août 2005 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mercredi 31 août 2005

25 ans de Solidarnosc: NRJ plutôt que Nostalgie

Bon, j'ajoute mon grain de sel à propos de de l'anniversaire des accords de Gdansk et de la création du premier syndicat indépendant, qui ont marqué le début de la fin du totalitarisme communiste en Europe de l'Est... Comme je l'ai déjà raconté, j'avais participé 3 ans plus tôt à la création, à Genève, d'un Comité de solidarité socialiste avec les opposants des pays des pays de l'Est, en réponse à un appel dans ce sens de la tchécoslovaque Charte 77 de Vaclav Havel. C'était l'idée d'un socialiste (d'origine trotskyste) et syndicaliste aguerri, et il y avait trois composantes, comme il se doit: des socialistes (sociaux-démocrates), des trotskystes (orthodoxes, LCR) et des indépendants de gauche... Bien sûr pas de communistes ("parti du travail" en Suisse), et la direction du PS ne pouvait que nous soutenir tout en s'inquiétant de l'ombre que nous pouvions faire à la nécessaire "union de la gauche" contre la droite. Un moment, ce comité a même étendu l'oecuménisme jusqu'à compter un lambertiste (= LO PT, anciennement OCI)...

Nous étions partis pour un combat sans fin, ce qui n'inquiétait nullement notre maître à penser, dont l'un des dadas que je trouvais in petto doucement chimérique était le retour à l'indépendance des pays baltes, ou la troisième sociale-démocrate de choc de notre équipe, égérie du soutien aux républicains espagnols... Et puis l'élection de Jean Paul II, l'émergence de Solidarnosc, l'alliance des ouvriers et des intellectuels (Walesa, Kuron, Michnick, Geremek) nous ouvrirent un boulevard. Et nous avons eu l'immense satisfaction de pouvoir nous dissoudre en 90 ou 91.

Pour ma trajectoire personnelle, Solidarnosc est une étape d'un chemin commencé avec le Printemps de Prague (j'avais 13 ans et passait mes nuits à écouter Radio Prague libre en français) qui comprend aussi la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud et dont la résistance à l'islamofascisme et la libération de l'Irak sont la continuation naturelle. Après il y aura encore la Chine, mais je ne suis pas pessimiste.

Le syndrome d'Astérix a encore frappé Chirac

Personne n'a osé lui dire que Google fonctionne aussi très bien en français? La volonté étatique d'un "projet européen" (c'est-à-dire franco-allemand, c'est-à-dire français) de moteur de recherche multimédia c'est, l'âge venant (et Chirac doit être tout ragaillardi par la décision de Mario Soares, 80 ans, de faire don de sa personne pour une nouvelle candidature à la présidence du Portugal), le retour aux sources du pompidolisme triomphant, du plan Calcul au Concorde. Pas sûr que cela suffise à remonter le moral des Français.

mardi 30 août 2005

Bonnes nouvelles d'Irak (34)

Profitez pendant que cela dure encore (non pas que je craigne le tarissement de "bonnes nouvelles d'Irak", mais bientôt ce ne sera plus Arthur qui les sélectionnera et les mettra en forme): Arthur Chrenkoff a mis en ligne une nouvelle et impressionnante recension des ces faits qui constituent l'autre actualité quotidienne de l'Irak.

P.-S. Et un petit post-scriptum suisse à la suite du courriel que j'ai reçu de l'infatigable initiatrice d'une association suisse (plus précisément neuchâteloise), l'Association au bénéfice des Irakiennes et de leurs familles (ABIR): commencée à l'époque de la dictature de Saddam en vue d'apporter une aide directe à des personnes en difficulté, cette association continue un travail de fourmi en récoltant des fonds par un concert le 2 septembre en vue de les dépenser utilement en Irak. Je suis sans illusion sur le niveau d'analyse ou l'orientation politique de certains de ceux qui soutiennent cette initiative, dirigée au début contre les sanctions décidées par l'ONU et que son apolitisme conduit à ne pas dénoncer Saddam et ne pas approuver la libération de l'Irak. Mais je critique assez le cynisme avec lequel une certaine gauche est prête à sacrifier le peuple irakien par antiaméricanisme pour ne pas me réjouir qu'il existe de tels liens humains entre la Suisse et l'Irak.

lundi 29 août 2005

Constitution irakienne

Le projet de nouvelle Constitution irakienne a donc été finalisé, il sera soumis à référendum le 15 octobre, et il contient des choses (via Arthur Chrenkoff) intéressantes (via Ludovic Monnerat). A noter ces usages authentiquement démocratiques (c'est-à-dire ne s'arrêtant pas à une seule lecture formelle) consistant pour les élus à débattre et rechercher d'ultimes compromis avec les partis sunnites qui avaient pourtant tenté de saboter le processus démocratique en boycottant l'élection; mais cela ne paraît pas satisfaire les médias bien-pensants pour qui il fallait apparemment tout leur céder (et qui n'envisagent pas qu'il puisse y avoir des sunnites qui approuvent le projet et des chiites qui le rejettent)... Un autre signe de démocratie réelle est le fait que la Constitution ne sera pas approuvée par une simple majorité du peuple; elle sera effectivement refusée malgré une telle approbation s'il se trouve une majorité des deux-tiers pour la rejeter dans au moins trois des 18 gouvernorats qui divisent le pays (art. 61 de la Loi fondamentale transitoire). Et, contrairement au Traité constitutionnel européen, le refus n'est pas impensable: le dispositif prévoit de nouvelles élections et un second projet...

C'est dire que cela me fait bien rire quand on vient nous dire que les pays arabes seraient inquiets pour l'unité nationale irakienne... Ce qui les inquiète, c'est bien cette nouvelle démonstration du fonctionnement de la démocratie au coeur du Proche-Orient et dans un pays qui n'est pas Israël, comme cela a déjà été le cas avec les élections du 30 janvier dernier.

COMPLEMENT DU 30.08 à 18H45: Paxatagore, qui commente ci-dessous, a un billet, et le texte intégral (en anglais).

dimanche 28 août 2005

Le jeu du point commun

Devinettes

1) Voici une liste de noms:

Hwang Sok-yong - l'abbé Grégoire - Jean Hatzfeld - Paul Auster - Michel Houellebecq

Trouver le point commun entre ces personnes.

Réponse : un de leurs ouvrages fait l'objet d'un article dans le dernier numéro du Samedi Culturel du Temps - mais absolument aucun lien n'est établi entre cette collection auteurs (qui n'en est justement pas une)

2) Voici un deuxième groupe de personnes, qui ont aussi en commun le fait qu'une de leurs oeuvres écrites fait l'objet d'un article dans le même numéro du Samedi Culturel. Mais cette fois il y a un point commun en plus, explicitement établi par le journal, mis en exergue même - puisque ce point commun constitue carrément le titre de la une du cahier:

Lydie Salvayre - Rosetta Loy - Pascale Kramer - Marie Darrieussecq - Gila Lustiger - Maryline Desbiolles

Vous avez deviné leur deuxième point commun? Ce trait distinctif qui permet de réunir ces personnes sous un nom générique, qui les range dans une catégorie littéraire à part entière ? La réponse est ici (Indice: c'est leur rentrée.)

Steyn et O'Neill

... the best way to demonstrate that the Palestinians are undeserving of a state is to force one upon them.

C'est la conclusion d'un de ces articles dont Mark Steyn a le secret.

Et pour rester dans le sillage de ces Anglo-Saxons qui voguent, certes, à tribord, mais surtout à contre-courant, on lira Brendan O'Neill dans le Spectator expliquer (ou rappeler) qu'Al Qaida ne s'est pas développé par les effets de la politique américaine en Afghanistan, mais que c'est pendant la guerre de Bosnie que les Moudjahidine ont connu leur essor. L'article est intitulé:

Don't blame the neocons

(pour avoir fait d'une bande de nihilistes qui se bercent d'illusions sur la restauration du Caliphat la plus grande menace pour l'humanité) avec en sous-titre:

How Western liberals helped create al-Qa’eda.

Mais c'est le résumé qui est autant méchant qu'alléchant:

how al-Qa’eda became the armed wing of Western liberal opinion

De bonnes lectures pour un dimanche.

vendredi 26 août 2005

C'est nous les gars de la narine

Intéressante analyse d'Omar d'Irak the Model à propos du jeu des Sunnites, qui n'ont rien à perdre, puisqu'ils n'ont pas été élus. Via un commentateur de Ludovic Monnerat, qui par ailleurs propose cette citation extraite d'une analyse (c'est gratuit mais il faut s'inscrire) d'Amir Taheri du New York Post (ma traduction):

Le projet de Constitution n'est pas parfait. Il ne fera pas de l'Irak la Suisse du Moyen Orient en une nuit. Il inclut des articles qu'on ne saurait accepter sans se boucher le nez. Mais le fait demeure que jusqu'à présent, c'est la constitution la plus démocratique qui ait jamais été proposée à une nation musulmane.

Et le peuple irakien a la possibilité de la rejeter s'il pense que cela ne reflète pas ses souhaits. Ce fait, également, représente une occasion dont peu de Musulmans ont profité.

"... sans se boucher le nez" (without holding one's nose): Tiens, je croyais que cet usage politique de l'expression rhinologique avait été institué en 2002 en l'honneur de Jacques Chirac...

jeudi 25 août 2005

Rocard et le congrès du Mans

Un lecteur de ce blog s'est étonné que je ne parle pas de la déclaration de Michel Rocard sur une éventuelle scission au sein du PS après le Congrès du Mans. La vérité est que je n'étais pas encore remonté au texte, et les compte-rendus me laissaient un peu désabusé: une de ces phrases bizarres dont il le secret sur la minorité qui devrait "se soumettre ou se démettre", formule appliquée normalement à un exécutif qui a perdu sa légitimité (il était une fois venu à Genève faire un discours, et je suis idéologiquement un fan, mais comme orateur je ne l'ai vraiment pas trouvé terrible), l'évocation de la scission en se plaçant dans l'éventualité où lui et ses amis seraient minoritaires, ce qui me semble tactiquement malheureux: mieux valait évoquer la victoire de son camp et pousser les autres à partir! Et puis, je ne pouvais qu'être d'accord, évidemment, sans avoir grand-chose à ajouter...

Depuis, Damien de Samizdjazz m'a poussé à lire l'interview elle-même. Il y a je trouve encore une troisième arrête du même type: une remarque vaguement aigrie sur Emmanuelli qui l'aurait empêché d'être le candidat du PS en 95 contre Chirac, "et, qui sait, de gagner". Je me souviens de 69, candidat du PSU, de 74, quand Rocard inculquait des rudiments d'économie à Mitterrand, puis des vraies-fausses candidatures de 81 et 88, mais 95, vraiment? Entre Emmanuelli et Jospin?

Mais pour le reste, quel bonheur! C'est le Rocard du parler vrai, menant joyeusement la charge contre les paléosocialistes et autres altermondialistes sans souci pour le "politiquement correct" de gauche:

Il faut régler ce débat centenaire entre pseudo-marxistes et vrais réformistes. Entre les héritiers de Jaurès et les continuateurs de Guesde, cet idéologue marxiste qui n’avait sans doute même pas lu le Capital... Le PS comprend des néo-guesdistes, qui croient aux changements décrétés et aux protestations impuissantes, et des jaurésiens, qui savent qu’on ne peut avancer que dans le compromis concret. Nous vivons depuis 1905 dans cette confusion.

(...)

Il faut jeter à la poubelle ce patois marxiste qui fait écran à la réalité. Nos camarades européens l’ont fait avant nous, et de manière spectaculaire, flamboyante! Ils ont bien plus influencé et amendé leur société que nous-mêmes.

(...)

Ce qui est important, c’est de ne rien céder sur l’essentiel. Nous sommes sociaux-démocrates. Nous voulons construire en Europe un modèle économique et social fait de liberté, d’efficacité et de protection. Nous ne pensons pas que l’on puisse faire des réformes de structure rapides et définitives. Nous sommes partisans de petites avancées, de petits progrès, de choses tenables. Tout cela doit être affirmé dans nos textes de congrès. Le pire serait de rester dans la confusion.

(...)

Quand je lis les tenants du non à la Constitution européenne, je me rends compte à quel point des gens comme moi sont un boulet pour eux. Ils pensent que le choix de l’Europe est un piège qui nous entraîne dans le néolibéralisme en nous privant de nos leviers de commande. Ils croient au retour de la politique nationale. Je pense exactement le contraire. Au fond, nous devenons de jour en jour insupportables les uns aux autres. Nous nous paralysons mutuellement. Nous devons nous libérer.

(...)

Comment peut-on être intelligent, participer à des cercles universitaires et créer Attac, ce monument de bêtise économique et politique? Cela me sidère et me navre. Je vois évidemment d’où vient cette influence. Elle est liée au fétichisme marxiste et à l’inculture économique française. On n’enseigne pas l’économie réelle à nos enfants. Mais des enseignants adhèrent au fatras d’Attac? Il faut s’affirmer face à ces simplismes et ne plus les subir. (...) [On peut] parler aux gens d’Attac. Mais l’important est ce [que l'on] dira aux altermondialistes. Si l’on fait la moindre concession, alors on s’égare et on se suicide. Et on ne résout pas les problèmes des gens. Quand il y a un conflit social, gauchistes comme populistes réclament toujours un peu plus, un peu trop pour être sûrs que ça ne marche pas.

Mais tout ça pour déboucher sur quoi? Sur l'idée qu'en cas de victoire réformiste au Congrès, Hollande et Strauss-Kahn devraient avoir leur dîner au Granita pour savoir lequel des deux sera le candidat à la présidentielle: je ne veux pas être méchant, mais ni l'un ni l'autre n'est Blair ou Brown. Entre les deux je préfère DSK mais, dans la situation française et face à Sarko, Kouchner me paraît plus approprié. Pour continuer cette parenthèse de comparaison internationale, je note d'ailleurs que la gauche démocratique britannique ne fonctionne pas, elle, à la scission: la démarche de la Bande des Quatre fondant un parti social-démocrate face à la dérive travailliste d'alors a fait long feu, et aujourd'hui Blair (qui est parmi ceux qui ne les avaient pas suivis tout en étant sur la même ligne) incarne, sans céder sur rien, un parti dans lequel subsistent pourtant des dinosaures à côté desquels Emmanuelli est une guimauve néo-libérale: c'est ce qu'on appelle ici l'esprit tribal du parti travailliste, auquel Blair est d'ailleurs visiblement imperméable. Quant aux socialistes allemands, la scission s'est faite dans l'autre sens, avec le départ de Lafontaine. Mais ceux qui croient à une gauche de rupture contre la sociale-démocratie devraient méditer sur l'échec brésilien: après le succès, réel mais non sexy, du président social-démocrate Fernando Henrique Cardoso, l'illusion romantique l'avait emporté avec Lula -- et maintenant tout est à reconstruire. Qui va s'y coller? Le successeur manqué de Cardoso, José Serra, maire de Sao Paulo, avec un peu de chance.

C'est dire que la (petite) blogosphère francophone libérale de gauche est en effervescence! Outre Samizdjazz déjà cité, Jules, qui est un socialiste partisan du oui au Traité constitutionnel dont le blog Diner's room trouve sa source dans ce débat fondamental, renvoie aussi à une excellente interview de Bernard Kouchner dans le Figaro (qui confirme sa posture "présidentielle"). Et je suis d'accord avec la typologie de Versac, qui ne voit comme vrais sociaux-libéraux que Rocard, Kouchner et Bockel, et renvoie Strauss-Kahn et Hollande, comme Fabius, dans le "ventre mou" du parti, à côté de la gauche de rupture.

Dans un autre genre, à signaler l'approche un brin cynique de Paxatagore: le conflit est même moral plus qu'idéologique, mais il ne mérite pas qu'on se batte...

COMPLEMENT DU 26.08 à 17h45: C'est le genre de texte où je profite sans vergogne de la possibilité qu'offre le blog de corriger l'expression de sa pensée; je n'aimais pas qualifier les "guesdistes" de gauche radicale comme plusieurs blogs: ça me semblait leur faire trop d'honneur. Et j'ai retrouvé chez Eric Dupin (via phnk) gauche de rupture qui me convient mieux.

COMPLEMENT DU 29.08 à 23h45: Rocard détaille son analyse historico-idéologique dans une interview au Figaro.

mercredi 24 août 2005

Indépendance et sérénité de la justice

Contre toute attente, il y a eu une justice en ce qui concerne Michael Jackson (cf. mon billet suite à son acquittement). Et voilà que certaines suites judiciaires - cf. cette dépêche - commencent, oh lentement, à confirmer un verdict qui apparaissait quand même relativement courageux sur le moment. Que vont donc bien pouvoir révéler les deux jurés repentants, à part l'appât du gain, de la notoriété ou de l'influence politique? A quand le (télé)film? Qui en a acheté les droits? (Ce serait de bonne guerre si c'était M.J., pour se refaire.)

mardi 23 août 2005

Frontières

Sur Samizdjazz, Damien présente deux livres dont les auteurs ont souhaité traverser ou suivre une frontière: Berlin-Moscou, un voyage à pied pour comprendre comment l'on passe de l'Ouest à l'Est, de Wolfgang Büscher, et Lisières d'Europe, la frontière orientale de l'Union européenne, de la Turquie à la Russie, de Guy-Pierre Chomette (textes) et Frédéric Chautereau (photos).

Le sommet du genre, ce sont les deux volumes du Britannique Patrick Leigh Fermor, parti à 18 ans de Londres pour traverser l'Europe à pied jusqu'à Constantinople au moment de la montée du nazisme: Le temps des offrandes et Entre fleuves et forêts. Et dans la rubrique "spécial copinage", je signale aussi Adieu à Terminus, Réflexions sur les frontières d'un monde globalisé, par Joëlle Kuntz...

lundi 22 août 2005

Podcasting

Je ne suis pas encore très au point là-dessus, ni même sûr d'être vraiment intéressé à intégrer ça à ma vie quotidienne: je préfère de loin me déplacer en silence (ou en écoutant mon environnement), que ce soit à pied, à vélo ou en transports publics, et à la maison ou à l'ordi je préfère simplement de la musique classique. Plus généralement, mis à part des documents audio particulier, le son me paraît une perte de temps par rapport à l'écrit.

Néanmoins ce blog paraît présenter une bonne initiation francophone au phénomène...

samedi 20 août 2005

Roger Schütz et... François Mitterrand

Ce blog n'a pas (encore?) parlé de la mort du prieur protestant de Taizé (qui a désigné un catholique pour lui succéder). Mon co-blogueur a certainement encore plus de raisons que moi d'avoir fréquenté cette communauté oecuménique (voir son commentaire).

En l'état, c'est plutôt dans notre rôle de revue de presse que je signale cet article de Marie Hennezel, médecin spécialiste de soins palliatifs qui a connu les deux hommes, dans Le Monde d'aujourd'hui.

COMPLEMENT DU 22.08 à 23H50: Le FTmagazine du 20-21 juillet contient l'un de ces télescopages ironiques ou embarrassants avec l'actualité, dans sa page Pleasures Pursued. Il présente une retraite à Taizé (avec le numéro de téléphone et le site web) à côté du boeuf argentin livré à domicile (seulement au Royaume Uni, apparemment) et de l'Hotel Caruso à Ravello, sur la côte amalfienne (si c'est comme ça qu'on dit en français) amalfitaine (merci gvgvsse!).

vendredi 19 août 2005

Jason n'a pas été réduit au silence

Jason, le soldat blogueur de Just another soldier était de retour d'Irak depuis quelque temps. Mais maintenant, il va sortir un livre en automne, dont il a écrit la moitié depuis son retour de Bagdad, l'autre moitié étant tirée du blog. (Pub) Rappelons que Jason avait été puni et interdit de blog pour avoir écrit d'une manière qui ne donnaient pas une image digne ou adéquate de l'armée. Etait-ce le langage des plus cru, était-ce la description de certaines conditions, de certaines actions, de certains états d'âme non politiquement corrects mais ô combien saisissants et instructifs? Le comble, c'est qu'il se dit patriote et pro-armée - et il suffit de lire quelques lignes de son blog pour en être convaincu. Les archives du blog sont d'ailleurs en ligne. Jason dit dans ses interviews qu'il n'est pas le seul militaire en Irak à avoir été interdit de blog, seuls les blogs insipides étant restés autorisés.

Désormais, ses fans peuvent aussi entendre sa voix, car il a été invité dans au moins deux interviews radiophoniques, en tant que soldat blogueur. Une première interview est accessible ici ou ici et une autre interview (avec d'autres invités) ici à moins qu'on ne préfère en lire une transcription.

Mais cela ne remplace pas le plaisir procuré par son écriture, tout à la fois ironique, désabusée, sexy, trash sans jamais renier des dispositions qu'il faut bien qualifier d'humanistes - ce qui ne doit être possible (et permis) qu'à des gens qui ont vécu ce genre d'expérience, ce rapport à la vie à la mort, au pouvoir de vie et de mort qu'on a sur d'autres humains.

Précédents billets sur Jason et Just another soldier:

jeudi 18 août 2005

Loi juive et droit romain

Quelques pistes de réflexion intrigantes chez Paxatagore.

mercredi 17 août 2005

Anglosphère

J'ai sous les yeux le signe tangible de cette réalité qui n'a rien à voir avec l'aimable plaisanterie qu'est la Francophonie: la liste des pas moins de 53 pays, de Antigua et Barbuda à Zimbabwe, dont les ressortissants ont le droit de vote en Grande-Bretagne s'ils y sont domiciliés (peut-être devrais-je essayer de faire valoir ma naissance au Cameroun? Car ce pays d'Afrique francophone qui a une minorité anglophone a jugé utile d'adhérer, il n'y a pas bien longtemps, au Commonwealth, et est en conséquence au nombre des élus, comme bien sûr l'Inde, le Pakistan, le Nigéria, le Canada, l'Australie ou la Nouvelle-Zélande -- mais pas les Etats-Unis!). A cela s'ajoutent encore 13 territoires britanniques d'outre-mer + Hong Kong, et, pour les élections locales uniquement, 21 pays de l'Union européenne (les Chypriotes, Maltais et Irlandais, eux, participent également aux élections nationales).

Ces indications figurent sur la formule qui est remise chaque année à chaque foyer pour tenir à jour le rôle des électeurs, ce qui ne manque pas de faire frémir le Suisse que je suis, attaché à l'automaticité et l'exhaustivité des droits politiques rendues possibles par le caractère paparassier et tatillon du Einwohnerkontrolle (contrôle de l'habitant)...

Le document comporte par ailleurs un résumé en neuf langues: arabe, bengali, chinois (mandarin), français, kurde, portuguais, somali, espagnol et turc.

mardi 16 août 2005

Bonnes nouvelles d'Irak (33) - et le départ de Chrenkoff

Vie politique et institutionnelle, santé, infrastructures, éducation, société civile, sécurité... Le panorama de cette actualité de l'Irak qui ne fait pas les gros titres mais les met en perspective constitue comme à l'accoutumée la riche compilation réalisée par Arthur Chrenkoff.

La mauvaise nouvelle, c'est que Chrenkoff a annoncé l'autre jour le prochain arrêt de son blog: un choix difficile qui lui a été imposé par une promotion professionnelle dans les coulisses du monde politique australien incompatible avec un rôle solo remarqué dans la blogosphère anglo-saxonne. Le flambeau des "bonnes nouvelles" sera certainement repris par d'autres, mais sans le génie propre de leur créateur, Australien de droite élevé en Pologne communiste. Je ne peux que lui adresser tous mes voeux à cette occasion, mais je le regretterai: c'est vraiment un de mes blogs favoris par son caractère personnel, stimulant, varié, humoristique et toujours humain et compréhensif, à l'opposé de la facilité des jugements à l'emporte pièce.

Merci Arthur et bon vent!

lundi 15 août 2005

Microcosme

Achevé -- je le lisais à petite dose, et il y a aussi des photos et autres documents qui sont propices à la rêverie -- un livre dont j'ai le privilège de connaître la plupart des protagonistes, à commencer par le sujet, l'auteure et la préfacière: Le bâton dans la fourmilière - Jacqueline Berenstein-Wavre: une vie pour plus d'égalité (entretiens avec la journaliste Fabienne Bouvier, préface de Ruth Dreifuss, ancienne présidente de la Confédération).

En Suisse, JBW est un personnage qu'on n'a pas besoin de présenter, pionnière du féminisme sur le plan du travail comme sur le plan politique, au sein du parti socialiste genevois (dont son mari Alexandre, que j'ai eu plus tard comme prof pour une direction de recherche post-licence en droit et qui devint juge fédéral, a été l'un des refondateurs au moment où la majorité qui approuvait le pacte germano-soviétique avec Léon Nicole a été exclue du parti suisse). Le récit de sa vie et de ses combats, qui continuent d'ailleurs, est si riche qu'il doit manquer dans le livre bien d'autres épisodes comme celui que je peux révéler ici: en 1970, Jacqueline avait mis sur pied une formation à l'intention des nouveaux adhérents du PS (une initiative qui hélas n'a guère eu de suite lorsqu'elle a été appelée à d'autres aventures). Nous étions dans la période qui précédait le Congrès d'Epinay en France, de sorte qu'elle nous avait fait lire et discuter les livres d'Alain Savary, qui tentait alors de faire émerger le nouveau PS de la défunte SFIO, de François Mitterrand, de la Convention des institutions républicaines, et de Michel Rocard, du PSU... J'ai mieux compris ce tropisme français, de toute façon naturel à Genève, en apprenant que Jacqueline avait en fait passé une bonne partie de sa jeunesse en France.

Tout le livre est à l'avenant de ce va-et-vient entre le local et le global, les gens que les lecteurs du cru connaissent pour les avoir côtoyés dans des événements qu'ils ont vécus, d'une part, et d'autre part les idées et personnages qui façonnent notre société, jusqu'à Françoise Giroud et Elisabeth Badinter. Au demeurant, dans son féminisme comme dans son socialisme, JBW incarne un pragmatisme optimiste, un bon sens et un goût d'entreprendre qui restent l'avenir du progrès et de l'émancipation.

dimanche 14 août 2005

Gueule de bois

Désolé, rien à écrire après la java d'enfer de samedi... Je parle de la surprise mitonnée pour Olivier Meunier par quelques uns de ses amis à l'occasion du deuxième anniversaire de Dotclear. Il s'agissait qu'un maximum de blogs marquent l'événement en le lui faisant savoir, et on en est à près de 100. Et dans la foulée une frénésie de trackbacks croisés s'en est suivie (plus de 40 pour le billet précédent), ce qui permet de découvrir de nouveaux blogs... et si de là on se laisse encore entraîner, ça ne finit jamais!

samedi 13 août 2005

Bon anniversaire, Dotclear!

Août 1991: Tim Berners-Lee invente le web, laisse la porte ouverte et jette la clé. Il continue, d'ailleurs (via phnk).

Août 2003: Olivier Meunier met à disposition de quiconque a quelque chose à dire Dotclear, un outil open source d'édition d'un blog sur son propre serveur. Et il continue, avec une équipe aussi enthousiaste que bénévole pour le plus grand bénéfice de la communauté des Dotcleariens: merci Olivier!

Dotclear: 2 ans

Mark Steyn, encore et toujours

Pourquoi lire encore Mark Steyn ? Ne dit-il pas un peu toujours la même chose? Certes, il le dit brillamment, et on se délecte. Encore faut-il lui passer une gayfriendliness toute en réserve pour le dire avec un euphémisme, comme on a pu le voir à propos du débat sur la reconnaissance civile des couples homos. Certes, cela lui arrive de prendre la défense de la dignité et des droits des gais, mais c'est quand il s'agit d'illustrer la menace que l'islamofascisme fait peser sur nos sociétés libérales. Néanmoins, une fois de plus, il faut lire son dernier article dans The Spectator (cet article-là est gratuit mais il faut s'inscrire).

Il est question d'une bonne compréhension et du bon usage du multiculturalisme britannique au départ, qui l'emporterait de très loin sur d'autres idéologies homonymes. Il y a aussi toujours les sarcasmes à propos de tel ou tel aspects grotesques de certains terroristes, révélés par telle ou telle anecdote (un kamikase qui s'est fait intercepter en route par un autre qui a fait sauter sa bombe en cherchant à la lui voler). Mark Steyn étant profondément croyant (et conservateur), on peut gager que le moteur de son humour cinglant n'est pas tant le mépris que l'indignation devant la bêtise (euphémisme) humaine (la formule de la 'politesse du désespoir' me semble tout à fait appropriée dans son cas).

Enfin, si je n'étais pas bien élevé, et rien que pour le faire enrager, je lui dirais que la photo stylisée qu'il met sur son site est aussi un argument qui plaide en sa faveur et qui laisse présumer du meilleur.

jeudi 11 août 2005

Syndicalistes martyrs

De retour de la plage. En chemin, nous sommes allés visiter le musée élevé par le Trade Union Congress aux Six de Tolpuddle, véritables martyrs des débuts du syndicalisme: George Loveless et cinq autres laboureurs vivant dans une extrême pauvreté, inculpés de manière fallacieuse et condamnés en 1834, au cours d'un procès truqué, à sept ans de travaux forcés en Australie pour constitution d'un syndicat.

J'avoue que je craignais un peu l'amateurisme et l'image d'Epinal, mais non: établi à l'intérieur d'un des six cottages construits pour marquer le centenaire de la condamnation (ils portent chacun le nom de l'un des Six et sont encore pour la plupart destinés à des syndicalistes méritants), le musée est d'une conception tout à fait moderne et professionnelle. Il y a une présentation interactive (on peut acheter le CD-rom qui fait 500 pages et trois heures), les panneaux sont de grande qualité graphique, iconographique et informative et le contenu est complet et nuancé (davantage que le site ne le donne à penser).

Si toutes les révolutions subséquentes sont condamnées à répéter les étapes de la Révolution française, je me demande si la campagne à laquelle a donné lieu l'affaire des Martyrs de Tolpuddle n'est pas la matrice du militantisme radical mais réformiste, d'Alinsky à Solidarnosc: le fond moral qui informe et conforte la revendication matérielle (la plupart des Six sont des méthodistes, prédicateurs laïcs), la démarche légaliste, l'alliance avec les intellectuels et bourgeois éclairés qui se sont indignés de l'affaire, l'ont portée devant le Parlement tandis que de premières manifestations syndicales de solidarité étaient organisées; la combinaison d'action directe, d'action politique et d'action médiatique.

Et jusqu'à la conclusion festive suivant leur libération, obtenue 3 ans plus tard: un grand banquet dont le prix n'était pas accessible aux laboureurs ordinaires! La plupart resteront des militants actifs et écriront leur histoire, mais iront refaire leur vie au Canada.

Ecologie

Extrait d'une lettre de lecteur parue dans la Tribune de Genève, intitulée "Ecouter les terroristes", en réponse aux propos d'un ex-député écologiste. Je ne suis pas forcément d'accord avec l'ensemble, mais je dois dire qu'une phrase pareille, il fallait cette indécence parfois nécessaire pour la sortir:

Et que penser de nos écologistes? Ne sont-ils pas là pour s'occuper des messages de Mère Nature plutôt!? Le tsunami a fait infiniment plus de mal aux musulmans des Maldives que nos touristes et leurs apports monétaires, non?

mercredi 10 août 2005

Partenariat enregistré pour prêtres anglicans

En prévision de l'entrée en vigueur, le 5 décembre, de la loi sur le partenariat enregistré (Civil Partnership), la Conférence des évêques anglicans de Grande-Bretagne a publié une directive. C'est qu'il y a ici des centaines de prêtres gays, vivant en couple, au vu et au su de leurs paroissiens et de leurs évêques. L'affaire est par ailleurs rendue encore plus compliquée par le schisme qui menace la confession anglicane mondiale après la consécration d'un évêque gay dans le Vermont et l'adoption par l'Eglise canadienne d'un modèle de bénédiction pour couples de même sexe.

La directive réussit à fâcher à peu près tout le monde (ici et dans le Daily Telegraph de lundi 8):

  • Elle reconnaît le droit au clergé anglican de faire enregistrer leur partenariat, ce qui indigne l'aile traditionaliste, emmenée par Mgr Akinola (Nigeria), qui réclame contre l'Eglise mère le même type de sanction que contre les Eglises nord-américaines.
  • Mais elle cherche à atténuer ce geste par la demande d'un engagement que cette union reste chaste, mettant en avant un enseignement de l'Eglise selon lequel des relations sexuelles ne sauraient intervenir que dans le cadre d'un mariage entre un homme et une femme. Pour une fois les prêtres gays, l'aile libérale de l'anglicanisme et Mgr Akinola sont d'accord sur l'hypocrisie absurde de cette position.
  • Et la directive entend même s'opposer à la tenue de toute cérémonie religieuse pour accompagner l'enregistrement d'un partenariat.

Mardi et mercredi, la polémique s'est poursuivie dans le courrier des lecteurs du Telegraph.

Sensibilité ou sensiblerie?

La venue d'un ours en Suisse cet été a vraiment été une aubaine, une mine inépuisable pour nos médias préférés, comme ici ou ici. Mais maintenant, il y a beaucoup mieux à se mettre sous la dent: l'affaire dite du bébé-mouette (ce mot composé me gêne au plus haut point, même s'il était inévitable). Lire ici cet article du Matin, qui donne aussi accès à des articles précédents sur le sujet. Pour changer de quotidien, il y a aussi cette une du Temps.

La question est la suivante: peut-on exposer dans un musée tout ou partie d'un corps humain décédé? Il semble que, dans nos sociétés, on ait fini par admettre le principe si c'est dans un cadre didactique (salles d'anatomie, musées des sciences médicales, etc.). On sait que la dissection de cadavres humains a été une conquête de la médecine moderne, mais on notera que quand il s'agissait de reliques de saints, la sensibilité était autre. Autre encore la sensibilité relative aux exécutions publiques précédées de tortures et suivies de l'exposition du cadavre.

A mon avis, la question doit être posée différemment: peut-on instrumentaliser tout ou partie significative du corps d'un humain mort, en l'absence de son consentement, c'est-à-dire l'utiliser pour autre chose que lui-même (dans un cadre didactique, le corps n'est pas pris pour autre chose que ce qu'il est), comme c'est le cas de l'oeuvre? Certes, en cousant la tête d'un foetus au corps d'une mouette, l'artiste avait, paraît-il, pour but de dénoncer les manipulations génétiques, qui sont peut-être pour lui (j'imagine) une menace pour l'espèce humaine ou une atteinte à sa dignité. Toutefois, en procédant comme il l'a fait, il chosifie l'être humain - même si ce n'est qu'un embryon - ce qui est en contradiction avec toute prétention éthique relative à la dignité de l'être humain. Le problème, c'est qu'une atteinte à l'éthique de ce genre n'est pas forcément une infraction à la loi en vigueur - pour autant que j'aie compris. Il n'y aurait donc pas matière à censure. Il n'y a que la conscience du collectionneur puis du commissaire de l'exposition, qui dira que cette oeuvre (ou l'ensemble de l'oeuvre) a justement pour fronction de poser des questions, etc...

Encore une fois, ce qui me gêne, c'est qu'on confond le problème de la légitimité de telle ou telle représentation (violence, sexualité vénale = pornographie) avec le problème de l'exposition d'un corps humain réel - en l'occurrence un foetus de six mois. Dans une société humaniste et libérale, la liberté de représentation (artistique, pornographique) devrait être maximale dans la mesure où il s'agit d'adultes consentants. Qu'on représente artificiellement une tête de bébé cousue à une mouette tant qu'on veut, maculé de ce qu'on voudra, pour dénoncer ce qu'il faudra - et il y a encore bien des choses à dénoncer, notamment en Chine. Mais laissez le corps non consentant à lui-même, ne l'aliénez pas, n'en faites pas autre "chose". L'argument de Lorette Coen dans un autre article(un éditorial celui-là) du Temps qui évoque d'une part la tentation de la censure et d'autre part le grotesque d'une indignation sélective par rapport aux images d'horreurs réelles qui nous sont montrées quotidiennement, procède de la même confusion.

A part ça, certains ont pu prêcher sans rire qu'il faut accepter le fait d'une autre sensibilité en Chine (qui d'ailleurs a fait des misères à l'artiste, mais pas pour la même oeuvre).

mardi 9 août 2005

La Suisse a aussi son affaire Danone

Morat tremble pour Saia-Burgess, son fleuron industriel. L'inquiétude règne depuis qu'un géant japonais tente de mettre la main sur l'entreprise de composants électroniques...

Depuis un mois, le chef-lieu du district du Lac <note du blogueur: il s'agit bien de Morat, charmante petite ville historique, au bord du lac du même nom, dans le canton de Fribourg> tremble pour Saia-Burgess, entreprise de composants électroniques destinés à l'industrie automobile, qui emploie 600 personnes. L'annonce par le groupe japonais Sumida, le 1er juillet, de son offre publique de rachat de l'entreprise moratoise a déclenché un véritable séisme dans la région, où la situation de Saia-Burgess cotée en Bourse depuis 1998, est au beau fixe...

C'est ainsi que commençait cet article du Matin du 30 juillet 2005. A noter que, comme pour Danone, le nom Saia-Burgess est bien de chez nous - cf le minirésumé historique du Matin. Sauf que jusqu'à cette histoire, je n'en connaissais pas l'existence, comme la plupart des Suisses j'imagine, donc il n'a pas du tout le même charge symbolique et effective que la marque d'origine catalane.

Entre-temps, Saia-Burgess a lancé des appels à ses actionnaires par voie d'annonces dans la presse et a créé un site exprès pour eux à cet occasion. Parmi les arguments pour ne pas vendre ses actions, il y a celui de la différence culturelle:

5. Cultural differences draw the distinction The attitude of Sumida to date has been inconsistent. On the one side we read about jovial statements by the CEO in the Swiss media whilst on the other we have the determined attack on the company in the form of a hostile takeover bid. Although we have communicated our basic willingness to enter into talks, none have yet taken place with Sumida in order to clarify outstanding questions. Over recent years Saia-Burgess has successfully acquired around a dozen larger and smaller companies. Always on a friendly basis, always after detailed discussions and always in agreement with the corresponding management. We have learned that within a new geographic and, in particular, cultural environment you must take a cautious and thoughtful approach if you want to achieve success. We do not see this willingness on the part of Sumida, who seem to be intent on acting in a unilateral way. Extrait de lettre aux actionnaires du 2 août 2005, texte intégral ici.

Dans les annonces, il a été fait appel au patriotisme des actionaires. Il s'agissait de tirer parti de la proximité de la fête nationale suisse (1er août).

Depuis, Sumida a aussi communiqué par voie de presse, mais c'était pour lancer très formellement son OPA.

Enfin, on a bien sûr aussi été frapper à la porte des politiques. Un député a ainsi demandé au Gouvernement cantonal fribourgeois d'acquérir des actions de Saia-Burgess. Dans le Matin d'aujourd'hui, un membre de l'Exécutif fribourgeois expliquait pourquoi L'Etat n'investit pas dans le privé (ou, le cas échéant, à quelles conditions). On attend encore la réponse du Gouvernement dans son ensemble (pas avant le 17 août).

Gageons que l'Etat laissera Sumida déjeuner en paix.

lundi 8 août 2005

En route pour la plage

Nous partons 3 jours dans le Dorset, comme il y a deux ans - et je m'aperçois que Guillaume et moi avons omis de marquer au début du mois l'anniversaire (le deuxième) de ce blog! L'occasion de remercier nos lecteurs de leur visites et, pour ceux qui en laissent, de leurs commentaires.

En route, nous nous sommes arrêtés à Salisbury pour visiter sa cathédrale. Elle abrite l'un des 4 exemplaires de la première Constitution moderne: la Magna Carta de 1215, dans laquelle sont réglés pour la première fois les rapports entre le roi (qui n'est ainsi plus au-dessus de la loi) et les barons, l'Eglise ou Londres. On y trouve même de premiers droits individuels: l'interdiction du remariage forcé des veuves ou le droit à un juge en cas de conflit. L'un des panneaux de présentation ruine cependant quelque peu son impact en expliquant qu'elle a été la matrice non seulement de la Constitution americaine, mais également de celle de l'ex-URSS...

A part ca j'aime ce pragmatisme qui n'hésite pas a accoler à un tel monument un conservatoire faisant cafeteria, librairie et boutique de souvenirs.

dimanche 7 août 2005

"Pour un socialisme libéral"

Le Monde de dimanche-lundi publie un digest des 18 "contributions générales" déposées en vue du Congrès extraordinaire que le PS français tiendra au Mans du 18 au 20 novembre, et me rappelle que Jean-Marie Bockel, sénateur-maire de Mulhouse, se singularise encore davantage maintenant que l'humeur est, à nouveau, à la surenchère à gauche.

Le site du PS met en ligne l'ensemble des textes, comme il se doit (en PDF, malheureusement). Bon, c'est effectivement là où Le Monde fait un bon boulot, car ce n'est pas vraiment folichon (et outre les contributions générales, qui n'ont pas l'air de l'être toutes, il n'y a pas moins de 5 cahiers de contributions thématiques dont certaines paraissent voir large!). Même celle de Bockel fait 18 pages plutôt laborieuses, passé l'introduction qui, elle, est bien envoyée et que je reproduis ci-après.

Bockel a d'ailleurs un site, et même un semblant de blog.

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samedi 6 août 2005

Heureux combat

Les aventures de l'ami Jacob (billet) ont eu des effets collatéraux aussi heureux qu'inattendus: mon coblogueur a découvert (et aussitôt ajouté à notre blogroll) le blog o felix culpa, via Sozorogami, excellent lui aussi.

OFC, c'est le journal d'un curé de campagne. Je n'en suis pas tout à fait revenu. Au début, je me suis demandé si ce n'était pas de la fiction, ou une parodie. Non seulement ce qu'il écrit est captivant, mais la manière dont il l'écrit me rend très jaloux. Humour, ironie, tendre dérision, respect des petites gens, côtoient une citation de Calvin - mais il s'agit de Calvin Klein - et le récit de l'achat aux enchères d'un billet pour Madonna (la mère de Lourdes donc, pas celle de Jésus).

Le nom du blog renvoie à une prière fameuse de Saint Augustin:

O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem ! Heureuse faute, qui a mérité (valu) (aux humains) un si grand rédempteur!.

Saint Augustin appelle une heureuse faute le péché originel, qui a mérité aux hommes la gloire d'être rachetés par le Fils de Dieu. (D'après le site ab nihilo, qui répertorie et explique les citations latines, avec plein d'exemples de leur utilisation.) Autrement dit c'est le fait que la faute d'Adam et Eve a été une bonne chose, puisqu'elle a donné lieu au déploiement d'un surcroît d'amour de Dieu. Dont le combat avec Jacob fait partie. Et, environ trois mille ans après, l'heureuse découverte de cet OFC-là. La boucle est bouclée.

vendredi 5 août 2005

La NASA a-t-elle appris?

Je ne suis que de loin les mésaventures de la navette spatiale Discovery. Mais je ne peux m'empêcher de repenser à The Wisdom of Crowds. Il y a un chapitre dans lequel James Surowiecki dissèque le caractère hiérarchique et centralisé de la NASA qui l'a largement rendue aveugle aux signes annonciateurs du désastre de Challenger, et incapable de prendre les mesures qui s'imposaient. Il contraste cela avec l'approche décentralisée et ouverte avec laquelle l'OMS a conduit le programme qui a permis d'aboutir en un temps record à endiguer l'épidémie de grippe aviaire SRAS.

jeudi 4 août 2005

Riboud / Saint-Gobain: rôles inversés

Comme je le racontais ici:

Je me souviens de la première offre publique d'achat médiatique: le sémillant Antoine Riboud (BSN) contre le comte de Voguë (Saint-Gobain).

C'était en janvier 1969, j'allais sur mes 14 ans. Depuis, BSN est devenu Danone, Antoine Riboud n'a pas vraiment tenu ses promesses de patron moderniste en s'accrochant trop longtemps à son poste puis en passant la présidence à son fils Franck. Et aujourd'hui il faut en appeler au "patriotisme économique" pour défendre Danone contre une hypothétique OPA de PepsiCo...

Saint-Gobain n'a pas changé de nom et n'est toujours pas dans un secteur très médiatique. Mais son président est maintenant un représentant de l'élite du patronat français, Jean-Louis Beffa. Et il lance une OPA hostile de 3 milliards de livres sterling sur une entreprise britannique!

mardi 2 août 2005

Une droite anti-bagnoles?

Où va-t-on si les espoirs du parti conservateur britannique n'identifient plus la liberté à l'automobile, mais au vélo! Pour Boris Johnson, le rédacteur en chef du Spectator, on pouvait mettre cela sur le compte de l'excentricité. Pour d'autres simplement d'un pragmatisme dont la gauche ne saurait prétendre au monopole (ainsi du candidat leader David Cameron pour qui, depuis Notting Hill, c'est objectivement le mode de déplacement le plus efficace). Mais voici qu'il y a même un nouveau député tory qui part en voyage de noces en train: ni lui ni elle n'ont de permis de conduire!

lundi 1 août 2005

Bonnes nouvelles d'Irak (32)

La dernière compilation de ce qui fait l'autre actualité de l'Irak d'aujourd'hui et de demain est en ligne chez Arthur Chrenkoff!

Le combat de Jacob avec...

Hier soir, votre théologien laïc de service célébrait un culte dans sa paroisse préférée (comme cela arrive une ou deux fois par année). Le texte sur lequel portait la méditation étant le fameux combat de Jacob avec l'ange, qu'on peut probablement qualifier d'ange-soldat, qui sait si texte et prédication n'intéresseront pas certains de nos visiteurs, à commencer par les militaires:

et Jacob resta seul. Un homme se roula avec lui dans la poussière jusqu'au lever de l'aurore.

Il vit qu'il ne pouvait l'emporter sur lui, il heurta Jacob à la courbe du fémur qui se déboîta alors qu'il roulait avec lui dans la poussière.

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