"Le rabais britannique doit disparaître" (Tony Blair)
François Brutsch | mardi 21 juin 2005 à 23h53 | europe, europe | rss
La grande force de Blair, c'est la franchise. Il n'hésite pas à dire les choses comme elles sont, à placer ses interlocuteurs (amis ou adversaires) devant l'évidence de la réalité: que ce soit sur la "clause 4" du parti travailliste, l'emploi, les prestations sociales, l'Irak ou l'Europe, il s'appuie sur quelques principes de bon sens et de rigueur éthique. Face à la diversion chiraquienne, tentant de se refaire une virginité en remettant en cause une décision unanime du Conseil européen aménageant la contribution britannique (l'entêtement de Mme Thatcher n'a pu convaincre alors que parce qu'il reposait aussi sur l'évidence que les bases initiales de calcul étaient par trop choquantes vis-à-vis du Royaume Uni), Blair n'a pu d'abord que défendre "le rabais" (ou "le chèque"). Mais, avant même le Conseil européen, il a fait preuve d'une souplesse dont Chirac s'est révélé incapable, en n'en faisant pas un tabou pourvu que les priorités dans les dépenses soient revues en même temps. Et il le confirme maintenant.
Manifestement, un mode de financement de l'Union qui n'est tolérable qu'au prix d'exceptions ponctuelles est vicié à la base (il n'y a pas que le chèque britannique, d'autres aménagements ponctuels existent ou étaient proposés, par exemple pour amadouer les Pays-Bas). L'erreur de Mitterrand et des autres à l'époque était d'avoir résisté à la demande de Thatcher jusqu'au moment d'y céder, tout simplement, plutôt que d'en faire l'occasion de remettre à plat l'ensemble de ce qu'en Suisse on appellerait la "péréquation financière" entre les Etats de l'Union: déterminer les critères et les pondérations à prendre en considération, dans une formule unique appliquée à tous, pour calculer la part de chacun au financement, parallèlement à un exercice de "nouvelle répartition des tâches" entre l'Union et les Etats.
Le risque c'est qu'il faille attendre le départ de Chirac et sa bande de faiseurs: Villepin, Douste-Blazy (ou même Borloo)... Et des fois même Sarko me désespère, quand je vois qu'il déclare (Le Monde du 21.6):
Imaginez qu'on puisse avoir dans quelques années un commissaire maltais et pas de commissaire français! Je comprends que ça interpelle.
C'est sans doute pour équilibrer les Lituaniens de Mélanchon! Mais Sarkozy, lui, appelait à approuver la Constitution qui rend ce cas de figure inéluctable... Franchement, est-ce que Jacques Barrot manquerait tellement dans le paysage? J'ai déjà évoqué l'expérience de la Suisse en matière de provenance des 7 membres du Conseil fédéral et de susceptibilité des "grands cantons", mais il y a surtout l'exemple américain: un grand président comme Clinton venait de l'Arkansas, qui doit être à peu près la Lozère d'outre-Atlantique. Et Sarko réalise-t-il qu'il est en réalité plus probable, car cela froisse moins de susceptibilité, que le président permanent du Conseil européen, s'il advient un jour, soit choisi dans les petits pays?... Enfin, on verra bientôt si les Lituaniens et autres Maltais savent comme la Pologne et ses plombiers "métrosexuels" ridiculiser l'esprit cocardier français jusque dans le domaine où on lui prêtait encore un avantage comparatif...






Commentaires
1. Le mercredi 22 juin 2005 à 09h37, par fmod
2. Le mercredi 22 juin 2005 à 22h57, par François Brutsch
3. Le jeudi 23 juin 2005 à 01h01, par guerby
4. Le jeudi 23 juin 2005 à 17h25, par François Brutsch
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