sont convoyées par la route); j'envoie ceci d'une bonne table à Sant'Antonino.

En attendant que la panne soit résolue, comme Guillaume l'indique à la suite du billet précédent, d'éventuels nouveaux billets passeront par les commentaires... D'où ce billet pour le signaler!

Liens actualisés le 14 octobre.

lundi 26 septembre 2005

Elections genevoises

Déférant a la pressante demande de notre lectorat étranger avide d'exotisme, je mets encore en ligne une galerie d'affiches consacrée a l'élection du Parlement de la République et Canton de Genève (moins de 450'000 habitants), appelé Grand Conseil, et qui compte 100 députés. Le vote est déja en cours, le résultat sera proclamé le dimanche 9 octobre (en général le résultat définitif et nominatif n'est connu que le lundi matin). Un mois plus tard, ce sera l'élection du Gouvernement, appelé Conseil d'Etat et dont les sept membres sont donc des conseillers d'Etat (les candidats sont en tête de leur liste pour l'élection parlementaire, et leur résultat nominatif peut aussi donner une indication intéressante, particulièrement pour les sortants).

L'élection au Grand Conseil a lieu au système proportionnel (je vous fais grâce des délices de la méthode Hagenbach-Bischof qui préside au décompte), tempéré par un quorum assez élevé de 7%. Selon un système qui devrait légitimement faire la fierté des Suisses, ce n'est pas un pur scrutin de liste dans lequel les élus sont déterminés par les état-majors qui ont placé les candidats dans un certain ordre: un bulletin de vote vaut 100 suffrages à la proportionnelle, mais le décompte nominatif est opéré à part pour déterminer qui occupe les sièges; et l'électeur peut biffer des noms sur le bulletin de son parti de prédilection, et inscrire des candidats d'un autre, qui bénéficie alors d'autant de suffrages pour la proportionnelle. Fin de la minute des geeks de l'arithmétique électorale.

Politiquement, la majorité du canton est à droite (la gauche a 43 députés et 3 conseillers d'Etat, deux Socialistes et un Vert), alors que la ville-centre et les autres communes urbaines sont à majorité de gauche. Au demeurant, notre droite est assez chiraquienne, plutôt que thatchérienne (même si ce n'est évidemment pas ce que mon parti, le PS, proclame -- et que sans doute le PS français ne voit pas la différence). Pendant plus d'un siècle, il y avait un parti dominant, le parti Radical (aujourd'hui au bord de la disparition), avec sur ses ailes de petites formations occupant leurs niches (au sens du marketing). Aujourd'hui, le système s'articule autour d'un pôle de droite dominé par les Libéraux (avec les Radicaux et les Démocrates-Chrétiens et, tenue a distance, l'Union Démocratique du Centre et ses 11 sièges) et un pôle de gauche que les Socialistes peinent a dominer (avec l'Alliance de Gauche et les Verts) en raison du traditionnel complexe d'infériorité des sociaux-démocrates face à la surenchère.

La chute du Mur de Berlin s'est d'ailleurs traduite a Genève par l'effacement du Parti du Travail (PC) et la réinvention de la "fonction tribunicienne" dans une structure nouvelle qui a également permis aux trotskystes (la principale composante du mouvement SolidaritéS) d'émerger après s'y être fondus, comme à des dissidents du PS de les rejoindre: l'Alliance de Gauche. L'un des enjeux de l'élection de cette année est qu'elle a éclaté en deux listes concurrentes: franchiront-elles toutes les deux le quorum de 7%, ou seulement l'une des deux et laquelle, voire aucune? Sur le plan graphique, elles jouent curieusement a front renversé: c'est la liste rouge-brune de Christian Grobet et des ex-communistes qui a une superbe affiche du dessinateur Aloys, alors que l'affiche de la nouvelle gauche en mouvement est à pleurer. Nous avons de surcroît cette année une quatrième gauche a l'enseigne de "Les Communistes": elle doit plus au rétro-chic de l'Ostalgie et au marxisme tendance Groucho qu'a Lénine, mais elle va bien stériliser quelques suffrages...

A droite, on en a un pendant avec le Mouvement Citoyens Genevois, avatar 2005 d'une formation populiste récurrente dans la politique locale depuis les années 30. L'image nationale de l'UDC, avec Christoph Blocher, lui avait permis il y a 4 ans de capter cet électorat.

Alors, la majorité va-t-elle rester a droite ou va-t-elle basculer a gauche? Les Verts placeront-ils un deuxième des leurs au gouvernement au côté des trois sortants? Et les Radicaux gagneront-ils un sursis, au Grand Conseil et en retrouvant un siège a l'exécutif dont ils ne font plus partie depuis 4 ans? Réponse le 9 octobre et le 13 novembre! Au demeurant, les instruments de la démocratie directe veillent a empêcher l'un ou l'autre camp de réaliser tous ses caprices, et obligent les élus a privilégier la voie de la coopération sur celle de la confrontation...

Sur ce, je vous laisse aux bons soins de Guillaume et, peut-être, des marmitons intermittents: nous partons ce tantôt marcher en Corse, je ne pense pas surfer et bloguer souvent dans les 15 prochains jours!

Billet mis en ligne le 13 octobre, et galerie de photos le 14, suite à une panne malencontreuse! Voir ici pour les résultats et commentaires. Si on peut dire que j'avais assez bien vu le rôle fatal que pouvait jouer la liste "Les Communistes" (1,22% des suffrages: cela rappelle le candidat socialiste en Floride qui a récolté plus de voix qu'il n'en a manqué à John Kerry contre George W. Bush...) pour les deux listes concurrentes de l'Alliance de Gauche, je me suis en revanche lourdement trompé sur le MCG: il a franchi le quorum sans problème, et l'UDC se maintient intégralement!

dimanche 25 septembre 2005

Suisse-UE: "oui" encore

En définitive il n'y a pas grand chose à dire: les sueurs froides de juin (un "oui" moins ample que prévu à Schengen/Dublin laissait craindre un "non" en septembre) ont galvanisé la campagne des partisans d'une économie ouverte et des pro-européens (qui ne font pas tous partie des premiers, eux-mêmes parfois euro-sceptiques), et ils ont su rassurer: "Du cousu main pour la Suisse" pour justifier la voie bilatérale qui consiste à s'aligner sans participer à la prise de décision, c'est quand même fort... Et l'extension de la libre circulation des personnes de et vers les 10 nouveaux membres de l'UE passe finalement mieux (55,95%) que le volet sécuritaire (54,6%)!

Odeur de mort ou triste flamboyance: Mark Stein a encore sévi

Plein de choses à se mettre sous la dent avec Mark Steyn. Et même un article en allemand (enfin, une traduction de l'article que François signalait ici) publié hier dans Die Welt sous le titre extrême de "Gestank des Todes" (Puanteur de la mort). C'est à propos des élections allemandes. Pour Steyn, l'histoire du jeune homme à Marseille qui a vécu cinq ans avec le cadavre de sa mère pour continuer à toucher ses rentes serait une image parfaite de l'Europe. On choisit de dépendre de l'Etat social au lieu de prendre en compte la réalité démographique. L'appartement représente l'Allemagne, le cadavre représente le gouvernement de Schröder et les rentes de la mère représentent les allocations sociales allemandes. Dimanche dernier, les Allemands ont décidé qu'ils pouvaient vivre avec l'odeur de la mort aussi longtemps que le chèque du gouvernement arrive ponctuellement. Sachant que l'Allemagne, pour Steyn, se trouve dans une impasse économique et démographique.

Je ne suis pas sûr d'être aussi anti-Etat social que Steyn, mais c'est toujours une délectation de lire un pareil style, une pareille causticité - qu'on retrouve d'ailleurs tout à fait en allemand.

Autre article, sur quelqu'un que, je l'avoue, je ne connaissais pas: Edward J. von Kloberg, III (9 janvier 1942 - 1er mai 2005), qui fut, je l'apprends, un lobbyiste "flamboyant" à Washington, et qui comptait parmi ses clients un certain nombre de gouvernements despotiques, dont ceux de Ceausescu, Mobutu, Samuel Doe, Juvenal Habyarimana (Rwanda), la junte militaire au Myanmar et... Saddam Hussein. "Flamboyant" étant, paraît-il, un "euphémisme consacré" ("the agreed euphemism") pour homo. Mais, à la question de savoir s'il n'avait pas honte des clients qu'ils représentait, il répondit: "La honte c'est pour les chochottes." ("Shame is for sissies.") Il s'est aussi défendu en appliquant à son activité de consultant en relations publiques le principe selon lequel un avocat défend les intérêts de ses clients, qu'ils soient coupables ou innocents. Sa fin a aussi été "flamboyante", puisqu'il s'est suicidé en se jetant d'un pont à Rome, le même que pour la Tosca, en emportant une couverture de magazine où il figurait avec Bush senior. (C'est aussi Sourcewatch qui m'a quelque peu instruit sur le personnage.)

Mais aujourd'hui, en Suisse, c'est le jour de la votation sur le Traité de libre circulation. Les résultats vont être très serrés. Mon co-blogueur ne manquera pas de s'exprimer - à moins qu'un résultat négatif ne nous laisse sans voix.

vendredi 23 septembre 2005

La vie des bêtes

De retour à Londres après quelques jours à Genève. Le voyage est toujours l'occasion de m'adonner sans remord ni concurrence à la lecture du FTmagazine. Parmi les nombreux articles intéressants du numéro du week-end passé, un tour guidé du zoo d'Amsterdam sur le thème de l'homosexualité dans le monde animal...

Malheureusement, seules les premières lignes sont gratuites; autre mention ici.

jeudi 22 septembre 2005

Système électoral allemand

Est-ce une limite du cartésianisme? Les Français qui parlent du système électoral allemand (Paxa, Emmanuel, Samizdjazz, Relatio, Olivia Tambou...) persistent à compliquer les choses en partant du mauvais pied dans la démonstration (= du vote majoritaire plutôt que du vote proportionnel qu'exprime simultanément l'électeur).

C'est pourtant simple: le Bundestag est élu sur le plan national au scrutin proportionnel de liste. La moitié des élus est désignée dans des circonscriptions à l'occasion d'un scrutin majoritaire uninominal à un tour (le solde étant fourni par les noms figurant sur les listes), et les groupes bénéficient de sièges supplémentaires s'ils gagnent, dans les circonscriptions, davantage d'élus que la proportionnelle ne leur en accorde.

mercredi 21 septembre 2005

Votation du 25 septembre

Je me suis pris au jeu, et après la galerie d'affiches sur la votation consacrée au partenariat enregistré (ainsi, accessoirement, qu'à l'adhésion de la Suisse aux accords de Schengen/Dublin), en voici une sur notre prochaine votation fédérale: l'ironie veut que la Suisse, qui n'est pas membre de l'Union européenne et préfigure peut-être le statut que certains voudraient octroyer à la Turquie, plutôt que l'adhésion, soit le seul pays à tenir un référendum sur l'extension de l'UE à 10 nouveaux Etats. Et cela par le biais de l'actualisation de l'accord bilatéral entre la Suisse et l'UE sur la libre circulation des personnes. Pour en savoir plus sur le fond, c'est ici.

Ces affiches sont celles qui sont présentes dans le canton de Genève, il faut le préciser: l'influence française est perceptible (les Verts faisant sans vergogne appel au plombier polonais)... Intéressante division de l'extrême-gauche, dont une partie ne répugne pas au populisme xénophobe que l'autre dénonce. Impressionnante mobilisation syndicale pour le "oui", qui s'explique par les "mesures d'accompagnement" améliorant le droit social national obtenues du parlement à la faveur de cet accord.

On y trouve aussi deux illustrations de l'école genevoise de la bande dessinée / affiche, avec Exem et Sacha (merci Ariel!).

GALERIE MISE A JOUR ET AUGMENTEE le 23.09.

mardi 20 septembre 2005

Elections... genevoises: tronches et bobines arc-en-ciel en exemple

Nous n'oserions pas ennuyer notre aimable lectorat avec les élections cantonales genevoises d'octobre prochain. Un nombrilisme idiosyncrasique (redondance) nous poussera à nous figurer que nous avons la gauche et la droite les plus bêtes du monde. Sotte et provinciale arrogance que de croire cela. Par contraste, la contemplation des huit têtes figurant sur une liste dite arc-en-ciel (ne pas chercher la couleur intruse) ne saura nuire, et pourra même avoir un effet rafraîchissant.

Il faut savoir que, sur les trois associations lgbt que compte la ville (quel luxe!) et son arrière-pays, deux ont réussi à se mettre d'accord (on n'imagine pas l'exploit que cela représente!) pour soutenir huit candidats des deux sexes et de presque tous les partis, lesquels candidats sont activement engagés au sein des associations susdites (même au sein de la troisième - quel fair-play!) et ont pris une part active dans la campagne précédant la votation populaire du 5 juin sur le partenariat enregistré.

Pour les voir, c'est ici, (il faut cliquer sur le bouton carré du milieu un bulletin de vote sur fond de l'aigle et des couleurs genevoises). A noter que, pour sortir des limites associatives (il serait peut-être injuste de parler ici de communautarisme), l'association faîtière a complété la liste des 8 avec un choix de quelques personnalités extérieures aux assoc' qui se sont distinguées par leur soutien pour la bonne cause.

Politiciens de tous bords, qui ne pouvez vous empêcher de vous fractionner au sein de votre fraction au profit des adversaires (qui en font autant): pour vaincre votre nature, inspirez-vous de cette concorde admirable interassociative des prétendus contre-nature! La liste arc-en-ciel donne l'exemple.

lundi 19 septembre 2005

Elections

Tout ça pour dire qu'il y a, heureusement, des choses plus gratifiantes que les élections allemandes: même à quatre partis, le système politique paraissait concilier alternance et représentation proportionnelle; mais à cinq, avec une extrême-gauche qui s'exclut d'un consensus partagé par les quatre autres (si elle peut jouer les sirènes culpabilisatrices sur les marges du SPD ou des Verts)...

Et puis il y a les élections afghanes!

COMPLEMENT DU 20.09 à 14h30: L'inimitable Mark Steyn était dans le Telegraph de ce matin (gratuit mais il faut s'enregistrer)!

Et de fil en aiguille...

Depuis Pikipoki j'ai découvert un autre blog passionnant:

Quoique! Des exclus de l'école dérangent

L'accompagnement, en milieu ordinaire, d'apprentis "handicapés", source de questionnement.

Un blog qui apporte un témoignage supplémentaire de la diversité et de la richesse des contenus possibles. Mais aussi du phénomène de tribu qui existe autour de l'outil utilisé (voir la mafia Dotclear): tous deux sont hébergés par blogSpirit, un service gratuit qui, ma foi, a l'air très performant. Je le proposerai à la prochaine victime de mon prosélytisme (sans grand succès jusqu'à présent...)!

Le miroir des réflexions sans vanité de Pikipoki

Tiens, pendant les intempéries qui se sont abattues sur ce blog (et j'espère que c'est terminé), voilà que mon co-blogueur a découvert le blog de Pikipoki qu'il a ajouté au blogroll, et que je suis allé regarder à mon tour. Passé le préjugé quant au nom, il s'avère qu'on tient de nouveau un auteur dont certains billets vous donnent des complexes, tant la lecture du fond, des plus intéressants, est rendue aisée par la forme, aussi classique que personnelle (et voilà que je frise l'oxymore). J'en veux pour preuve le billet intitulé Le miroir de nos choix, qui, partant d'un décodage impitoyable des applaudissements à l'opéra (en réalité, les spectateurs s'applaudissent eux-mêmes), débouche sur le sens réel de nos choix en politique (nous votons pour ce qui renvoie une image flatteuse de nous-même). Ce n'est pas un billet, c'est un article, c'est une mini-dissertation. Mais les catégories de ce blog sont très variées, et j'ai déjà testé pour vous celles des haïkus, qui montrent que l'auteur fait aussi bien dans le très court que dans le moins court.

Rétention

Ses yeux bleus ont accroché mes souvenirs,
y ont tissés des lianes, posé des racines,
et désormais les retiennent, captifs.

A vous donner des complexes, disais-je.

samedi 17 septembre 2005

"A New European"

Je profite d'une accalmie des problèmes d'accès à notre serveur (qui m'ont empêché de mettre ce billet en ligne hier) pour vous présenter un autre blog genevois, en allemand celui-là... Je l'ai découvert grâce à l'excellent agrégateur collectif blog.ch (dans la colonne de droite).

Guillaume et moi avons bu un verre avec l'auteur (qui s'apprête à partir poursuivre ses études à Zurich) sur la place du Molard, hier après-midi: par coïncidence, c'était le jour du premier anniversaire du blog de ce Chrenkoff en herbe, Suisse d'origine polonaise.

jeudi 15 septembre 2005

Irak: le débat Hitchens - Galloway

Bon, peut-être une mise en garde, du type de celles que l'on trouve sur les paquets de cigarettes ou les bouteilles d'alcool: âmes sensibles s'abstenir! J'avais trouvé quelque peu déplacée une remarque d'Emmanuel renvoyant dos à dos les deux protagonistes, depuis lors je la comprends un peu mieux: comme le relève Oliver Kamm, si Christopher Hitchens peut à bon droit revendiquer la qualité de porte-parole de la gauche en faveur de l'intervention en Irak, George Galloway ne représente pas les adversaires de la guerre mais les partisans de la défaite de la démocratie, le camp d'en face, et Emmanuel avait le discernement de ne pas le soutenir.

Mais si une partie de catch politique n'est pas pour vous déplaire (et elle est organisée de manière pointilleuse, en deux rounds initiaux suivis d'un débat et de conclusions, avec décompte du temps de parole), si en particulier, comme moi, vous voulez communier à l'ambiance et voir en action votre champion, Christopher Hitchens, point n'était besoin d'être dans la salle, à New York. Vous pouvez lire ce qu'en ont écrit, en particulier, Harry's Place et Drink-soaked Trotskyite Popinjays for War (plusieurs billets, le 15.09, avant et après). Vous pouvez télécharger les fichiers audios. Ou vous pouvez regarder la vidéo (près de 2 heures).

COMPLEMENT DU 23.09 à 16h: Hourra, il existe une transcription du débat par un blogueur bénédictin (via Harry's Place). Pas à dire, je crois à la supériorité de l'écrit.

mercredi 14 septembre 2005

Gaza: mais que fait la police?

Bien sûr les Israéliens n'ont pas facilité les choses en renonçant à démolir les synagogues construites dans les colonies évacuées. Mais les Palestiniens (qui n'ont pas de leçon à recevoir sur la manière de se poser en victimes devant les caméras) ont commis la même erreur dans le contrôle de leur image que lors de ces explosions de joie à l'annonce de l'effondrement des tours du WTC le 11 septembre 2001: les scènes de pillage (similaires à celles de la libération de Bagdad, pour lesquelles les Américains ont été durement critiqués) et plus encore, symboliquement, l'incendie des synagogues envoient un signal déplorable. L'Autorité palestinienne, qui manque peut-être de beaucoup de choses mais pas de forces de police, n'a pas su anticiper et faire prévaloir une image plus calme et positive d'un prélude à la souveraineté (mais la mansuétude des médias à son égard est inépuisable). Après tout, il devait être possible de prendre le contrôle rapide des synagogues et d'en assurer une démolition non revancharde pour ne pas dire judéophobe.

A plus long terme, il serait d'ailleurs bon que l'Autorité palestinienne précise qu'il ne devrait pas être interdit à des Israéliens d'habiter, travailler, voire être propriétaires sur sol palestinien (en reconnaissant la souveraineté du pays, c'est la différence avec les colonies et c'est pourquoi il fallait les évacuer toutes sans barguigner, comme a su le faire Sharon). Et s'il y a des musulmans, des chrétiens et probablement des athées, en Palestine, on ne voit pas pourquoi il n'y aurait pas aussi des juifs -- et une synagogue. Le Quartet ou Micheline Calmy-Rey pourraient poser la question?

Problème technique

Depuis deux jours, ce blog connaît quelques problèmes d'accès... Pardon!

mardi 13 septembre 2005

Bonnes nouvelles d'Irak (35)

C'est la dernière compilation réalisée par Arthur Chrenkoff, qui tire cette fois vraiment sa révérence... Mais il laisse derrière lui un nouveau site, un blog organisé par thèmes tout entier dédié à la contre-information sur ce qui se passe en Irak ainsi qu'en Afghanistan: Good news from the front.

Encore merci, Arthur, et tout de bon!

dimanche 11 septembre 2005

"The Guardian", 30 ans après... la "Tribune de Genève"

Demain The Guardian change non seulement de look (il faut quand même saluer la qualité et la stabilité de celui qu'il tient depuis 1988!) mais surtout de format. Le Daily Telegraph restera donc le seul (ou le dernier?), avec le Financial Times, des "quotidiens de qualité" ou de référence britanniques (par opposition à la presse populaire, à sensation: Sun, Mirror, Daily Mail, Daily Express, ou un degré au-dessus le londonien Evening Standard) à être publié en grand format, celui des quotidiens américains notamment.

Soucieux de se démarquer, The Guardian ne se contente pas de passer, comme The Independant et The Times l'ont fait, à un demi-format (tabloid), celui du Matin en Suisse ou de France-Soir. Il a choisi d'introduire au Royaume-Uni le format berlinois du Monde ou des quotidiens suisses. Le numéro d'hier comportait un supplément de 4 pages donnant un avant-goût très prometteur du nouveau journal (illustrations du Temps et de la NZZ à l'appui!): toutes les pages en couleur et 4 cahiers quotidiens. En particulier, très belle nouvelle police dessinée tout exprès pour le journal.

The Guardian en fait bien sûr un événement de portée quasiment planétaire (son tirage est pourtant modeste à l'échelle britannique), mais cela me rappelle surtout le changement similaire auquel avait procédé la Tribune de Genève il y a quelque 30 ans (pas moyen de préciser: le site est déplorablement muet sur l'histoire du journal!), sous la houlette de Georges-Henri Martin (les 4 cahiers n'ont cependant pas tenu longtemps). La vitesse avec laquelle un bouleversement considérable des méthodes de travail est introduit, avec des presses d'imprimerie flambant neuves fabriquées en Allemagne, doit faire rêver les éditeurs des quotidiens français dont la distribution a été perturbée, la semaine dernière, par un conflit entre deux syndicats!

Prochain vernissage attendu, pour les afficionados: la nouvelle formule du Monde le 7 novembre!

COMPLEMENTS DU 12.09 à 10h30:

  • Jusqu'au 26 septembre, même les non abonnés ont accès à l'édition en ligne du journal papier! Une version PDF du premier Berliner Guardian est aussi disponible.
  • Le Telegraph, qui avait déjà introduit récemment un sujet occupant graphiquement toute la double page centrale (Centrepiece, pas Centerfold -- elle ne se déplie quand même pas -- ou Pilotorama) sort aujourd'hui avec un surtitre de bonne guerre: The bigger picture. Mais The Guardian publie, lui, une photo couleur d'actualité sur la totalité de sa double page centrale...

samedi 10 septembre 2005

Réalisme

Un petit reportage bien intéressant, encore dans Le Monde de samedi:

La douloureuse conversion à la vidéosurveillance d'un collège difficile de l'Yonne

(C)haque enseignant pense, en son for intérieur: "En acceptant les caméras, on a le sentiment de se trahir soi-même. C'est le premier pas vers une société à l'américaine", résume Corinne Mathieu, professeur de lettres. "Par réalisme" face à "une société qui change", elle a toutefois soutenu le projet "à contrecoeur" .

Monique Petitot, conseillère principale d'éducation (CPE), a mal vécu cet épisode. Elle en parle encore avec émotion. "Moi qui me situe plutôt à l'extrême gauche, je me trouve d'accord avec une politique de droite quand je défends la vidéosurveillance", regrette-t-elle.

L'idéologie s'efface néanmoins derrière le pragmatisme: la CPE établit un parallèle avec... l'informatique. "On pourrait continuer à écrire à la main, ça marche. Mais l'informatique, c'est aussi très pratique." Pourquoi se priver, alors, d'une nouvelle technologie?

Même chose côté élèves:

D'un côté, il y a des bénéfices évidents ­ qui ont conquis leurs parents, d'après ce qu'ils en savent. "C'est bien pour les tout-petits, les sixièmes, qui ont peur de se faire taper", glisse Rajda, une déléguée de classe de troisième. "Ça évitera les punitions collectives quand les profs ne trouvaient pas les coupables", estime Julien, élève de troisième. "Ça empêche les dégradations", note Christopher, en quatrième.

De l'autre côté, il y a des craintes quant à la dimension "policière" du dispositif. "Vingt-deux caméras, ça fait un peu flipper", dit Damien, en quatrième. "Le collège va ressembler à une prison", pense Benjamin.

Où l'on voit aussi que le problème est surtout dans la représentation mentale, plus que dans la réalité: pourquoi "policier" serait-il péjoratif, en quoi les caméras sont-elles "de droite", sauf à soutenir que l'impunité des violences et dégradations de locaux serait souhaitable et de gauche? Les enseignants ont fini par le reconnaître, qui ont approuvé la proposition à 60% (les agents d'entretien et de service, qui sont en première ligne, l'ont soutenue plus nettement encore).

Mais cela oblige à sortir d'une anesthésie euphorique dans laquelle tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et c'est de l'Etat et de la police seulement que peuvent venir le mal, en refusant de voir les atteintes bien réelles à la liberté, et d'abord celle des plus faibles, des incivilités au terrorisme. Cela prendra du temps, comme a pu s'en rendre compte l'autre jour le ministre de l'intérieur du Royaume-Uni (et, pour l'occasion, de l'Union européenne), lorsqu'il s'est fait prendre de haut au Parlement européen, par des gens qui se croient manifestement plus démocrates que lui, pour les propositions de bon sens qu'il défendait. Un autre exemple est la pétition lancée en France par la Ligue des droits de l'homme, notamment, contre la carte d'identité électronique biométrique: le droit au flou, mais en fin de compte le droit à la fausse identité, comme nouveau droit de l'homme?

L'Iran, la Suisse, l'asile, les gais et Bush

Hier, j'ai fait une partie du trajet Lausanne - Genève avec un jeune Iranien qui a demandé l'asile en Suisse parce qu'il est gai. Il avait un copain, la police les a arrêtés un jour, le copain est allé en prison mais lui a pu fuir en Suisse, avec le soutien de sa famille, qui s'est mise dans une situation très difficile. (Faits avérés.)

La première fois que je l'avais vu, ce devait être au début de l'année, j'avais été assez révolté quand il m'avait décrit son arrivée dans un centre de requérants d'asile. Il estimait que la majorité des requérants qu'il voyait autour de lui venaient pour des raisons économiques. Lui risquait sa vie dans son pays, or ces autres (à son avis) avaient de meilleures chances de rester en Suisse. C'est une chose de suivre des débats entre anges et démons sur les abus en matière d'asile, c'en est une autre quand on rencontre un être humain (mais bien des anges et des démons ont aussi leur position fondée sur une rencontre d'humains).

Hier, on a évoqué l'affaire des deux (s'il ne sont pas devenus quatre entre-temps) jeunes en Iran exécutés pour cause d'homosexualité (probablement). J'ai évoqué la question nucléaire. Je lui ai demandé ce qu'il penserait d'une intervention américaine en Iran pour renverser le régime. Réponse sans équivoque: en Iran, Bush est un héros et 80 % de la population souhaite qu'il envahisse le pays pour renverser le régime. J'avais déjà lu ça sur les blogs. Mais, encore une fois, c'est autre chose quand c'est une personne concernée en chair et en os qui le dit. Il savait que Bush était conservateur en matière de moeurs, mais il n'en avait cure, par comparaison avec un régime qui ne laisse simplement pas vivre les gens comme lui et moi.

Le suicide des jeunes homos

Bonne page dans Le Monde d'aujourd'hui, sous le titre

Le suicide révèle la souffrance singulière des jeunes homosexuels
Les gays ont, toutes choses égales par ailleurs, treize fois plus de risques de tenter de mettre fin à leurs jours que les hétérosexuels, selon une étude épidémiologique française inédite. Un phénomène souvent lié au secret, "psychologiquement épuisant" qu'ils maintiennent sur leur vie privée

L'article principal est complété par un témoignage, poignant à souhait:

Guillaume "n'arrivait pas à parler", alors, à 17 ans, il a craqué

et un entretien avec un expert

Marc Shelly, médecin de santé publique, responsable du centre de dépistage anonyme et gratuit de l'hôpital Fernand-Widal
"Ils semblent se considérer comme des personnes de moindre qualité"

Comme l'explique le médecin, l'étude "inédite" était la répétition en France de recherches menées dans des pays anglo-saxons (mais il aurait aussi pu citer la Suisse), avec des résultats analogues. Dans ces domaines, la transmission de la connaissance est laborieuse et il est hélas indispensable que chaque pays redécouvre et débatte pour lui-même des mêmes sujets de société (un peu de la même manière que l'expérience des générations précédentes n'est que de peu d'utilité pour celui qui, enfant, pré-adolescent ou ado, prend conscience de sa "différence" et doit apprendre à la gérer: l'accepter lui-même, la faire accepter aux autres...).

vendredi 9 septembre 2005

Le blog comme OULIPO

L'Hôtel des blogueurs et Kozlika ont les honneurs de Libé d'hier (via Ron)!

"Pétrole contre nourriture": le rapport Volcker n'est qu'un début

Soigneusement coaché par son chef d'état-major Mark Malloch Brown un Britannique aguerri, en fonction depuis quelques mois (entre ceux qui ont démissionné soudain et ceux qui sont inculpés, il y a eu pas mal de changements parmi les collaborateurs proches du secrétaire général de l'ONU...), Kofi Annan avait amorti préventivement le choc du rapport de la Commission indépendante présidée par Paul Volcker qu'il avait, contraint et forcé, fini par charger d'enquêter sur la manière dont le programme du Conseil de sécurité Pétrole contre nourriture, destiné à mettre en oeuvre des sanctions "intelligentes" contre le régime de Saddam Hussein et pas contre le peuple irakien, a en définitive largement profité au régime... et à bien d'autres! Et dès sa sortie, il a donné tous les signes de la contrition, revendiquant bien haut la responsabilité de mener à bien les réformes indispensables.

Mais quelle est sa crédibilité? Bien faible. D'une certaine façon, je ne suis pas mécontent qu'il ne démissionne pas: ç'aurait aussi pu donner à penser que ce n'était qu'une question de personne alors que c'est le fonctionnement même de l'organisation qui est en cause. Mais c'est aussi une question de personne, et il ne faudrait pas oublier que, dans cette affaire, le secrétaire général a toujours avancé à reculon (via Roger L. Simon): bien sûr la responsabilité du Conseil de sécurité et de ses membres est aussi engagée, mais on lui cachait bien des choses.

Quant aux propositions de réforme avancées, en particulier l'élargissement du Conseil de sécurité, elles sont complètement à côté de la plaque: l'Allemagne et le Japon nouveaux membres permanents! La discussion ne devrait maintenant faire que commencer, avec simultanément la recherche du successeur et l'engagement de transformer la manière dont l'ONU est gérée et fonctionne.

jeudi 8 septembre 2005

Soirée télé (suite) et évacuation (suite)

Alex Dépraz

"Envoyé spécial" programmait ce soir un reportage sur le retrait israélien de Gaza intitulé "A contre-coeur". Les journalistes Vincent Nguyen et Jean-Sébastien Desbordes ont suivi une compagnie de Tsahal, composée majoritairement de femmes, dans la préparation et la réalisation de l'évacuation. Un vrai grand reportage sans fioritures ni sous-entendus désobligeants qui montrait simplement l'incroyable difficulté de cette opération parfaitement réussie. On y apprend beaucoup sur les méthodes de l'armée israélienne, de milice comme l'armée suisse, mais où, par exemple, l'esprit de corps peut exister sans qu'il soit imposé par une discipline qui, n'en déplaise aux militaires bloggeurs, me paraît d'un autre âge. Les militaires de Tsahal prenaient encore des photos au bord de la mer 15 minutes avant d'entrer dans les colonies à évacuer...

Mais le plus impressionnant ne réside pas dans la technique militaire (qui n'est pas ma tasse de thé de toute manière) mais bien dans le simple fait qu'un Etat démocratique ait pu envoyer sa propre armée contre ses propres citoyens afin de les évacuer, non pas le temps de remettre un peu d'ordre, comme à la Nouvelle-Orléans, mais bien de manière définitive. Les images montraient d'elles-mêmes l'extrême violence de la situation, surtout dans une communauté relativement petite comme Israël: ainsi, cette femme enrôlée dans Tsahal et vivant dans une colonie cisjordanienne, qui se retrouve face à face avec une amie qui manifeste contre l'expulsion des colons de Gaza. Les deux amies s'insultent avant de s'effondrer en larmes et de se réconcilier. Ou encore cette militaire qui se demande si "en France, beaucoup de jeunes doivent faire une chose si difficile...". Tout est peut être dit. Quel Etat de droit est capable d'envoyer son armée expulser ses propres citoyens pour faire respecter une décision du gouvernement? Quel Etat peut réussir cette opération en limitant au maximun l'usage de la violence? Quel Etat peut surmonter un traumatisme pareil sans une véritable explosion sociale? Israël sans doute plus que nos démocraties occidentales qui n'y survivraient peut être pas.

Merci pour M. Froidevaux

Pris en route le débat d'Infrarouge de la Télévision Suisse Romande dont le titre déjà respire la schadenfreude compassion envers les victimes de la Nouvelle-Orléans (et d'ailleurs): Pourquoi l'Amérique prend-elle l'eau?. Ceux qui étaient là pour expliquer pourquoi s'appelaient entre autres (j'ai manqué le début) Jean Ziegler ou Emmanuel Todd. Ceux que j'ai vu les contredire étaient Américains - contredire est faible, ils devaient plutôt affronter une sainte Inquisition (présentateur inclus). Pas envie de commenter davantage (cf. ce billet précédent), si ce n'est pour exprimer ma reconnaissance émue et stupéfaite à l'animateur d'avoir laissé le dernier mot au directeur du Service de la sécurité civile et militaire du canton de Vaud. En toute simplicité militaire et vaudoise (si on me passe cette redondance au carré), ce dernier a affirmé qu'en cas de catastophe majeure à Lausanne, il faudrait compter avec un délai de flottement de 24 à 48 heures avant que les opérations de secours ne puissent démarrer de manière efficace - comme partout ailleurs dans le monde occidental, et ce, même si le canton (ou le pays, je ne sais plus) jouissait d'un PIB supérieur à celui de la Louisiane. Qu'il faudrait aussi compter sur un pourcentage de récalcitrants à l'évacuation qu'il faudrait persuader autrement que par des mots. CQFD.

Quand un pasteur protestant se fait ordonner prêtre catholique

Aujourd'hui, c'est le Jeûne genevois, un jour férié purement local qui a pour origine l'horreur que suscita à Genève la nouvelle de la Saint-Barthémély. Quand les autorités (théocratiques) genevoises furent informées du pogrom anti-protestant, elles en furent tellement choquées qu'elles proclamèrent le jeûne et la prière en communion avec leurs frères et soeurs massacrés à cause de leur confession.

Ironie de l'Histoire, il y a quelques jours, la presse nous apprenait qu'un ancien pasteur de l'Eglise Protestante de Genève, converti au catholicisme, avait été ordonné prêtre, en dépit du fait qu'il est marié et père de famille, dans le cadre d'une dispense de célibat accordée par le défunt Jean-Paul II.

Rappel: Si on est catholique et qu'on veut devenir prêtre, on doit renoncer au mariage. Mais on peut devenir prêtre catholique romain si on est catholique Maronite ou transfuge Anglican déjà marié - c'est-à-dire qu'on rejoint l'Eglise Catholique romaine parce qu'on désapprouve l'ordination des femmes. Et, autre cas de figure (produit déjà une fois - voir ici), si on se convertit au catholicisme, en étant un pasteur (ce qui ne compte pas pour un prêtre) déjà marié, on peut y devenir prêtre, moyennant dispense papale. A noter que chez les Orthodoxes, on doit se marier avant de devenir prêtre, après, on n'en a plus le droit.

Dans une interview donnée au Temps, le prêtre Patrick Balland a dit que c'était en approfondissant Calvin qu'il était devenu catholique. L'élément central qui lui manque dans le protestantisme classique, c'est l'Eucharistie, le culte protestant péchant par cérébralisme.

Il n'est pas question de refaire tout le débat ici. Disons que chacune des deux approches (antagonistes? contradictoires? complémentaires?) du sacré a ses côtés sublimes et pervers.

Dans l'Eucharistie, le catholicisme nous rend Dieu éminemment ET humblement présent. Depuis qu'il s'est incarné, il est là, doucement mais obstinément, on ne peut faire sans Lui. C'est une version douce, human friendly, du sacré. Qui peut devenir excessivement maternante, paternante, étouffante, totalitaire.

Le protestantisme commence par une négation: on ne peut pas mettre la main sur Dieu. Pas de magie. Pas de flagornerie non plus. C'est l'anti-religion qui caractérise parfois Jésus et Paul. C'est une libération qui vise à faire des adultes. Qui peut devenir sèche, austère, se confondre avec une morale de bien pensants. Ou d'athées vertueux. Se remettant en question au risque de perdre sa substance. Suscitant alors en réaction toutes sortes de fondamentalismes plus ou moins charismatiques qui ont le vent en poupe partout sauf en Europe. La force du protestantisme reste le fait qu'il est libre, qu'il vit de la liberté, renvoie à un Dieu de liberté (et pas seulement d'amour qui peut étouffer), une liberté qui devrait mettre sur la voie ses compagnes et compagnons d'humanité en quête de sens et d'accomplissement.

A noter que Luther, Calvin et les autres n'ont pas forcément développé toutes les conséquences de leurs redécouvertes théologiques en matière de liberté...

mercredi 7 septembre 2005

"Le livre noir de Saddam Hussein"

Ca vient de sortir, et c'est en français! Avec une préface de Bernard Kouchner.

Je l'apprends par un billet sur le blog d'Alain Hertoghe, le journaliste auteur de l'excellent La guerre à outrances. Comment la presse nous a désinformés sur l'Irak (qui lui a valu d'être licencié par le quotidien La Croix). Les commentaires sont le plus souvent affligeants... Pour ma part j'avais publié le 13 mars 2003 dans le quotidien Le Temps une tribune: Oui, la communauté internationale doit intervenir en Irak. J'ai constaté récemment, non sans soulagement, qu'elle supporte tout à fait la relecture...

mardi 6 septembre 2005

Le scandale des électeurs dépourvus du droit de vote

La presse britannique d'aujourd'hui me donne l'occasion de taper sur un mes clous récurrents: le scandale de ces grandes démocraties (Etats-Unis, Grande-Bretagne, et pour le coup je suis même prêt à mettre la France dans cette catégorie, et il y en a certainement d'autres) qui n'assurent pas le caractère automatique du droit de vote.

Un rapport de la Commission électorale britannique (une autorité indépendante installée par le Parlement) le confirme: il manque 3,7 millions d'électeurs dans les registres, soit 8 ou 9% du corps électoral "réel". Et la déformation qui en résulte est indéniable: l'étude montre des variations considérables de la proportion d'électeurs non enregistrés entre la tranche des 18-24 ans (16%) et celle des plus de 65 ans (2%), ou les Blancs (6%) et les minorités ethniques (16%, mais selon les communautés la pointe peut aller jusqu'à 37%!).

Le problème est rigoureusement le même aux Etats-Unis et en France (qui ne peut pas se réfugier, elle, derrière une allergie au contrôle étatique et à la bureaucratie); ça nous vaut, avant les grandes élections, ces campagnes civiques émouvantes menées, de manière aussi intéressée évidemment, par la gauche qui voit là une hémorragie de son électorat potentiel.

Vous me direz qu'après tout, la possibilité de s'enregistrer est bien offerte à ces gens (en Grande-Bretagne, c'est même tous les ans), voire qu'ils doivent avoir le droit de refuser de prendre part au vote. Je reconnais le droit de ne pas exprimer un vote, pas celui de renoncer au droit de vote... La titularité de ce droit ne peut pas être facultative en démocratie. Je ne vois rien d'excessif à ce que l'Etat, qui enregistre la naissance et le décès de tout individu, et quelques actes intermédiaires en passant, soit tenu responsable de l'inscription automatique dans les registres électoraux, comme c'est le cas en Suisse.

Nouvelle-Orléans: une leçon de courage et de générosité donnée par la TSR

Dans la série Tout et n'importe quoi peuvent être retournés et utilisés à charge contre les Etats-Unis, la dernière édition du journal de la Télévision Suisse Romande (il s'agit du 22.30, qui n'est pas en ligne, à la différence du 19.30) me semble avoir exploré une approche encore inédite. On y présentait un hôtelier suisse de la Nouvelle-Orléans qui était bravement resté dans son hôtel et qui n'avait pas de mots assez durs pour accabler ses confrères qui, eux, avaient tous déserté leurs établissements et abandonné leurs clients. Evidemment, il s'était barricadé contre les pillards. Normal.

Jusque là, je me dis, voilà un brave Suisse, qui fait honneur à son pays, les autres hôteliers sont vraiment des salauds - et si il y a un soupçon de chauvinisme de la part de la TSR, il n'est pas trop mal placé - puisqu'on nous montre quelqu'un de vrai.

Ensuite, ce brave homme nous expliquait, toujours fièrement, avec un contentement de soi grandissant, qu'il était un des seuls à avoir de l'électricité, car il avait réussi à faire venir un énorme générateur (de la taille d'une camionette semblait-il) d'assez loin. Il avait même dû défendre la précieuse machine les armes à la main contre des pillards et... contre l'Etat (ou la Municipalité) qui voulait le réquisitionner.

Le brave homme, qui fait honneur à son pays! A mon pays! Moi qui ai toujours cru depuis ma préadolescence (pervertie par les opinions d'un oncle d'extrême-centre) que nos médias, et surtout la TSR, favorisait systématiquement un point de vue de gauche. Erreur. Un particulier refuse qu'une collectivité envisage de mettre la main sur un des rares générateurs à disposition après une catastrophe? Mais c'est David contre Goliath! Ou plutôt, restons patriotiques: c'est le fier et indépendant Guillaume Tell contre le totalitaire et impérialiste bailli Gessler! La lutte armée devient alors une exigence éthique.

Je croyais aussi que nos médias ne se lassaient pas de stigmatiser les Américains pour vouloir toujours plus de liberté en matière de détention et d'usage privé des armes, et de réserver, par conséquence, la même appréciation aux Suisses qui se montreraient par trop enclins à ce tropisme libertarien. Faux. Une instance étatique, c'est le Mal, en particulier quand elle essaie de venir en aide (forcément trop tard et pas parfaitement, tout le contraire de nos autorités à nous). Ou plutôt, c'est le Mal, quand elle se trouve être américaine.

J'y suis: un tel reportage doit vraisemblablement s'inscrire dans le cadre d'un effort que le média s'est auto-imposé, un effort de relèvement du moral national (par ces temps de crise) et de lutte contre la propension (gauchisante) à l'autoflagellation...

lundi 5 septembre 2005

Allemagne: le retour?

En économie, il y a des cycles, mais il y a aussi des modes, il me semble. Je ne sais vraiment que penser de cet article du rédacteur économique du Daily Telegraph qui aligne les statistiques flatteuses à l'appui de sa démonstration que l'Allemagne cesserait soudain d'être "l'homme malade" de l'Europe pour redevenir sa locomotive économique; ou plus précisément pour être le premier à annoncer la fin de la mode portant la Grande-Bretagne thatchéro-blairiste aux nues...

COMPLEMENT DU 08.09 à 20h30: Le trend se confirme chez Econoclaste à partir de The Economist. Achetez! :-)

COMPLEMENT DU 11.09 à 23h35: Et Eric Boucher dans sa chronique du Monde du dimanche-lundi (mais lui c'est pour mieux flétrir la politique française).

dimanche 4 septembre 2005

L'homophobie du "Che"

La blogosphère ne connaît décidément pas les frontières: je découvre un blog de Barcelone qui mentionne Un swissroll à son blogroll (comme il cite, en français dans le texte, Ludovic Monnerat). Parmi ses récents billets, celui-ci sur un texte de l'écrivaine cubaine Zoé Valdés qui dénonce la romanticisation de "Che" Guevara dans la communauté gay de Paris qu'elle côtoie dans son exil, particulièrement au vu de l'homophobie militante du personnage...

(J'ai passé l'URL du texte à la moulinette de Altavista BabelFish pour en obtenir une traduction française, mais ça ne m'apporte guère de précision supplémentaire par rapport à ce que je peux comprendre de moi-même -- si cela va tout de même dans la même direction! Il faudra vraiment que je teste ça une fois sur un texte d'une langue dont je n'ai pas la moindre idée: du russe ou du polonais).

Katrina: la déprime après la tempête

J'avoue un sentiment d'impuissance et d'écoeurement: tout savoir en temps réel de la situation des gens qui souffrent sur place sans rien pouvoir faire d'utile, et le caractère prévisible de l'anti-américanisme et de l'anti-bushisme ne m'amuse même pas (comme je suis conscient que ma patience indulgente peut aussi être considérée comme biaisée...).

Deux observations quand même.

  • On comprend mieux, rétrospectivement, le réflexe de fierté maladroite des Russes (après le naufrage du Koursk) ou des Indonésiens (après le tsunami) quand on voit que les Américains ont eu le même...
  • La lenteur et la maladresse des secours est une première impression qui est peut-être fausse, résultant d'une erreur d'appréciation (elle sera néanmoins difficile à effacer et rend déjà plus difficile la suite): après tout, quelques jours c'est peu à l'échelle d'une catastrophe naturelle, même si c'est beacoup quand on le suit heure par heure. Mais je me demande s'il n'y a pas aussi un autre phénomène à l'oeuvre: les inhibitions qui entravent l'efficacité de l'action, paradoxalement, lorsqu'on est chez soi; difficile par exemple d'ignorer les susceptibilités entre les niveaux de l'action publique voire les couleurs politiques des élus responsables. Si des opérations de secours américaines sont plus efficaces à l'étranger, ne serait-ce pas parce qu'elles peuvent alors se déployer en tout professionnalisme, sans état d'âme? Ce qui veut dire au fond que le Canada, l'OTAN, l'UE ou le Corps suisse d'aide en cas de catastrophe auraient mieux fait de débarquer et d'agir...

samedi 3 septembre 2005

Optimisme pour l'Irak: démonstration par a+b

Plus Mark Steyn scrute et analyse la Constitution irakienne, plus il trouve, lui aussi, des raisons d'être optimiste. C'est dans le Spectator bien sûr.

vendredi 2 septembre 2005

Calme comme une bombe

Le cauchemar de certains, le doux rêve d'autres. Une incohérence subtile, une subtilité incohérente.

C'est ainsi que commence l'autoprésentation d'un nouveau venu dans la blogosphère helvétique.

Cet ami de Ludovic Monnerat, qui l'a fait connaître à ses lecteurs, est comme lui engagé professionnellement dans le domaine militaire. Signes particuliers: une sensibilité poétique et un humour qui ne se prend pas lui-même au sérieux. Depuis ce précédent, je ne m'aventurerai plus à dire qu'on est devant un phénomène atypique pour l'armée suisse, qui semble devenue le dernier réservoir d'esprits créatifs et indépendants de notre pays tout en étant au service de la collectivité. Blog prometteur, on en redemande.

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