juillet 2005 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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dimanche 31 juillet 2005

Saïda vs Tariq

Saïda Keller Messahli, Tunisienne qui a fondé à Zurich le Forum pour un Islam progressiste, dans un article du Matin Dimanche qui demande:

"A Genève, Tariq Ramadan se présente comme un «réformateur». Comptez-vous sur lui?"

Réponse:

"Pas du tout. M. Ramadan travaille d'abord pour sa propre image. Son éloquence et son charme le font passer pour un réformateur. En fait, il ne veut rien changer du tout. Mais il existe d'autres intellectuels musulmans qui portent une véritable volonté de changement."

L'ironie doucereuse et le persifflage d'une musulmane tunisienne seront-ils plus convaincants que l'artillerie lourde à la française, quand il s'agit de remettre à sa place le champion autoproclamé des musulmans de la modernité, Tariq le respectueux de la démocratie (là où elle est établie...)? Sur moi, cela pourrait marcher, mais seulement en cette occurrence. Parce que je découvre, au moment d'éditer ce billet, que cette dame est aussi active dans l'association Suisse-Palestine et dans l'initiative de Paix de Genève?(lire ici). Ce n'est pas un problème, mais pourquoi ni elle ni les journalistes ne le mentionnent quand on la présente en tant que fondatrice de ce Forum pour un Islam progressiste? Sont-ce des faits tellement connus? Cela donne une coloration particulière à cet Islam progressiste qu'on veut promouvoir.

COMPLEMENT- Cf. cet article du Spectator (gratuit mais il faut s'enregistrer), intitulé The myth of moderate Islam. Pessismiste (ou réaliste) - l'Islam est intrinsèquement guerrier, mais on peut toujours sélectionner quelques versets en faveur de la paix -, Patrick Sookhdeo cite cependant les propositions de la US-based Free Muslims Coalition constituée le après le 11 septembre pour promouvoir une verison moderne et sécularisée de l'Islam:

1. A re-interpretation of Islam for the 21st century, where terrorism is not justified under any circumstances. 2. Separation of religion and state. 3. Democracy as the best form of government. 4. Secularism in all forms of political activity. 5. Equality for women. 6. Religion to be a personal relationship between the individual and his or her God, not to be forced on anyone.

... l'auteur et tous ces gens ont-ils vu que cele ferait alors de l'Islam un pur protestantisme?

vendredi 29 juillet 2005

Ces conflits qui finissent

L'IRA abandonne la lutte armée, Israël engage le retrait total des colonies de Gaza occupée: si le premier événement, soigneusement chorégraphié mais se limitant pour le moment au discours, est largement mis en valeur par les médias, il me semble que le second passe injustement inaperçu alors même que les actes ont largement suivi, même si (Chirac vient d'en faire la démonstration) sa réalité et sa signification ne sont plus niées comme lorsque Sharon a annoncé ses intentions.

Dans les deux cas, on peut dire que la décision la plus difficile est venue de l'intérieur, sur la base d'une analyse exempte de tout sentimentalisme, et doit encore s'imposer aux fractions extrémistes inévitables qui n'ont pas intérêt à la paix et à la démocratie: l'aile mafieuse de l'IRA, le fondamentalisme judéophobe, le maximalisme sioniste. Incidemment, les deux situations illustrent aussi la victoire du réalisme politique, fait de prise de compte des différents intérêts en présence, sur l'absolutisme terroriste. Mais enfin, quel chemin parcouru, et quelle acceptation de l'adversaire dans des conflits aux racines si profondes et aux références si exclusives l'une de l'autre! Sharon et Mahmoud Abbas se téléphonent, c'est avec Ian Paisley lui-même (une sorte de Sharon nord-irlandais involontaire, si j'ose) que Gerry Adams et Martin McGuiness devront composer... Ce soir j'ai envie d'y croire.

jeudi 28 juillet 2005

Mélodie du malheur

Ludovic Monnerat nous livre aujourd'hui un billet sur un sujet qu'on ne s'attend pas forcément à voir traité par un militaire, à savoir celui de la prescience artistique. Votre serviteur n'a pas résisté à la tentation de mettre son grain de ciel dans les commentaires (un grain qui mériterait un certain développement, mais avec cette chaleur...).

mercredi 27 juillet 2005

Conférence de presse de Tony Blair

Les conférences de presse auxquelles se soumet Tony Blair, c'est autre chose que ce que connaît Chirac, ou même Bush, sur la forme comme sur le fond! On y voit la presse dans ce qu'elle a de pire (l'instinct de meute) et de meilleur (la persévérence). Le goût très britannique pour la confrontation, sur laquelle repose l'essentiel de l'apprentissage politique, en ressort très bien (par comparaison, je dirais qu'en Suisse c'est plutôt l'aptitude à proposer une solution qui est privilégiée, ce qui donne évidemment de moins bons spectacles -- quant à savoir si les solutions soient meilleures ou moins bonnes...). C'est un exercice mensuel, dûment agendé et télévisé, instauré par Blair en 2002 en réponse aux critiques sur la forme toujours plus présidentialiste que prend le gouvernement britannique et, en conséquence, la nécessité de compléter par d'autres formes le contrôle parlementaire traditionnel (lui aussi extrêmement éprouvant, avec la partie de catch oratoire de PM Questions le mercredi en début d'après-midi). Je ne sais si les successeurs s'y plieront également, et en même temps je ne vois guère comment ils pourraient y échapper.

Celle d'hier semble avoir été un sommet du genre, à lire Harry's Place (déjà ici) ou Norman Geras (qui incitent à lire la transcription complète et regarder un extrait vidéo). Et je partage d'autant plus leur avis que j'ai pour ma part entendu, ce mercredi, un brave Genevois expliquer que la multiplication des attentats est évidemment due à l'intervention en Irak, et qu'il est faux de dire que les terroristes en veulent à notre mode de vie: ils veulent seulement que les gouvernements occidentaux changent de politique à l'égard du Proche-Orient. Les circonstances faisaient que je ne pouvais lui demander s'il fallait en conséquence abandonner les militants de la démocratie dans les pays arabes à leur triste sort, voire se réjouir d'une disparition d'Israël pour mettre fin au problème. Sur ce rapport de cause à effet, Blair a été clair et précis:

Let us just take this issue of Iraq and expose it for a moment. Frankly the obscenity of these people saying it is concern for Iraq that drives them to terrorism. If it is concern for Iraq, why are they driving a car bomb into the middle of a group of children and killing them? Why are they every day in Iraq trying to kill people whose only desire is for their country to become a democracy? Why are they trying to kill people in Afghanistan? Why are they trying, every time Israel and Palestine look as if they could come together in some sort of settlement, they go and wreck it? Why are they killing people in Turkey? What is their excuse there, or in Egypt, or in Saudi Arabia? They will always have a reason and I am not saying that any of these things don't affect their warped reasoning and warped logic as to what they do, or that they don't use these things to try and recruit people. But I do say we shouldn't compromise with it. I am not saying anyone says any of these things justify it, but we shouldn't even allow them the vestige of an excuse for what they do. That is my answer to that.

Puis à un journaliste établissant une comparaison entre les civils tués en Irak par les terroristes et ceux tués par la coalition (soutenant par ailleurs que ces derniers sont plus nombreux que ceux là):

Excuse me. First of all - I don't accept that at all incidentally - but secondly there is all the difference in the world in us taking action against these terrorists and as will happen when military action is taken innocent civilians get killed. We deeply regret every one of those lives. They don't regret the loss of innocent, civilian life. They rejoice in it, that is their purpose. And all the instability in Iraq would stop tomorrow if these terrorists and insurgents stopped. And my point to you Adam is, I am making a more fundamental point because I actually don't think the public is in quite the position that you think they are. Yes, it is true that of course they see these issues as linked in some way. Yes they do. But they also know perfectly well that we cannot give these people any shred of justification for what they do. And when people say, and I have read this over the past few days, people talk about this as if we are doing this in Iraq, they are doing this here. There is more or less an equivalent. Until we get rid of this frankly complete nonsense in trying to build some equivalence between what we are doing helping Iraqis and Afghans get their democracy and these people going in deliberately killing wholly innocent people for the sake of it, until we eliminate that we are not going to confront this ideology in the way it needs to be confronted and my point to you is this, it is time we stopped saying OK we abhor their methods, but we kind of see something in their ideas or maybe they have got a sliver of excuse or justification. They have got no justification for it.

And one other thing I want to say whilst I am on this subject if I might, neither have they any justification for killing people in Israel either [est-ce une référence à la formule malheureuse de Benoît XVI?]. Let us just get that out of the way as well. There is no justification for suicide bombing whether in Palestine, in Iraq, in London, in Egypt, in Turkey, anywhere, in the United States of America. There is no justification for it period and we will start to beat this when we stand up and confront the ideology of this evil. Not just the methods but the ideas. When we actually have people going into the communities here in this country and elsewhere and saying I am sorry, we are not having any of this nonsense about it is to do with what the British are doing in Iraq or Afghanistan, or support for Israel, or support for America, or any of the rest of it. It is nonsense, and we have got to confront it as that. And when we confront it as that, then we will start to beat it.

mardi 26 juillet 2005

"Only in Britain"

L'an dernier avait éclaté un de ces scandales politiques d'alcôve dont les Britanniques sont friands: David Blunkett, l'un des poids lourds du gouvernement Blair, avait une liaison avec l'éditrice du magazine de droite The Spectator, se révélait être le père de l'enfant qu'elle avait eu après son récent mariage et s'estimait le père putatif du second encore à naître; lorsqu'il est apparu que ses collaborateurs directs avaient facilité le traitement rapide du renouvellement de visa de la gouvernante étrangère, il avait été contraint de démissionner (depuis il s'est avéré que le test de paternité est négatif pour le deuxième enfant -- à côté du mari, évidemment, un chroniqueur politique du Guardian, Simon Jenkins, et un homme d'affaires indien sont apparus comme "troisième homme" potentiel, et Blunkett est revenu au gouvernement après les élections). Or simultanément une liaison du rédacteur en chef du Spectator, le très médiatique député conservateur Boris Johnson, avec une chroniqueuse de l'hebdomadaire a été révélée par la mère de l'intéressée, Petronella Wyatt (Johnson a été révoqué de son poste de membre du cabinet fantôme par Michael Howard, non en raison de sa liaison mais pour lui avoir menti sur la réalité de celle-ci). Et une autre affaire a encore concerné un troisième rédacteur du journal.

Eh bien voici que je lis maintenant ceci à la page des spectacles du FTmagazine qui accompagne l'édition du samedi du Financial Times (23-24 juillet):

Who's the Daddy?

The two current theater critics of The Spectator, Toby Young and Lloyd Evans, have written a sex-and-paternity farce about The Spectator's own sexual shenanigans of recent months. The action takes place in Boris Johnson's office. King's Head Theatre, London N1, 020 7226 1916, to August 28.

En réalité, je voulais commenter l'intégralité du sommaire de cet hebdomadaire au contenu toujours exceptionnel, mais c'était plus long!

lundi 25 juillet 2005

Le poumon, vous dis-je

Une petite pique de Philippe Barraud contre ces experts en terrorisme que les médias sollicitent. Leur excuse (aux médias): ils n'ont pas le temps de vérifier qui a fait les experts experts. Mais que dire quand ils persévèrent? Histoire de rire plutôt que de pleurer, relisons la tirade du poumon du Le Malade imaginaire - où l'imposture est assumée et revendiquée.

dimanche 24 juillet 2005

Inégalité et pauvreté

Une intéressante tribune de Martin Hirsch, président d'Emmaüs France, dans Le Monde de samedi 23 (relevée également par Econoclaste), sur la lutte contre les inégalités, et qui revient sur la comparaison récurrente entre le "modèle français" et la Grande-Bretagne.

A ce propos, c'est dans Le Canard enchaîné de mercredi 20 que j'ai lu la réfutation de l'assertion par Jacques Chirac, le 14 juillet, que le nombre d'enfants vivant dans une situation de pauvreté serait de 17% au Royaume Uni et de 7% en France: en réalité, le critère statistique retenu dans les deux pays est différent, et si l'on prend le critère britannique (plus exigeant, comme c'est bizarre), la France est à 16%.

Mais ce qui m'a le plus interpellé, c'est le critère lui-même (car, tout journal satirique qu'il est, Le Canard se donne la peine de l'expliquer, contrairement aux quotidiens de référence qui utilisent complaisamment ce type de notions sans jamais les définir): est qualifié de "pauvre" un foyer dont le revenu est inférieur ou égal à 60% du revenu médian en Grande-Bretagne (50% en France). Or il me semble qu'une telle manière de voir définit un écart, une inégalité, mais pas la question de savoir si un tel revenu permet un mode de vie décent, ce qui me paraît le sens commun du mot pauvreté. J'ai tendance à penser qu'il y a des populations dont la majorité vit en situation de pauvreté (ce qui est impossible avec cette définition), et d'autres (ou peut-être pas encore?) oû ce n'est le cas de personne, et cela que l'écart entre le revenu du décile le plus bas et du décile le plus haut soit très resserré ou très relâché.

Ce que je comprends mieux, en revanche, c'est que l'on utilise ce critère pour ce qu'il implique réellement, l'inégalité de revenus (sans jugement sur la pauvreté ou non), à titre d'indicateur d'un risque de de se trouver défavorisé dans l'accès à l'éducation, en proposant des mesures compensatoires ciblées pour ces enfants: c'est ce qu'a fait le gouvernement blairiste (suivant un modèle promu par Clinton aux USA) avec le programme Sure Start.

samedi 23 juillet 2005

GB: deux points pour la blogosphère

Lors des élections britanniques, en mai dernier, j'avais noté que, contrairement à l'élection présidentielle américaine, les blogs ne paraissaient pas avoir joué un rôle décisif dans le déroulement de la campagne; j'attribuais cela à la plus grande diversité et réactivité des médias nationaux.

La récente campagne terroriste qui a frappé Londres a cependant occasionné deux situations dans lesquelles, manifestement, les médias traditionnels ont été contraints de compter avec les blogs.

  • La première, c'est la campagne récurrente contre le "politiquement correct" pervers de la BBC qui la pousse à ne pas employer le mot "terroriste", lui préférant des mots non connotés négativement comme "militants" ou, en anglais, "bombers", dans le but explicite de ne pas offenser ceux-ci et ceux qui les soutiennent. Récurrente, parce qu'elle s'applique depuis une éternité aux crimes contre l'humanité commis au nom des Palestiniens et est relayée depuis longtemps sur de nombreux blogs, au premier rang desquels évidemment Biased BBC (voir en particulier ces deux billets d'Oliver Kamm). Mais voici qu'à l'occasion des attentats du 7/7 la BBC s'est mise à utiliser le terme dans son usage courant! Il me semble que c'est Norman Geras qui l'a remarqué le premier. Très vite, cependant, ces pages ont été remises à l'ordre: les caches de Google ont permis à Harry's Place d'en faire la démonstration. Le Daily Telegraph, entre autres, s'est alors emparé du sujet.
  • Le second cas, c'est le militant islamiste extrémiste infiltré au Guardian dont il a déjà été question ici. C'est Scott Burgess qui a levé le lièvre sur son blog Daily Ablution qui figure depuis longtemps à notre blogroll, relayé en particulier par Harry's Place, blog de gauche anti-totalitaire qui est l'un des blogs politiques les plus lus du pays. Là c'est The Independant qui a vu l'occasion d'embarrasser son principal concurrent pour le lectorat gauche caviar intello.

A noter la manière particulièrement hypocrite et fielleuse dont The Guardian rend compte de la chose: il ne se reconnaît coupable que d'avoir omis de mentionner l'appartenance à l'organisation Hizb ut-Tahrir, de l'intéressé (et pour cause puisque ce dernier l'avait dissimulée). Et, plutôt que de remercier ceux qui lui ont permis de faire respecter l'éthique du journal qui l'a conduit à un licenciement, il s'emploie à les salir autant que possible (gratuit, mais il faut s'enregistrer), présentant Burgess (qui ne semble pas l'avoir encore remarqué) comme un aigri jaloux et disqualifiant ceux qui se sont indignés comme des Américains de droite, en se gardant bien de mentionner Harry's Place:

Scott Burgess, a blogger from New Orleans who recently moved to London, spends his time indoors [en des termes moins choisis: ce n'est qu'un branleur, Américain de surcroît; on n'est pas loin du méprisant "ces gens qui bloguent en pyjama" qui avait réjoui les blogueurs qui avaient révélé une manipulation indigne de CBS dans une émission animée par Dan Rather] posting repeated attacks on the Guardian for its stance on the environment, its columnists such as Polly Toynbee, and its recent intervention in the US presidential election campaign.

He pitched into Mr Aslam, who as it happened, beat him to the traineeship on the Guardian." [Personnellement, je trouve plutôt délicieusement burlesque que Scott ait tenté de pousser le Guardian dans les derniers retranchements de sa foi dans la "diversité" par sa candidature; c'est bien évidemment son positionnement idéologique qui l'a conduit à déceler plus facilement que la hiérarchie du Guardian la manipulation dont celui-ci était victime, plus que le seul ressentiment qu'il ait été engagé à sa place].

(...)

New Jersey undergraduate Joe Malchow [aka Joe's Dartblog] was writing on his own blog: 'Guardian employs known member of terrorist organisation.'

Fantasies like this zoomed round the world and soon seeped into the paper's mainstream rivals.

(...)

In the Independent on Sunday, Shiv Malik, also briefly a Guardian intern, accused the hapless Aslam of mounting 'a sting by Hizb ut-Tahrir to infiltrate the mainstream media'.

And in the tabloid Sun, their attack-dog columnist, Richard Littlejohn, took the opportunity to claim: 'A Guardian journalist has been unmasked as an Islamist extremist'.

Many bloggers repeated Malik's untrue assertion - made in the Independent on Sunday - that the Guardian was 'refusing to sack' Aslam.

C'est bien ce qu'il a fini par faire, mais on en vient presque à se demander pourquoi!

COMPLEMENT DU 25 à 23h45: Scott Burgess est de retour et ne cache pas son plaisir!

vendredi 22 juillet 2005

Le Conseil musulman de Grande-Bretagne se tire une balle dans le pied

D'une certaine façon, des attentats ratés, des alertes multiples et des opérations de police même efficaces comme hier et aujourd'hui sont plus perturbateurs qu'un attentat faisant de nombreuses victimes... La question de savoir si les musulmans britanniques, personnellement et au travers de leurs structures représentatives, sauront se placer du côté de ceux qui sont victimes des terroristes, qui leur résistent et qui leur font la chasse, paraît trouver un début de mauvaise réponse avec cette réaction:

1300 (14h suisse): The Muslim Council of Britain calls for the police to explain why the man at Stockwell Station - described as Asian in appearance - was shot dead.

A spokesman says Muslims are concerned police may have a "shoot to kill" policy in force.

Si encore ce n'est que cela... Moi je redoutais même l'erreur complète sur la personne! Mais il est simplement prématuré pour le MCB de se poser, de manière préventive et ritualisée, en défenseur des victimes hypothétiques de la police plutôt que des terroristes, alors que des témoignages font état d'une ceinture explosive sur l'intéressé et que, surtout, il est bien évident que la police ne manquera pas de donner toutes explications dès qu'elle en aura le loisir, sans attendre ce type de communiqué stupide.

Je ne doute pas qu'il y a de nombreux jeunes musulmans "à cran" qui ne partagent pas ma confiance sereine dans la police: mais justement, il est politiquement maladroit de la part du MCB de les encourager ainsi à se sentir encore plus coupés de la société dont ils font partie, alors que son rôle devrait au contraire être de saisir cette opportunité, aussi tragique soit-elle, pour travailler à la coexistence entre les communautés. L'intégration, ça fonctionne dans les deux sens.

TITRE MODIFIE à 23h: Je n'ai pas pu résister...

COMPLEMENT DU 23.07 à 18h45: On s'oriente hélas plutôt vers mon scénario du pire. Même si l'homme abattu n'est probablement pas un simple passant [hélas! cf. nouveau complément ci-dessous], il ne semble pas avoir porté sur lui la ceinture explosive qui aurait mis un terme à la discussion, sauf pour les esprits de mauvaise foi ou ayant perdu tout sens de l'instinct de conservation. Tout devient dès lors beaucoup plus complexe, même s'il est évident que le fait que l'homme sortait d'un lieu suspect, sous surveillance policière, et était habillé d'une manière qui pouvait légitimement faire craindre qu'il dissimule de quoi se faire sauter de la manière la plus meurtrière possible, justifie ainsi à mes yeux pleinement l'intervention de la police tant sur la forme que sur le fond. Et comme on est en Grande-Bretagne, une enquête indépendante est ouverte d'office sur ce type d'événement. Mais c'est surtout l'effet psychologique qui est à redouter, tant pour les policiers, à qui l'on demande de risquer leur vie, que pour l'opinion publique, musulmane ou non, qu'il sera plus facile d'égarer au moment où son soutien résolu à la lutte anti-terroriste est crucial.

COMPLEMENT DU 24.07 à 12H30: Sa ligne politique a beau souvent être hautement contestable, Ken Livingstone, le maire de Londres, n'oublie pas que les policiers sont placés sous son autorité. A propos de l'homme qui a été abattu par erreur (l'enquête devra établir si celle-ci était évitable ou a été commise de bonne foi compte tenu de l'ensemble des circonstances, c'est ce que l'on oublie facilement après coup lorsqu'on se focalise sur le fait que la victime était innocente), il a eu cette formule inspirée:

This tragedy has added another victim to the toll of deaths for which the terrorists bear responsibility.

COMPLEMENT DE 17H30: Excellent billet (pas de surprise) et discussion nourrie chez Arthur Chenkoff, qui propose aussi une réécriture de Plan of Attack, de Bob Woodward, à la manière de Harry Potter...

COMPLEMENT DU 25.07 à 23h55: Avec l'avantage de la réflexion distanciée (alors que je me suis trouvé dans la situation d'actualiser en continu un billet dont le contenu originel sur la réaction du MCB, lui, n'a me semble-t-il pas perdu sa pertinence), Oliver Kamm offre un point de vue sévère sur l'erreur de la police, que l'enquête en cours ne manquera pas clarifier.

COMPLEMENT DU 18.08 A 9H: La prédiction d'Oliver Kamm, ci-dessus, que des démissions au plus haut niveau de la police devront survenir est en bonne voie de se réaliser, après la révélation que les détails donnés, pour expliquer comment ce qui était alors présenté comme une erreur tragique avait pu se produire, sont démentis par l'enquête indépendante en cours. Qu'après les avoir distillés la police n'ait pas cherché à rétablir d'elle-même la situation ne fait qu'agraver la situation.

jeudi 21 juillet 2005

Partenariat: l'analyse scientifique du scrutin du 5 juin

Après chaque votation fédérale, une étude par sondage, réalisée et analysée par un institut universitaire, donne de précieux renseignements sur la composition des différents électorats (celui du oui, celui du non) et sur l'impact des arguments avancés dans la campagne par les uns et les autres. Celle sur la votation du 5 juin (Schengen-Dublin et partenariat)

Faute d'avoir entre les mains l'étude elle-même, je ne peux qu'ajouter la précision apportée par Le Temps d'hier au communiqué de presse: près de 74% des 18-29 ans ont voté oui, alors que 62% des personnes de 70 ans et plus ont voté non. Pour le reste, l'analyse confirme la profondeur de l'adhésion à la loi, aussi bien dans l'électorat radical et démocrate-chrétien que dans l'électorat socialiste (sans oublier 40% de l'électorat UDC!). C'est dire l'ampleur de l'évolution sociologique intervenue sur une question dont, il y a 10 ans, il était encore délicat de parler ouvertement.

A n'en pas douter, c'est potentiellement encore plus vrai pour les autres sociétés occidentales. Ce qui ne veut pas dire que cela allait de soi et que n'importe quelle revendication atteindrait le même résultat: c'est avant tout la qualité de la proposition, la maîtrise avec laquelle le débat a été mené, qui expliquent comment une attitude aussi progressiste a pu émerger, sans susciter les tensions que connaissent aujourd'hui l'Espagne ou l'Amérique, ni les atermoiements pathétiques de la France ou de l'Italie.

Kouchner comme joker anti-Sarko

Non, ce n'est pas un jeu à la Perec avec des "k"... ni même seulement une distraction à l'égard des nouvelles bombes qui ont explosé à Londres. Mais simplement l'enregistrement que, dans Le Monde d'aujourd'hui, Bernard Kouchner a lancé sa candidature à (la candidature à) l'élection présidentielle française de 2007 (il aura 67 ans). Comme il se doit, ça commence par "Notre pays traverse aujourd'hui une crise majeure" et se termine par "Notre France doit redevenir une référence pour un nouveau partage des richesses et de l'espoir, ici, chez nous, et là-bas, chez les autres. Face à ce défi historique, nous souhaitons, mes amis et moi, engager, dans les mois qui viennent, un dialogue avec les Français, car le seul clivage réel, le seul qui à mon sens soit pertinent, est celui qui sépare la vérité du mensonge, le courage du renoncement et l'intérêt général des intérêts particuliers. Il est grand temps d'aller de l'avant.". Entre les deux, il y a plein de bonnes choses, particulièrement dans la perspective d'une présidence différente se conciliant avec une lecture primo-ministérielle des institutions françaises.

Et dans le contexte politique actuel où l'électorat socialiste paraît trop divisé pour escompter qu'il se rassemble sérieusement derrière un Strauss-Kahn ou un Fabius, et où un Hollande ne fera jamais rêver, Kouchner offre au PS une sortie vers le haut. Il donne parfois l'impression d'être un peu marginal par rapport aux "éléphants", mais après tout le signe de la vraie bête politique c'est d'y croire contre toute évidence, de le vouloir contre toute attente. La gauche se cherchait un anti-Sarkozy (le T-shirt existe déjà, c'est Nicolas qui doit être content), elle l'a peut-être trouvé: différent mais pragmatique.

Danone: la France s'enferre, Sarko s'envole

Réaction autarcique unissant la droite et la gauche (Fabius, l'homme qui a apporté à la France Disneyland Paris, en tête, mais DSK n'est pas en reste) pour contrer l'encore éventuelle OPA de Pepsi sur Danone... Et Nicolas Sarkozy bombe le torse: ça lui permet de peaufiner son image en montrant son profil "Etat fort" pour rectifier son étiquette libérale, et comme il a la baraka il ne devrait même pas perdre l'estime de ceux pour qui il incarne le seul espoir de modernisation (c'est-à-dire d'acceptation d'une économie de marché ouverte).

COMPLEMENT DU 22.06 à 23H15: Je ne découvre que maintenant ce billet acéré de Versac.

J'ai vu l'avenir radieux de l'Internet

L'Internet est grand et Jeff Jarvis est son prophète: il en offre une nouvelle preuve dans deux billets fulgurants. Le premier présente Dinnerbuzz, destiné à révolutionner le guide des restaurants -- ou plutôt il décrit les fonctionnalités que ce nouveau site n'a pas encore vraiment mais dont l'imagination fertile et généreuse de Jeff le dote par anticipation. Dans la foulée, le second billet dresse une fantastique liste récapitulative et prospective de ce que les nouveaux outils du Net, tels que les fils RSS (la syndication de contenu, telle qu'elle est illustrée sommairement dans les colonnes latérales de ce blog) ou le podcasting permettent et permettront.

Jarvis a cette image saisissante: c'est une nouvelle architecture de l'information qui se met en place, dans laquelle les briques sont remplacées par des jets.

Voir ainsi clairement énoncé l'avenir vraisemblable à court et moyen terme est une chance rare. Par son talent, son enthousiame et surtout sa longue expérience de journaliste venu à l'interactivité tous azimuts après la presse écrite et l'audio-visuel, Jeff Jarvis est en position de présenter une telle synthèse avec autorité. Il pourrait se contenter de vendre chèrement ses oracles de consultant à un Ruppert Murdoch, ou les distiller longuement sous forme d'études savantes. Mais il préfère semer des graines sur son blog pour que chacun puisse en profiter (mais aussi pour nourrir sa propre réflexion des observations qu'il recevra en retour, dans ce qu'il décrit comme une nouvelle "économie du don", tout en ayant aussi le souci de déboucher sur un modèle économique viable à défaut duquel tout cela resterait de beaux réves): à ne manquer sous aucun prétexte, je vous dis!

mercredi 20 juillet 2005

Shrapnels

Pour une fois, je tombe sur un journal suisse romand qui donne (brièvement) la parole à une Européenne (franco-suisse) qui, résidant à Bagdad, tient des propos qui ont dû paraître complètement inhabituels pour la journaliste, qui a l'immense mérite de les rapporter. Il s'agit d'un article du journal Coopération (hebdomadaire de Coop) sur la romancière Elisabeth Horem qui vient de publier Shrapnels chez Bernard Campiche.

Entre autres sujets d'étonnements, il est relevé que l'écrivaine "s'anime, s'enflamme presque" contre la présentation des élections comme une mascarade organisée; et aussi que tout en étant a priori contre la guerre, elle "remet, pour ainsi dire, les points sur les i 'parce que la dictature de Saddam Hussein était terrible. On ne peut pas dire que l'Irak vivait en paix'. Sans parler d'une critique des médias qui ne montrent que les attentats.

Exception qui confirme la règle ou raison de ne pas désespérer de nos médias? En tout cas, envie de lire le bouquin.

mardi 19 juillet 2005

Changement d'ambiance

Pour se changer les idées face à la montée des théoriciens du complot (les attentats de Londres ont été organisés par Blair et Bush, les services secrets israéliens étaient au courant et n'ont rien dit) et des défaitistes (ce ne serait pas arrivé s'il n'y avait pas eu d'intervention en Irak / en Afghanistan, ou plus hypocrite: si on avait laissé les Américains intervenir tout seuls), rien de tel que le blog de Ron l'infirmier: cette histoire d'auto-stop, par exemple, conte de fée moral...

lundi 18 juillet 2005

Bonnes nouvelles d'Irak (31)

Eh non, il n'y a pas que les morts et les blessés (le plus souvent civils et musulmans) dus aux bombes des terroristes... Heureusement qu'Arthur Chrenkoff est là pour mettre en ligne cette compilation des autres événements qui font aussi la vie du nouvel Irak.

L'émotion du 14 juillet

De retour de vacances normandes (qu'on pourra qualifier de randonnée gastronomique, si on passe sur cet oxymore). Le 14 juillet, consigné pour cause d'intolérance à la chaleur, j'ai allumé la télé par hasard quelques minutes avant 13h, sans savoir qu'il y aurait les 2 minutes de silence en hommage aux victimes des attentats du 7 juillet. Comme beaucoup j'imagine, je me suis trouvé remué aux entrailles par la dignité des gens, par la sobriété extrême de ce qui était montré. N'était-on pas en train de toucher du doigt un ressort secret de notre civilisation, qu'on ne devrait normalement pas voir? Mais, les attentats des temps modernes étant perpétrés dans la perspective d'un traitement médiatique, cette réponse, qui, dans son mutisme, clamait qu'elle s'interdisait la haine et tout autre débordement, a tout dit.

Ce qui n'empêche pas que notre civilisation aura aussi besoin de ses esprits bien à elle, qui l'honorent en ne respectant rien, en s'autorisant à prendre de la distance, pour ne pas rester fasciné par cette horreur particulière. On aura aussi besoin de calvinistes pour rappeler que le mal relève d'un saut qualitatif et non pas quantitatif. A suivre.

dimanche 17 juillet 2005

Paris - Londres

Dans le Financial Times du week-end, Simon Kupper, un journaliste britannique qui a fui Londres pour Paris, analyse avec tendresse et acuité les rapports entre les deux villes dans leur compétition pour être le nombril du monde.

vendredi 15 juillet 2005

Excuse et apologie, romantisme et culpabilité

Le Monde d'aujourd'hui fait grand cas de "deux 'commentaires' signés par deux musulmans qui éclairent les raisons de la sourde colère qui monte dans les communautés musulmanes et favorise le recrutement des 'djihadistes' prêts à passer à l'action", publiés dans The Guardian.

Pour l'un, cite-t-il (voir le texte intégral en v.o.):

Oui, les terroristes sont barbares. Mais il ne faudrait pas oublier les crimes contre l'humanité récemment commis à Falouja, Nadjaf, Qaïm, Jénine et dans les villages et les montagnes d'Afghanistan. Qui est le plus barbare? (...) Pour chaque Occidental tué par des terroristes musulmans depuis la fin de la guerre froide, au moins cent musulmans sont morts dans les guerres et les occupations perpétrées par l'Ouest.

L'autre développe la même argumentation et écrit:

Les jeunes musulmans britanniques n'en peuvent plus de ces soi-disant "leaders communautaires" qui restent silencieux tandis que monte la colère dans les rues. Je suis allé prier dans une mosquée de Leeds récemment pendant le mois de ramadan (...). Il y avait des centaines de gens, beaucoup originaires d'Irak. Pas un mot de l'imam sur Falouja [la ville irakienne qui venait d'être écrasée par l'armée américaine, précise Le Monde].

Ce dernier se présente comme "un type ordinaire du Yorkshire" mais se révèle être un militant extrémiste, sans doute infiltré au sein de la rédaction du ''Guardian'' car je ne peux imaginer que c'est en connaissance de cause qu'il aurait été engagé comme journaliste stagiaire. Quant au premier, c'est un ancien porte-parole de la mission des Nations Unies en Irak, ce qui en dit long sur l'état d'esprit au sein de cette organisation. Dans les deux cas, c'est la même vision déformée de la réalité, entre paranoïa et victimisation compulsive, qui oublie par exemple que les Occidentaux ont combattu pour venir au secours de musulmans (au Kosovo, en Somalie), ou qui ne compte apparemment pas au débit de Saddam les centaines de milliers de morts musulmans dont il est responsable (respectivement au crédit de l'intervention internationale les vies sauvées par la fin de la dictature). Les soi-disant crimes contre l'humanité de Falouja et de Jénine sont, dans le premier cas, une opération militaire classique contre un groupe armé, rebelle à l'autorité légitime du gouvernement irakien, qui avait pris en otage la ville (fallait-il la lui laisser?) et, dans l'autre cas, une opération d'intoxication psychologique anti-israélienne, ramenée à de plus justes proportions par Human Rights Watch en particulier. Plus fondamentalement, on retrouve ce narratif perverti dans lequel c'est l'Irak tout entier qui est agressé et non Saddam, alors que l'effet de l'intervention a été de permettre la tenue des premières élections démocratiques par le peuple irakien.

Il me semble que l'on trouve à l'oeuvre le même mécanisme d'identification tragico-romantique à une vision fantasmée de la réalité que le soutien à la cause palestinienne avancé comme explication de l'antisémitisme endémique des banlieues françaises; dans le combat des idées, cela doit faire réfléchir, mais cela doit surtout être combattu. Je ne saurais trop recommander à ce propos la lecture d'un long billet "socratique" de Norman Geras, qui démonte admirablement le fonctionnement unilatéral du principe de causalité appliqué par les nouveaux "compagnons de route":

Note, first, the selectivity in the general way root-causes arguments function. Purporting to be about causal explanation rather than excuse-making, they are invariably deployed on behalf of movements, actions, etc., for which the proponent wants to engage our sympathy or indulgence, and in order to direct blame towards some party for whom he or she has no sympathy. Try the following, by way of a hypothetical example, to see how the exercise works and doesn't work.

On account of the present situation in Zimbabwe, the government decides to halt all scheduled deportations of Zimbabweans who have been denied the right to remain in the UK. Some BNP thugs are made angry by this decision and they take out their anger by beating up a passer-by who happens to be an African immigrant. Can you imagine a single person of left or liberal outlook who would blame, or even partially blame, this act of violence on the government's decision to halt the deportations, or who would urge us to consider sympathetically the root causes of the act? It wouldn't happen, even though (ex hypothesi) the government decision is part of the causal chain leading to the violence in question. It wouldn't happen because the anger of the thugs doesn't begin to justify what they have done.

Dans le Times d'aujourd'hui, Gerard Baker, commente l'obsession culpabilisée des élites mais croit à tort que c'est une spécialité britannique quand elle est répandue dans l'ensemble du monde occidental: c'est le philosophe français Pascal Bruckner qui l'a analysée dans Le sanglot de l'homme blanc, et comme on l'a vu l'autre jour elle se porte bien à Lausanne. Dans la réalité, la "tentation totalitaire" est une hydre dont la tête repousse sans cesse; et peut-être suis-je en train de céder moi-même à la culpabilisation excessive en trouvant fascinant que le fondamentalisme islamique soit une idéologie politique qui trouve ses racines dans un romantisme européen qui a déjà donné au monde le nationalisme, le communisme et le fascisme de la première moitié du siècle:

Perhaps you think that Islamism is the same thing as Islam. Perhaps you think that it is some form of national liberation struggle, or a reaction against imperialism or Bush's failure to sign up to Kyoto.

It is not.

Radical Islamism - in its most important strain - is a political doctrine which was developed principally by two arab thinkers in the first part of the 20th century - Qutb and Banna - who were deeply immersed, not in the culture of the middle east, but in the theoretical perspective of the European romantic movement. It is not an alien, exotic or even really an "oriental" doctrine. It is directly inspired by the same intellectual currents which gave rise to romantic nationalism in the 19th century, and fascism in the mid 20th century.

You might think that its main aim is to oppose military action in the middle east.

It is not.

Its main aim, explicitly, is to restore the Caliphate, abolished by Ataturk when modern Turkey was established. It is not an anti-imperialist movement. It is an imperialist movement, yearning for an imagined golden age which it hopes to recreate.

COMPLEMENT DU 22.07 à 23h44: Le Guardian s'est résolu à se séparer de son journaliste stagiaire qui posait au jeune musulman lambda en colère alors qu'il était membre d'une organisation islamiste prônant l'antisémitisme et la violence.

jeudi 14 juillet 2005

Commémoration

A midi, j'étais à la maison. Et pourtant, même dans notre rue résidentielle les deux minutes de silence en mémoire des victimes du 7/7 étaient perceptibles: nous étions plusieurs à être sortis sur le trottoir, il y avait aussi deux personnes immobiles devant le magasin d'en face, ainsi que les clients du pub au bout de la rue; et surtout la rumeur du trafic et des chantiers avait cessé. Mais c'était évidemment moins spectaculaire que ce que la TV montrait: la reine devant Buckingham Palace, King's Cross ou Trafalgar Square silencieux.

Et je suis maintenant en direct de Trafalgar Square, justement, où a commencé à 18h (19h en Suisse) une manifestation solennelle convoquée par le maire avec les syndicats et les leaders religieux. Ken Livingstone s'était compromis encore il y a peu avec les pires éléments du mouvement antiguerre, ainsi qu'un leader fondamentaliste musulman prônant l'oppression des femmes, l'antisémitisme et l'homophobie. Mais il a su dès la première heure, encore à Singapour avec le CIO, trouver le ton juste.

C'est probablement Seb Coe, le président du comité d'organisation des JO de 2012, qui parle en ce moment (après la déclamation d'un poème) et noue la gerbe de l'idéal olympique avec la diversité et l'ouverture de la ville, que les terroristes ne parviendront pas à ébranler.

COMPLEMENT DE 21H30: Je suis parti avant la fin alors que c'était au Chief Rabbi de prendre la parole, les vautours trotskystes qui tournaient avec leur hypocrite "Non au terrorisme, non à la guerre" m'énervaient. J'ai mis à profit pour ce billet une fonction offerte gratuitement par Flickr qui permet d'envoyer directement sur son blog, depuis un téléphone portable, un mail dont l'objet devient le titre et le contenu le corps du billet, avec une photo -- l'excuse qu'il me faut pour remplacer mon PalmOne Tréo 600 par un 650 dont l'appareil photo est de meilleure qualité? ;-) On peut configurer la mise en page et Flickr se charge de mettre l'image à une taille adéquate. Reste cependant un problème irritant avec les lettres accentuées qui ne passent pas et qu'il m'a fallu corriger ultérieurement.

mercredi 13 juillet 2005

Intifada?

Sombres perspectives discutées chez Ludovic Monnerat à la suite de la confirmation que les terroristes de Londres sont de jeunes Britanniques parfaitement intégrés... Une différence qui me paraît subsister avec le terrorisme palestinien, c'est que de telles actions ne sont pas glorifiées et fièrement assumées par la famille, les amis et tout l'entourage des intéressés: bien au contraire, elles rencontrent le déni puis la honte. Parvenir à faire émerger un contre-poison en forme de vaccin au sein même de la communauté musulmane est la voie difficile qu'un Sarkozy, en France, a été bien seul à esquisser.

COMPLEMENT DE 23H30: Voir aussi cet excellent billet d'Arthur Chrenkoff.

Les mots pour le dire

Quoi de plus un-British que la lamentation publique et spectaculaire, à l'africaine, d'une mère, pour exprimer son horreur à la pensée d'avoir perdu son fils aîné dans l'attentat contre le bus de Tavistock Square? Elle-même cadre chez Elf au Nigeria, elle est venue à Londres avec des membres de sa famille et des amis après sa disparition. Et pourtant ses propos en forme de cri expriment admirablement la tragédie. Dans le Guardian d'aujourd'hui, ils sont commentés par le colonel Tim Collins (voir aussi la vidéo), lui-même auteur d'un autre discours mémorable lorsqu'il a harangué ses troupes avant de les engager dans la bataille pour libérer l'Irak. Comme il le souligne, dans les deux cas il ne s'est pas agi de discours longuement préparés par des professionnels, voire littérairement inventés longtemps après les faits, mais de paroles exprimant la vérité et la force de la situation.

En transports publics ou à vélo?

We are not afraid, cela consiste à refuser la terreur, à vivre de plus belle et à continuer d'utiliser le métro et les bus. Mais si les évéments de jeudi dernier conduisent certains à redécouvrir le vélo comme moyen privilégié du déplacement urbain, ça ne peut pas être entièrement une mauvaise chose... Une tribune de saison également dans Le Monde d'aujourd'hui.

Au demeurant, l'"esprit du Blitz" n'est pas un monopole britannique, ou s'assimile rapidement par la géographie et le climat (Montesquieu, si mes souvenirs sont bons), comme en témoigne cette mère française vivant à Londres, confrontée à la peur de son fils de 8 ans...

mardi 12 juillet 2005

De Srebrenica à Londres

Au moment où la commémoration du massacre de Srebrenica rappelle où conduit la veulerie face au fascisme (et il faut rappeler que nombre de ceux qui se sont opposés à l'intervention en Irak voulaient aussi laisser les Talibans au pouvoir en Afghanistan et Milosevic en Serbie), quelques notes de lecture qui donnent des raisons d'espérer:

  • Un émouvant témoignage de quelqu'un qui, à la lecture du blog Harry's Place en particulier, a évolué d'une attitude de gauche traditionnelle, américanophobe et "anti-guerre", à une position internationaliste de soutien à la lutte contre le fascisme islamique:

Yesterday I found myself replaying George Bush's reaction to 9-11 in my head (probably deleting the Wild West shit) and feeling that what I had thought was simply jingoistic bullshit was in fact honest disgust and anger at a real attack. Rethinking that what Tony Blair speaks might not just be pious cant but actual determination to improve the world. Now I'm not so idealistic as to think that all that is the whole truth but I definitely think its more true than I gave it credit for previously.

I guess now I realise that to be anti-war (not just Iraq, Afghanistan too) is to tolerate crimes against humanity. I don't want to be a part of that. Today wasn't so much a change of heart as a watershed. Last week I went out for dinner with people from work and had a discussion with a co-worker about the war. She was really shocked that I was pro-war, given my "left credentials". And secretly I felt a bit ashamed of myself too. No more. No more equivalence of Saddam and Bush, no more "but what about..."

  • Un exemple particulièrement remarquable dans son honnêteté publique est celui de Dominic Cavendish, critique théâtral du Daily Telegraph, parti pour louer une de ces pièces tellement à la mode qui trouvent leur ingrédient dans l'actualité. Le journaliste a vu la pièce le mercredi, mais n'a écrit son article que le jeudi... (Via Clive Davis) cité par Andrew Sullivan.

Had I caught up with "Talking to Terrorists" on its official London opening night on Monday, you'd be reading unequivocal superlatives - compelling, harrowing, unmissable. When the threat of a terrorist strike seems only a remote possibility, it's easy to admire, easy to recommend these two hours of "verbatim" theatre from the pioneering touring company Out of Joint. They give you a first-hand flavour of what it means to belong to that sub-section of humanity, and, briefly, what it's like to be caught up in the midst of a terrorist atrocity.

The audience on Wednesday night were rapt. How could they not be? Present people in a safe, comfortable environment with the artfully interlaced, carefully edited reflections of, say, a former child soldier from Uganda, the IRA man who planted the Brighton bomb and a Kurdish resistance fighter, and they're getting the inside story without getting their hands dirty.

  • Après avoir quitté le Guardian, c'est désormais dans le Times qu'écrit David Aaronovitch, l'une des grandes conscience du journalisme de gauche, et sa chronique d'aujourd'hui fait justice de la politique de l'autruche censée protéger des terroristes (pratiquement chacun des quotidiens de qualité a sa palette de chroniqueurs reflétant toutes les couleurs de l'arc-en-ciel; il reste occasionnellement des articles décents dans le Guardian, dans The Independant Johann Hari équilibre Robert Fisk, et l'un des plus vulgaires dessins de presse défaitiste est publié dans le Times à côté de l'article d'Aaronovitch):

Africa? Iraq? 2012? An international city full of foreigners? Give me liberal optimism any day, with the chance of changing the world. Because, either way, you still get bombed.

  • Et cet article de Christopher Hitchens, décidément le George Orwell de notre époque par l'acuité sans concession de son regard (via Harry's Place):

From Srebrenica to Baghdad

There has been a great deal of nonsense published in the last week to the effect that an alliance with the United States can put other countries like Britain in the position of being "targeted". Why deny this? I reflect on what was not done at Srebrenica, and on what ought to have been done in Rwanda, and on what was put off too long with the Taliban and the Baathists, and I think what an honor it is to have such enemies. Co-existence with them is not possible, which is good, because it is not desirable or tolerable, either. The Srebrenica memorial stands as enduring testimony to that inescapable conclusion.

lundi 11 juillet 2005

Retour sur le "Rainbow Warrior"

Le Monde de dimanche-lundi publie un intéressant document: un récit de l'amiral Lacoste, alors patron des services secrets français, sur les circonstances de l'opération clandestine montée en juillet 1985 contre un bateau de Greenpeace qui s'apprêtait à participer aux manifestations en vue de tenter d'empêcher la tenue des essais nucléaires à Mururoa. Il y avait eu un mort (un photographe de presse) et la "piste française" était rapidement apparue au grand jour, pour le plus grand embarras de François Mitterrand, président socialiste de la République, et du gouvernement de Laurent Fabius: Charles Hernu, ministre de la défense, et Lacoste avaient fini limogés. Le témoignage de ce dernier éclaire la manière dont ce genre de décision se prend, dans l'informalité (Hernu prenant l'initiative et souhaitant laisser Mitterrand en dehors du coup pour le protéger, mais Lacoste se faisant confirmer par Mitterrand son accord -- ce qui n'empêchera pas ensuite un grand numéro d'indignation feinte du président).

Dessin de PlantuL'affaire me permet aussi de mesurer comment j'ai été amené, en tout cas depuis 11 septembre 2001, à évoluer sur un certain nombre de concepts, mais aussi comment je suis resté fidèle à mes convictions politiques. La notion de terrorisme m'est maintenant beaucoup plus claire qu'elle m'apparaissait alors, à la lumière de la lutte des Algériens pour l'indépendance ou des Palestiniens contre l'occupation israélienne, par exemple: je suis certainement devenu plus intransigeant à son égard, c'est une limite à ne pas franchir sous peine de perdre toute humanité. Et je ne ferais plus la confusion entretenue par ce dessin de Plantu (fantastique pour le coup de crayon, et Edwy Plenel au fond de la classe) entre une opération clandestine contre un adversaire identifié et du terrorisme, fût-il d'Etat; une telle expression devrait être réservée à, par exemple, des attentats organisés par des services secrets dans la population civile d'un pays à déstabiliser. Dans le cas du Rainbow Warrior, Greenpeace menait clairement une action hostile à l'Etat français, certainement illicite. Je la soutiendrais toujours, comme alors, ou 15 ans plus tôt celle conduite par Jean-Jacques Servan-Schreiber avec Brice Lalonde, le général de la Bollardière, l'abbé Jean Toulat, le pasteur Richard-Mollard et j'en oublie certainement: l'action militante exige parfois de tels actes. Il faut alors aussi en accepter les conséquences et il n'était pas illégitime que l'Etat français cherche à se défendre; qu'il s'y soit pris maladroitement et que l'opération ait entraîné mort d'homme alors qu'on avait apparemment cherché à l'éviter ne change pas la nature de l'opération.

COMPLEMENT DU 13.7: La fonction publique britannique a une forte tradition d'apolitisme et d'indépendance vis-à-vis du pouvoir politique, qui parfois confine au mépris de manière fort peu démocratique. Comparer le récit de Lacoste avec celui, paru dans le Guardian d'aujourd'hui, de comment Harold Wilson, alors premier ministre travailliste, se fait envoyer sur les roses lorsqu'il suggère timidement qu'il pourrait être judicieux de faire assassiner Idi Amin Dada, alors au faîte de son despotisme en Ouganda...

dimanche 10 juillet 2005

60e anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale

Quelle semaine, à Londres! Commencée dans la fièvre (puis l'euphorie) olympique, elle s'est poursuivie dans la tragédie des attentats terroristes. Et elle s'achève dans de grandes célébrations qui marquent la fin de la deuxième guerre mondiale.

C'est une grande différence entre le Royaume-Uni et le continent: ici il y a traditionnellement deux célébrations, VE Day (le jour de la victoire en Europe) le 8 mai, mais aussi VJ Day le 15 août, le jour de la victoire sur le Japon. Et c'est une réalité vivace: ne venons-nous pas de nous faire reprocher d'acheter une voiture japonaise, au nom du sort cruel connu par les prisonniers britanniques (souvenez-vous du Pont de la rivière Kwaï) -- par un lointain parent qui n'a pas eu le même scrupule à conduire une succession de Mercédès! Pour ce soixantième, c'est une date intermédiaire qui a été retenue, s'étalant sur toute cette semaine.

Vendredi soir, nous étions allé voir la série de photos souvenirs projetées sur la façade du palais de Buckingham, divisé en cinq écrans. Et cet après-midi nous nous sommes joints à la foule qui, sur le Mall, a assisté à un défilé des régiments engagés dans la guerre, toutes bannières au vent. Auparavant, la reine avait prononcé une allocution dans laquelle elle n'a pas manqué de faire une allusion, discrète mais nette, au parallèle entre naguère et aujourd'hui. C'était haut en couleur et en musique, et en même temps parfaitement bon enfant. Nous avons ensuite suivi le défilé en direction du palais et la fête s'est terminée par une parade d'avions britanniques et américains, Spitfire et autres Constellation. Voir cet impressionnant dossier sur le site du Telegraph.

Le "oui" du Luxembourg

Est-il naïf de ma part d'imaginer que les attentats de Londres ont pu éroder quelque peu le "non"? Dans l'adversité, les critiques à l'égard du "libéralisme" excessif prêté à la construction européenne paraissent bien futiles...

samedi 9 juillet 2005

"24 Heures": la faute au Coca-Cola

Robert Fisk avait déjà fait très fort vendredi dans The Independant, en mettant sur le même pied les victimes civiles prises pour cible par les terroristes à Londres et les victimes civiles survenues en Irak ou en Afghanistan lors d'opérations militaires contre des cibles légitimes: c'est-à-dire en refusant d'appeler un crime contre l'humanité par son nom. C'est en raison de ce genre d'outrances, dont il est coutumier, que la critique des médias en forme d'explication de texte, l'un des genres favoris des blogs politiques, a pris en anglais le nom de "fisking" (pour lequel on a proposé en français "ramonage", d'après Ignacio Ramonet du Monde diplomatique).

Mais j'ai l'impression que la palme de l'abjection revient à Jacques Poget, le rédacteur en chef du quotidien de Lausanne 24 Heures, dont Ludovic Monnerat fournit une bonne illustration d'un ramonage en règle! Et ce n'est certainement pas un point de vue isolé ou original en Suisse... Il fut un temps où le sentiment de bonne conscience replète et de supériorité morale satisfaite était dénoncé par les intellectuels de gauche comme le cancer de la suissitude et de sa neutralité: c'est hélas aujourd'hui (à nouveau?) la forme d'expression de la "pensée unique" en Suisse, de la droite à la gauche traditionnelle, du Conseil fédéral au CICR, des brèves de comptoir au prêt-à-penser médiatique.

Bonnes nouvelles d'Irak (30)

Elle m'avait échappée, la recension du 27 juin de ces informations sur la situation en Irak dont vous n'aurez guère entendu parler dans les médias traditionnels, mise en ligne par Arthur Chrenkoff!

vendredi 8 juillet 2005

Lendemain d'attentat

J'ai maintenant peaufiné ma réponse aux proches qui prennent des nouvelles:

Ca va bien, nous ne sommes pas parmi les victimes (ni personne que nous connaissons, pour le moment). Pur hasard...

La vie reprend son cours normal et, à vrai dire, ce qui est impressionnant c'est le calme avec lequel les événements d'hier ont été affrontés ici, tant par les services compétents qui y étaient préparés que par la population qui, au moins subconsciemment, savait que cela pouvait arriver. Et je trouve quelque peu prématurée, et en tout cas à formuler prudemment, toute interrogation sur la raison pour laquelle il n'a pas été possible aux services de sécurité, contrairement à nombre d'attentats qui ont été déjoués ces dernières années, d'empêcher ces bombes d'exploser. Tony Blair a parfaitement répondu, lors de la conférence de presse finale du G8 (BBC):

At a news conference, the prime minister was asked what had gone wrong to allow the bombings in London.

He replied: "These people who kill the innocent and cause such bloodshed, they are responsible and they are solely responsible."

Et Norman Geras dresse un catalogue du terrorisme en raison duquel les ennemis de la démocratie sont à combattre comme des ennemis de l'humanité toute entière.

A signaler aussi, dans le Daily Telegraph, un commentaire de Mark Steyn:

Since 9/11 most Britons have been sceptical of Washington's view of this conflict. Douglas Hurd and many other Tory grandees have been openly scornful of the Bush doctrine. Lord Hurd would no doubt have preferred a policy of urbane aloofness, such as he promoted vis à vis the Balkans in the early 1990s. He's probably still unaware that Omar Sheikh was a westernised non-observant chess-playing pop-listening beer-drinking English student until he was radicalised by the massacres of Bosnian Muslims.

Et celui de Christopher Hitchens dans le Daily Mirror (via Harry's Place):

We know very well what the "grievances" of the jihadists are.

The grievance of seeing unveiled women. The grievance of the existence, not of the State of Israel, but of the Jewish people. The grievance of the heresy of democracy, which impedes the imposition of sharia law. The grievance of a work of fiction written by an Indian living in London. The grievance of the existence of black African Muslim farmers, who won't abandon lands in Darfur. The grievance of the existence of homosexuals. The grievance of music, and of most representational art. The grievance of the existence of Hinduism. The grievance of East Timor's liberation from Indonesian rule. All of these have been proclaimed as a licence to kill infidels or apostates, or anyone who just gets in the way.

For a few moments yesterday, Londoners received a taste of what life is like for the people of Iraq and Afghanistan, whose Muslim faith does not protect them from slaughter at the hands of those who think they are not Muslim enough, or are the wrong Muslim.

It is a big mistake to believe this is an assault on "our" values or "our" way of life. It is, rather, an assault on all civilisation.

jeudi 7 juillet 2005

Explosions à Londres

Après l'optimisme et la joie de recevoir les JO de 2012, et au moment où la Grande-Bretagne accueille le Sommet du G8, la série d'explosions qui a frappé simultanément ce matin le métro et les bus de Londres (qui, sans que cela soit encore confirmé, porte la marque de fabrique d'un attentat terroriste d'Al Quaida) rappelle la réalité complexe du monde dans lequel nous vivons et la guerre inexorable et multiforme qui est engagée. Je ne suis pas dans un quartier où j'aurais quelque chose de particulier à ajouter, mais le site BBC News est une démonstration de la capacité du web à informer de manière diversifiée en temps réel: il a immédiatement fait appel aux photos de personnes sur place, à envoyer par téléphone portable!

Le Parlement européen s'affirme

Je ne l'apprends qu'aujourd'hui car j'ai principalement passé ma journée d'hier dans des aéroports (3h30 de retard le matin, 1h30 le soir), et ni Gatwick ni Genève ne sont dotés d'écrans projetant des news en continu comme la gare Victoria: la Parlement européen a enterré, par 648 voix contre 14, le projet de directive sur la brevetabilité des logiciels dont il a déjà été question ici. Des détails sur Publius.

On n'était pourtant qu'en deuxième lecture (chiffre 14 sur ce schéma): le Parlement pouvait tout aussi bien se contenter d'adopter des amendements (éventuellement mieux formulés que ceux qu'il avait déjà voté en première lecture) sur lesquels le Conseil aurait dû se déterminer, avec un préavis de la Commission, et le tout aurait encore pu déboucher sur une procédure de conciliation au terme de laquelle le Parlement avait le dernier mot. Manifestement, il y a donc surtout dans ce vote un mouvement d'humeur, un jeu tactique saisissant au vol l'occasion de montrer "qui commande ici" au Conseil et à la Commission. C'est un peu jeter le bébé avec l'eau du bain. Mais après tout le bébé est récupérable s'il le mérite, et si cela peut encourager les parlementaires européens a être plus conscients de leurs responsabilités, c'est une bonne chose. Lorsque cette directive avait émergé comme un des points d'accrochage des adversaires du Traité constitutionnel avant le référendum français, j'avais été frappé du défaitisme, de l'absence de confiance en soi des adversaires de la brevetabilité du logiciel: si cela peut contribuer à faire reculer le pessimisme nihiliste, tant mieux.

mercredi 6 juillet 2005

JO 2012: ce n'est pas Paris!

Je reconnais avoir le chauvinisme un peu négatif, et je ne pensais pas que je me réjouirais autant de la victoire de Londres! Je fais partie de ces pisse-froids qui préfèrent instinctivement que ce genre de bastringue se tienne ailleurs (et si cela pouvait leur faire plaisir, c'est plutôt Madrid qui aurait été ma candidate). Outre l'impact positif pour Londres, c'est cependant l'enjeu socio-politique qui prime (même si bien sûr il aura le temps de changer d'ici 2012), et ma foi c'est Chirac qui a commencé cette p'tite guerre totale.

Je n'ai appris la nouvelle qu'au 19:30 de la télévision romande, qui a présenté un large panorama de l'événement. Delanoë faisait un peu mauvais perdant, alors que Beckham, qu'on présente volontiers comme un demeuré, a eu des paroles de sympathie qui sonnaient juste pour la candidature parisienne. Et le mot de la fin revenait à ces titis qui disaient très justement: "Londres c'est à côté, on pourra quand même y aller!".

mardi 5 juillet 2005

Comment faisait-on quand on ne gérait pas?

Les efforts langagiers visant à désigner des professions en termes valorisants ou respectueux ne me semblent pas a priori ridicules. Parler de technicien de surface ou de gardien d'immeuble plutôt que de nettoyeur ou de concierge n'est pas pour me déplaire. La novlangue technocratique a quand même le mérite de signaler que les professions humbles ont droit au respect. De même que tout ce qui est stigmatisé comme politiquement correct n'est pas a priori irrelevant.

Toutefois, j'ai trouvé quand même qu'on atteignait des sommets périphrastiques dans cette annonce parue il y a quelque temps dans la Tribune de Genève. On y recherche en effet un casserolier (terme que je ne connaissais pas, mais là n'est pas le problème) pour un restaurant d'entreprise, qui stipule que le "défi" est le suivant:

"participer activement aux tâches liées à la gestion du lavage et du nettoyage en cuisine et salle de restaurant"

Peut-être est-ce dit avec un sourire en coin. Sinon, c'est que le concepteur de l'annonce a dû faire un stage de trop en management circonlocuteur à orientation antidéflationniste de la gestion de la qualité de la productivité scriptoverbale.

Comment faisait-on pour s'exprimer avec autant de justesse quand les mots gérer et gestion ne s'appliquaient qu'à des biens matériels qui nous étaient confiés?

lundi 4 juillet 2005

Mobilisation pour l'Afrique

J'avoue une certaine réserve à l'égard tant des projets de Blair et Brown pour le Sommet du G8 que de ces exhortations par les vedettes du showbiz, et les spectateurs des concerts Live8 enrégimentés comme militants (en Grande-Bretagne il est impossible d'y échapper, je doute qu'il en soit de même en Suisse ou en France...). Mais au moins cette double mobilisation occupe-t-elle un terrain médiatique qui, lors des précédents Sommets, avait été monopolisé par la frange obscurantiste de mouvement altermondialiste; cette fois, au-delà des attentes excessives qui ne pourront qu'être déçues si elles ne sont pas rapidement oubliées et d'un discours parfois confus (bonne gouvernance d'un côté, mais annulation de la dette et généralisation des dons de l'autre), un discours économique soulignant les effets pervers du protectionnisme arrive à se faire entendre. Je ne peux toutefois m'empêcher de penser que la manière la plus immédiate de lutter contre la pauvreté et la famine serait une intervention internationale au Zimbabwe et au Soudan... Et la haine de soi parvient tout de même à se manifester: les violences ont commencé aujourd'hui à Edinburgh.

samedi 2 juillet 2005

Canada, Espagne: fin du suspense

Tout est bien qui finit bien: ils et elles pourront se marier et adopter beaucoup d'enfants! Dans le cas d'une lesbienne qui accouche, je ne sais pas encore quel est au juste la situation de la conjointe par rapport au père biologique: mais passons sur ces détails mesquins qui ne sauraient, évidemment, occulter l'égalité absolue et géométrique à laquelle ont "droit" les couples de même sexe par rapport aux couples de sexes opposés, selon les juges de la Colombie britannique et de l'Ontario qui ont poussé le gouvernement du Canada à présenter son projet de loi.

On a pourtant eu chaud, particulièrement en Espagne où le projet emblématique du nouveau gouvernement socialiste a suscité des manifestations monstres et été rejeté par la Chambre haute du parlement avant d'être confirmé de manière définitive par la Chambre basse. Je serais un gay espagnol, je ne suis pas sûr que je serais heureux de me trouver réduit à l'état d'enjeu d'un conflit largement symbolique, particulièrement dans un pays qui n'est sorti de la guerre civile qu'il y a une trentaine d'années.

En Suisse, tout au moins, la reconnaissance de ces mariages (comme de ceux qui existent en Belgique, où ils ne peuvent pas encore adopter mais cela devrait venir prochainement, aux Pays-Bas ainsi que dans l'Etat du Massachusetts), ne posera pas de problème. La loi sur le partenariat enregistré entre personnes de même sexe a modifié de nombreuses lois, parmi lesquelles la loi sur le droit international privé dont l'article 45 alinéa 3 aura la teneur suivante:

Un mariage valablement célébré à l’étranger entre personnes du même sexe est reconnu en Suisse en tant que partenariat enregistré.

C'est, en une seule et même loi, à la fois la reconnaissance des couples de même sexe par la mise à disposition d'un statut adéquat, qui leur donne fondamentalement les mêmes droits que les couples mariés, et le Defense of Marriage Act voté par le Congrès et signé par Bill Clinton quand la volonté de l'Etat d'Hawaii d'étendre le mariage aux couples de même sexe a posé, aux Etats-Unis, la question de la reconnaissance de ces unions par les autres Etats s'ils étaient désireux de préserver la spécificité du mariage...

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