avril 2005 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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samedi 30 avril 2005

A Madrid

Depuis vendredi, et jusqu'à lundi, nous sommes à Madrid: un week-end d'été fin avril. Mais pas moyen d'échapper au débat contemporain et à la prédominance médiatique du courant défaitiste. Notre guide, "Time Out Madrid", conclut son introduction ainsi:

This guide has sometimes bemoaned Madrid's loss of innocence. But it is, after all, the capital of a country that, after a brief and disastrous flirtation with Atlanticism, has again committed itself to a key role in the European Union, and at a critical time. It's a more expensive, populous, anonymous and competitive place that it was a decade ago and will obviously become more so. The events of March 2004 merked a watershed, arguably sparking off an awareness of Madrid's place in the wider world. Some might say madrileños are finally growing up.

jeudi 28 avril 2005

Elections britanniques: J - 7

Que dire de la campagne? Par rapport à la Suisse ou à la France, elle est très ritualisée: chaque jour, chacun des trois principaux partis choisit un thème et l'illustre au travers d'une visite, d'une intervention, pour le bénéfice de la presse et de la télévision. Et ce soir à la télévision il y avait une émission spéciale de Question Time avec, successivement, Charles Kennedy, Michael Howard et Tony Blair. Pas de fioriture: une scène, le leader est applaudi à son entrée et s'assied, seul et sans notes, face à un public représentatif de l'électorat dans sa diversité politique, ethnique, démographique... L'animateur, qui intervient peu, reste debout. Les questions sont directes voire aggressives, les réponses courtes. C'est toute la vie politique britannique, depuis les "debating societies" jusqu'au Parlement en passant par l'émission radiophonique Any Question enregistrée chaque semaine dans une localité du pays, qui est fondée sur cette confrontation directe où il faut faire preuve d'à propos et d'esprit.

Think about freedom - Vote LabourTant les Conservateurs que les Libéraux démocrates ont fait de l'intervention en Irak un thème de campagne pour attaquer Tony Blair, les Lib dem pour capitaliser sur le fait qu'ils y ont été totalement opposés, les Tories, bien que l'ayant très majoritairement votée au Parlement, pour jeter le doute sur l'intégrité personnelle du premier ministre. Les adversaires de l'intervention continuent de faire grand cas d'un débat byzantin et formaliste sur la conformité de la décision du gouvernement au regard du droit international. Les blogs de la gauche internationaliste, eux, font leur une carte conçue par Anthony Cox (Black Triangle) sur le modèle des autres engagements du Labour: oui, le gouvernement travailliste peut être fier de sa politique étrangère.

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mercredi 27 avril 2005

Intermittence

Mille pardons, mais vraiment pas le loisir de bloguer ces jours, je suis en déplacements pratiquement jusqu'au début de la semaine prochaine...

lundi 25 avril 2005

Bonnes nouvelles d'Irak (26)

Pour bien commencer la semaine, jetez donc un coup d'oeil aux informations rassemblées par Arthur Chrenkoff -- ou passez 3 heures à tout lire, en suivant les liens...

dimanche 24 avril 2005

Pessah

Nous étions hier soir à un seder, le traditionnel repas de la Pâque juive. C'est une fête qui, par son rituel et par son message (passer la tradition de la libération du peuple juif lors de la fuite d'Egypte), est particulièrement adaptée aux enfants et il y en avait cinq, donc c'était très joyeux (et pas plus religieux que Noël: sur 10 personnes trois étaient juives, dont une athée).

Un moment délicat dans la conversation, toutefois, quand l'un des convives a raconté avec été contacté au téléphone par la campagne travailliste et avoir fait part de son désaccord persistant sur l'intervention en Irak (manifestement le sort des Irakiens l'indiffère) et sur les (prétendues) restrictions aux libertés publiques. C'est un peu comme lorsque l'on entend (en étant directement concerné, ce dont l'autre n'est pas forcément conscient) une manifestation d'homophobie, de racisme ou d'antisémitisme ordinaire: faut-il à chaque fois réagir, quitte à jeter un froid? Au retour dans la voiture nous nous sommes dits que nous avions bien fait de rester silencieux, mais que c'est quand même irritant que cela soit manifestement ce qui était attendu de nous.

vendredi 22 avril 2005

Espagne: le parlement suit

La Chambre des députés a approuvé, comme prévu, le projet de loi étendant le mariage aux couples de même sexe.

jeudi 21 avril 2005

Débat européen

Je l'avais moi-même un peu oublié... Mais pour ceux qui souhaitent se tenir au courant sans tomber dans le byzantinisme du débat franco-français, que Publius permet cependant de suivre exhaustivement, il y a un autre blog: Europeus. On y trouve en particulier un très intéressant exposé de Jacques Delors sur le traité constitutionnel.

mercredi 20 avril 2005

Révolution numérique: les lecteurs au pouvoir

Le Temps d'hier a repris l'article que Le Monde avait consacré à l'exposé de l'éditeur Rupert Murdoch sur le défi auquel est confrontée la presse à l'âge du blog et de l'iPod. Il vaut la peine de se reporter à l'original, ne serait-ce que pour confirmer ses paroles que dorénavant le client est roi également en matière d'information. On trouve aussi des éléments de background chez Jeff Jarvis, dûment cité comme prophète du nouvel évangile médiatique (ou blog daddy): en bon prosélyte, celui n'hésite pas à pactiser avec le diable si cela peut faire avancer ses thèses, tant mieux pour nous!

Un pape pour Dan Brown?

Guillaume Barry ayant écrit ce qu'il y avait à dire de sérieux, je peux traiter un aspect plus anecdotique: le choix de Ratzinger de s'appeler Benoît XVI. Pour un homme qui, la veille, dans son homélie au cours de la messe pour élire un pape, a dénoncé le vague mysticisme, il est curieux qu'il se soit prêté à la crédibilisation d'une "prophétie des papes" selon Saint Malachie, popularisée par Nostradamus, qui est un aimant pour les esprits superstitieux.

Bon, vous me direz que c'est la loi du genre que de trouver une interprétation conforme, aussi tirée par les cheveux soit-elle, et qu'ils y seraient parvenus même si Ratzinger avait préféré Boniface ou Clément. Mais dans le cas précis la "prédiction" que le successeur de Jean Paul II prendrait le nom de Benoît XVI avait bien été formulée avant l'événement, comme en témoignent cette page du 4 avril en cache chez Google ou ce message du 8 avril sur un forum.

Personnellement, je préfère la vraie théologie-fiction: Le manuscrit du Saint-Sépulcre, de Jacques Neyrinck, ou La peau du tambour, de Arturo Perez Reverte.

mardi 19 avril 2005

Cris d'orfraie pour le nouveau pape

Que dire sur l'élection du nouveau pape? Difficile de ne pas pousser des cris d'orfraie quand on est protestant et gai. Je me rappelle avoir entendu (je ne sais plus qui) prophétiser il y a plus d'un an: le successeur de Jean-Paul II fera passer celui-ci pour un libéral. En dehors de ses encycliques, je n'ai pas lu une ligne du Polonais, en revanche, j'ai lu un ouvrage de Ratzinger consacré à la liturgie et je l'ai trouvé, pour mon plus grand désarroi... remarquable de profondeur et d'intelligence théologique. J'étais d'accord sur presque tout. Cela en fait un adversaire d'autant plus redoutable sur les autres plans qui m'intéressent, à savoir le rapport catholiques-protestants et le rapport à la sexualité. Oui, il y a de quoi pousser des cris d'orfraie. Toutefois, on sait que Ratzinger a un point commun avec certains néocons américains qui sont d'anciens troskystes: dans les années 60, dans le sillage de Vatican II, il passait pour un dangereux progressiste. Alors, peut-être que, comme ce fut le cas pour eux, il y aura des domaines où ses visions l'amèneront à prendre des décisions salutaires pour son Eglise et le monde, tout en étant incompris d'une majorité occidentale anticonservatrice.

lundi 18 avril 2005

Démocratie en Irak: la mémoire sélective des adversaires de l'intervention

Instapundit (encore) revient, complété par ses lecteurs -- ça c'est la grande force du blog --, sur la polémique autour de la menace d'armes de destruction massive supposées se trouver en Irak. Citations à l'appui, il tente de démolir la légende révisionniste avancée par les adversaires de l'intervention selon laquelle la création de conditions favorables à un développement démocratique n'est que rationalisation a posteriori inventée après l'échec de la recherche d'armes de destruction massive. En réalité c'était une politique constamment avancée par Bush (comme par Blair, évidemment), et qui trouve déjà son origine du temps de la présidence Clinton.

Si je reprends dans l'ordre chronologique (en élargissant parfois les citations):

  • 31 octobre 1998: le président Clinton promulgue le Iraq Liberation Act voté par le Congrès en déclarant notamment:

Let me be clear on what the U.S. objectives are: The United States wants Iraq to rejoin the family of nations as a freedom-loving and law-abiding member. This is in our interest and that of our allies within the region.

The United States favors an Iraq that offers its people freedom at home. I categorically reject arguments that this is unattainable due to Iraq's history or its ethnic or sectarian make-up. Iraqis deserve and desire freedom like everyone else. The United States looks forward to a democratically supported regime that would permit us to enter into a dialogue leading to the reintegration of Iraq into normal international life.

My Administration has pursued, and will continue to pursue, these objectives through active application of all relevant United Nations Security Council resolutions. The evidence is overwhelming that such changes will not happen under the current Iraq leadership.

In the meantime, while the United States continues to look to the Security Council's efforts to keep the current regime's behavior in check, we look forward to new leadership in Iraq that has the support of the Iraqi people. The United States is providing support to opposition groups from all sectors of the Iraqi community that could lead to a popularly supported government.

  • 12 septembre 2002: dans son discours devant l'Assemblée générale des Nations Unies, le président Bush déclare solennellement:

If all these steps are taken [by the Iraqi regime], it will signal a new openness and accountability in Iraq. And it could open the prospect of the United Nations helping to build a government that represents all Iraqis -- a government based on respect for human rights, economic liberty, and internationally supervised elections.

The United States has no quarrel with the Iraqi people; they've suffered too long in silent captivity. Liberty for the Iraqi people is a great moral cause, and a great strategic goal. The people of Iraq deserve it; the security of all nations requires it. Free societies do not intimidate through cruelty and conquest, and open societies do not threaten the world with mass murder. The United States supports political and economic liberty in a unified Iraq.

(...)

If we meet our responsibilities, (...) [t]he people of Iraq can shake off their captivity. They can one day join a democratic Afghanistan and a democratic Palestine, inspiring reforms throughout the Muslim world. These nations can show by their example that honest government, and respect for women, and the great Islamic tradition of learning can triumph in the Middle East and beyond. And we will show that the promise of the United Nations can be fulfilled in our time.

  • 2 octobre 2002: la résolution conjointe du Sénat et de la Chambre des représentants autorisant une intervention militaire souligne dans son préambule:

Whereas the Iraq Liberation Act (Public Law 105-338) expressed the sense of Congress that it should be the policy of the United States to support efforts to remove from power the current Iraqi regime and promote the emergence of a democratic government to replace that regime;

  • 8 octobre 2002: s'ils s'empressent de la dénoncer comme hypocrite, au moins les adversaires de l'intervention reconnaissent-ils alors l'existence de cette motivation:

And Bush continued to lie about U.S. motivations for the war.

In his speech, Bush claimed that he is motivated by a desire to see democracy in Iraq and by the "non-negotiable demands of human dignity."

"America is a friend to the people of Iraq," he explained.

And tonight I have a message for the brave and oppressed people of Iraq: Your enemy is not surrounding your country, your enemy is ruling your country.

And the day he and his regime are removed from power will be the day of your liberation. (...) And as we and our coalition partners are doing in Afghanistan, we will bring to the Iraqi people food and medicines and supplies and freedom.

(...)

America is a strong nation and honorable in the use of our strength. We exercise power without conquest, and we sacrifice for the liberty of strangers.

Americans are a free people, who know that freedom is the right of every person and the future of every nation. The liberty we prize is not America's gift to the world; it is God's gift to humanity.

  • 30 janvier 2003: alors aussi, les adversaires de l'intervention enregistrent mais n'y croient pas:

The ouster of Saddam Hussein, the administration claims, will allow the Iraqi people to establish a truly democratic government and serve as a beacon and inspiration for the spread of democracy throughout the Islamic world.

But there is little reason to believe that the administration is motivated by a desire to spread democracy in its rush to war with Iraq.

  • 26 février 2003: le président Bush précise ses intentions dans un discours (on est un mois avant le début de l'intervention):

The current Iraqi regime has shown the power of tyranny to spread discord and violence in the Middle East. A liberated Iraq can show the power of freedom to transform that vital region, by bringing hope and progress into the lives of millions. America's interests in security, and America's belief in liberty, both lead in the same direction: to a free and peaceful Iraq.

The first to benefit from a free Iraq would be the Iraqi people, themselves. Today they live in scarcity and fear, under a dictator who has brought them nothing but war, and misery, and torture. Their lives and their freedom matter little to Saddam Hussein -- but Iraqi lives and freedom matter greatly to us.

Bringing stability and unity to a free Iraq will not be easy. Yet that is no excuse to leave the Iraqi regime's torture chambers and poison labs in operation. Any future the Iraqi people choose for themselves will be better than the nightmare world that Saddam Hussein has chosen for them.

(...)

We will seek to protect Iraq's natural resources from sabotage by a dying regime, and ensure those resources are used for the benefit of the owners -- the Iraqi people.

The United States has no intention of determining the precise form of Iraq's new government. That choice belongs to the Iraqi people. Yet, we will ensure that one brutal dictator is not replaced by another. All Iraqis must have a voice in the new government, and all citizens must have their rights protected.

Rebuilding Iraq will require a sustained commitment from many nations, including our own: we will remain in Iraq as long as necessary, and not a day more. America has made and kept this kind of commitment before -- in the peace that followed a world war. After defeating enemies, we did not leave behind occupying armies, we left constitutions and parliaments. We established an atmosphere of safety, in which responsible, reform-minded local leaders could build lasting institutions of freedom. In societies that once bred fascism and militarism, liberty found a permanent home.

There was a time when many said that the cultures of Japan and Germany were incapable of sustaining democratic values. Well, they were wrong. Some say the same of Iraq today. They are mistaken. The nation of Iraq -- with its proud heritage, abundant resources and skilled and educated people -- is fully capable of moving toward democracy and living in freedom.

The world has a clear interest in the spread of democratic values, because stable and free nations do not breed the ideologies of murder. They encourage the peaceful pursuit of a better life. And there are hopeful signs of a desire for freedom in the Middle East. Arab intellectuals have called on Arab governments to address the "freedom gap" so their peoples can fully share in the progress of our times. Leaders in the region speak of a new Arab charter that champions internal reform, greater politics participation, economic openness, and free trade. And from Morocco to Bahrain and beyond, nations are taking genuine steps toward politics reform. A new regime in Iraq would serve as a dramatic and inspiring example of freedom for other nations in the region.

It is presumptuous and insulting to suggest that a whole region of the world -- or the one-fifth of humanity that is Muslim -- is somehow untouched by the most basic aspirations of life. Human cultures can be vastly different. Yet the human heart desires the same good things, everywhere on Earth. In our desire to be safe from brutal and bullying oppression, human beings are the same. In our desire to care for our children and give them a better life, we are the same. For these fundamental reasons, freedom and democracy will always and everywhere have greater appeal than the slogans of hatred and the tactics of terror.

Success in Iraq could also begin a new stage for Middle Eastern peace, and set in motion progress towards a truly democratic Palestinian state. The passing of Saddam Hussein's regime will deprive terrorist networks of a wealthy patron that pays for terrorist training, and offers rewards to families of suicide bombers. And other regimes will be given a clear warning that support for terror will not be tolerated.

  • 19 mars 2003: alors encore, les adversaires de l'intervention croient devoir ironiser lourdement:

[H]e proclaims that his war against the people of Iraq will bring about something called "democracy" for the struggling peoples of the Middle East. Lets ignore, for a second, the fact that the United States is not itself a democratic nation in anything except the most literal sense (people vote). In truly democratic nations, that portion of the populace that does not support one of two official parties is not effectively disenfranchised, since their vote does not directly help the candidate on the opposite end of the ideological spectrum. In truly democratic nations, presidents do not come to office through blatant fraud and cronyism.

En définitive, la coalition a fait exactement ce que Bush avait annoncé (Instapundit cite un mot de Cavour: pour mentir à un diplomate, il suffit de dire la vérité car il ne vous croira pas!); non sans erreurs de planification ou difficultés, mais avec des résultats tangibles dont les premiers bénéficiaires sont les Irakiens, et les vagues portent bien plus loin. Pourtant, depuis la "divine surprise" (pour les adversaires de l'intervention) de la non-découverte d'armes de destruction massive en Irak, tout discours relatif à la liberté du peuple irakien et à la stratégie globale de démocratisation du Proche-Orient est ridiculisé comme construction après coup, soi-disant jamais évoqué dans les motivations préalables à l'intervention.

Même au Café du commerce c'est inacceptable, mais de la part de professionnels, journalistes de politique étrangère, éditorialistes, intellectuels, c'est indigne. Il doit être dur de réaliser rétrospectivement que, croyant se battre pour la paix et contre l'impérialisme US, on défendait bel et bien un statu quo qui laissait Saddam au pouvoir, son peuple dans l'oppression, et l'ensemble du Proche-Orient sans l'espoir de liberté et de développement qui point aujourd'hui (et qui pourrait toujours bénéficier d'un soutien plus enthousiaste en Europe ou à gauche...).

Impôts

Si j'ai probablement moins que d'autres, à gauche, un réflexe favorable à la dépense publique (quel que soit son objet ou son efficacité...) et à la taxation ("faites payer les riches"), faisant partie de cette sorte de socialistes qui, comme le revendiquait Michel Rocard, pensent qu'il faut veiller à la capacité de la société de produire des richesses avant de songer à les répartir, je suis instinctivement plutôt partisan d'un impôt sur les successions pratiquement confiscatoire: rien de plus inacceptable que la transmission héréditaire du patrimoine, il est juste que chaque génération soit amenée à faire ses preuves (et même de cette manière les héritiers potentiels partent déjà largement favorisés). C'était déjà dans le Manifeste radical Ciel et terre de Jean-Jacques Servan-Schreiber... et c'est peu dire que l'idée n'est pas populaire aujourd'hui! Pratiquement dans le monde entier on assiste à une offensive qui en revendique pratiquement l'abolition.

Glenn Reynolds (Instapundit) propose un début d'explication: l'impôt sur les successions était plus facile à accepter à une époque où l'amélioration rapide des conditions de vie allait de soi, davantage qu'aujourd'hui; et surtout la perception de l'Etat a changé et délégitime la contribution fiscale: il est moins perçu comme créant les conditions générales de la prospérité commune, davantage comme une instance complexe d'arbitrage et de redistribution, sujet aux affrontements d'intérêts particuliers, dont la portée positive n'est pas aussi évidente.

Et ce sentiment doit être profond. En Suisse (dont le peuple a il est vrai suscite parfois, à l'étranger, la commisération ou l'admiration par sa capacité -- masochiste ou lucide -- à refuser de réduire la durée du travail ou d'allonger les vacances), les citoyens du canton de Vaud viennent même de refuser une ponction unique qui ne s'appliquait qu'aux étrangers fortunés sans activité lucrative résidant dans le canton! Comme le relève le responsable des finances dans Le Temps, compte tenu du rejet plus massif des autres objets, même l'électorat de gauche ne suit pas.

dimanche 17 avril 2005

Conclave

conclaveJe pique une photo fascinante en Une du Monde de dimanche-lundi.

Un cardinal arrive, jovial et rond comme sur une étiquette de Camembert; mais il porte un solide attaché-case.

Il est salué par deux gardes suisses en costume d'époque aux couleurs vives et bas-guêtres; accroché à la ceinture de l'un d'eux, son téléphone portable.

L'Europe après Chirac

Une nouvelle admirable chronique d' Eric Le Boucher dans Le Monde de dimanche-lundi, après la pantalonnade (via Publius) de Chirac sur le traité constitutionnel:

Libéralisme et fédéralisme, monde et Europe, Jacques Chirac n'a pas les idées claires. La France non plus. C'est tout le problème, et de l'un et de l'autre. On n'en sort pas.

(...)

Sans courage, les hommes politiques de gauche et de droite font de l'Europe le père Fouettard qui impose la rigueur, la concurrence, la libéralisation, la privatisation. Les directions des sociétés nationalisées de services publics font de même: ils avouent tous en privé que Bruxelles leur sert d'indispensable aiguillon "pour faire bouger les syndicats".

(...)

Si les Français votent non le 29 mai, la responsabilité vous en incombera directement [, M. Chirac]. A vous, aux Jospin, aux Raffarin et aux Hollande, à tous ceux du oui qui entretiennent la confusion, depuis vingt ans, entre les responsabilités nationales et communautaires. Il leur faudrait changer du tout au tout. Dire d'abord que la mondialisation n'est pas le mal. Elle a des travers mais engendre une forte croissance mondiale qui sort de la misère des milliards d'êtres humains, notamment les affamés chinois et indiens. Les Français devraient s'en réjouir. Pour ne pas en souffrir, il faut non pas "se protéger" mais "s'adapter". Maître-mot dont tous les autres pays ont fait leur axe stratégique.

Mais allez donc le lire en entier. Et, pendant que vous y êtes, lisez aussi "Pour en finir avec l'anti-libéralisme primaire", de Jean-Louis Labarrière, un socialiste, que j'avais raté quelques jours auparavant.

Bien sûr il reste plus d'un mois de campagne, le "non" n'est pas encore sûr (et personnellement je ne serais pas surpris que, sous un prétexte quelconque -- démission de Raffarin, attentat terroriste --, le référendum finisse à la trappe)... Mais même un "oui" français qui serait acquis dans ces conditions n'est pas rassurant: que devront penser les Néerlandais (qui ressentent l'inquiétude naturelle des "petits pays" de l'Union face à la prétention de quelques "grands", France, Allemagne, Royaume Uni, à jouer les directoires au sein du Conseil européen), les Polonais, sans parler bien sûr des Britanniques, d'une argumentation fondée sur l'intérêt égoïste de la France? Si la Constitution (dont Chirac raconte faussement qu'elle est une idée française alors que, sans remonter à Coudenhove-Kalergi, elle est plutôt italo-germanique) n'est qu'une ruse pour permettre à la France de préserver une influence excédant son importance réelle, si l'Union n'est que défense des acquis, pourquoi des sociétés ouvertes l'approuveraient-elles?

La première leçon d'un échec éventuel, c'est que le prochain traité devra décidément innover dans son dispositif d'approbation et prévoir d'être soumis à tous les peuples de l'Union le même jour afin d'éviter ce type de discours. La deuxième, c'est sans doute qu'il vaudra mieux s'en tenir à un traité institutionnel, les politiques restant dans les traités antérieurs. Et la troisième, c'est qu'il faudra définitivement tordre le cou à cette idée absurde d'"Europe puissance" conçue comme un nouveau nationalisme, anti-américain, qui fait fi tant de la diversité culturelle de l'Europe que de l'intérêt commun qui est manifeste: si le monde doit être multipolaire, l'Europe et l'Amérique, avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande ne peuvent constituer qu'un seul pôle et non deux.

En attendant on en restera au traité de Nice chiraco-jospinien! L'Europe s'en remettra, et Chirac parachèvera définitivement son entrée dans l'histoire comme le plus pitoyable président de la Ve République. Vivement Sarkozy...

samedi 16 avril 2005

Elections britanniques: J - 19

Reçu aujourd'hui un tract du candidat travailliste de la circonscription: le malheureux en est réduit à mettre en avant son intervention pour obtenir une réduction de loyer pour des locataires d'un ensemble subventionné en compensation du temps qu'il a fallu pour réparer le code de sécurité défectueux de l'entrée! Sa mission est impossible, dans cette partie de Londres: si, non content de conserver ses 80 sièges de majorité, le Labour en gagnait de nouveaux, celui-ci est classé au 50e rang des cibles potentielles. Le député conservateur n'a certes atteint qu'une majorité relative, mais dans le contexte actuel on ne voit pas quelle vague de fond pourrait conduire au "vote tactique" dans lequel les électeurs des autres partis se concentrent sur le concurrent aux chances les plus grandes pour battre le sortant (un jeu qui se joue en revanche couramment là où la majorité -- relative -- est susceptible de basculer).

C'est que le scrutin uninominal à un tour induit une approche véritablement scientifique du point de vue de l'arithmétique électorale, qui se combine, plus subtilement, avec une frustration considérable pour l'électeur. Plus encore que pour l'élection présidentielle américaine (où l'on a vu la campagne se concentrer sur les quelques Etats clés), l'action se concentre sur les circonscriptions susceptibles de changer de main: celles à défendre pour les travaillistes, celles susceptibles d'être gagnées par les libéraux et, surtout, les conservateurs: ils doivent en conquérir 159 de plus pour obtenir une majorité absolue (entre -80 pour les travaillistes et +159 pour les conservateurs, on sera en présence d'un parlement sans majorité stable).

Mais la différence avec l'élection présidentielle américaine, c'est que l'élection du député de la circonscription est l'unique occasion de peser sur la vie politique donnée à l'électeur britannique (ou tout au moins anglais, puisque les autres composantes du Royaume Uni disposent d'institutions régionales dotées de compétences propres qui, pour l'Angleterre, sont exercées par le parlement et le gouvernement de l'ensemble): la plupart peuvent donc légitimement se dire que leur vote ne sert à rien, ou plus précisément qu'il est déjà passé au passif ou à l'actif par les partis principaux, ceux qui visent l'exercice du pouvoir. Outre le fait qu'il y a les compensations de l'élection présidentielle, voire des élections régionales voire départementales, cette frustration ne se retrouve pas au même degré avec le scrutin français à deux tours, et bien sûr pas du tout dans le régime de la représentation proportionnelle tel qu'on le connaît dans la plupart des pays du continent: là réellement, "chaque voix compte".

Le système britannique a d'autres avantages (l'efficacité gouvernementale dans l'alternance, une force centripète qui écarte impitoyablement les extrémistes du pouvoir), mais l'inconvénient me paraît tout de même extrêmement lourd en terme de légitimité populaire. Pour qu'il change, il faudrait cependant que le parti qui a été porté au pouvoir par lui en voie l'utilité, et ce n'est pas demain la veille (de la même manière que ceux qui, en Suisse, rêvent de supprimer ou au moins réduire la démocratie directe pour passer à un système d'alternance -- certes plus satisfaisant pour la classe politique -- devront convaincre le peuple d'y renoncer)...

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vendredi 15 avril 2005

Statut des couples de même sexe aux US

Il y a longtemps que j'ai renoncé à suivre l'affaire à la trace: j'attends que des tendances plus précises se dégagent des votes populaires, décisions législatives et arrêts judiciaires en cours dans de nombreux Etats (puisque ce sujet n'est pas de la compétence de l'Union et qu'un amendement à la Constitution fédérale pour changer cela est promis à l'échec) dans le combat que se mènent jusqu'auboutistes du mariage gay et adversaires de tout statut pour les partenaires de même sexe. Un mot tout de même pour signaler deux notes d'espoir:

  • Le Connectitut est à deux doigts d'adopter un statut de partenariat enregistré, auquel sa gouverneure républicaine n'a pas l'intention d'opposer son veto. Il reste une divergence à lever: la Chambre des représentants de l'Etat a apporté la précision que, si le partenariat enregistré (civil union) est pour les couples de même sexe, le mariage est "entre un homme et une femme", alors que le Sénat de l'Etat avait, lui, rejeté un tel amendement. On peut bien sûr le trouver superfétatoire, mais j'avoue n'avoir aucune patience avec l'hypocrisie consistant à voter une telle loi (et je n'y trouve personnellement rien à redire, bien au contraire) mais à ne pas vouloir que cela soit dit, et à n'accepter aucun geste conciliant en direction de la minorité...
  • En Oregon, où l'activisme judiciaire a échoué (fort heureusement), il est aussi question d'une telle législation, qu'aux Etats-Unis seul le Vermont, aujourd'hui, connaît.

S'il y a un "modèle européen" en la matière, c'est bien le pragmatique statut de partenariat enregistré pour les couples de même sexe qui se généralise depuis son adoption par le Danemark, tel qu'il est soumis au vote du peuple suisse le 5 juin prochain...

COMPLEMENT DU 21.04: C'est fait! La loi du Connectitut a été signée par la gouverneure mercredi 20 avril. Voir aussi ce qu'en dit aujourd'hui Gaypatriot.

Aussi de retour

Les vacances parmesanes furent bonnes. Bonnes aussi au sens gastronomique du terme. Au rayon des découvertes esthétiques, il y a eu celle du Corrège (à savoir le peintre né Antonio Allegri, 1489-1534) et les fresques splendides aux plafonds des châteaux environnants.

Une petite aventure au début: avant de partir, j'avais donné, à contre-coeur, mon iBook en réparation, en oubliant de noter le nom et l'adresse de l'hôtel réservé pour plusieurs jours... En arrivant, l'office du tourisme était fermé, c'était dimanche. Le système self service pour se trouver un hôtel depuis la gare était en panne. On a demandé à un taxi de nous citer des noms d'hôtels 3 étoiles, mais aucun n'était le bon. On s'est quand même laissé conduire dans l'un d'entre eux, où le réceptionniste a très gentiment téléphoné à d'autres hôtels, en vain. Finalement, on a passé la nuit là où il y avait de la place et on a trouvé notre hôtel du premier coup le lendemain... sur internet.

jeudi 14 avril 2005

"Meetup.com" devient payant

Eh bien, mon expérience de meetup.com n'aura pas duré longtemps! Cet outil concrétisant le mot d'ordre "penser globalement, agir localement", puisqu'il a pour but de favoriser la tenue de rencontres réelles entre de vraies gens réunies par un intérêt commun, passe de gratuit à payant dès le 1er mai. C'est l'organisateur du groupe (car il y en a quand même un, ne serait-ce que pour initier le mouvement en créant une proposition de rencontre: thème, lieu et heure, périodicité) qui sera tenu responsable de payer 19 USD par mois (ou 9 USD par mois jusqu'à la fin de l'année pour les plus rapides), à charge pour lui de faire une petite quête lors de la réunion... En compensation, le site propose quelques services supplémentaires.

Je comprends évidemment la réaction du responsable du groupe des blogueurs londoniens dont je fais partie (théoriquement 150 membres inscrits, mais de 2 à 10 personnes au "pot" mensuel), qui a choisi d'explorer d'autres voies: que ce soit Yahoo, MSN, Google ou d'autres, bien des portails permettent de créer gratuitement des groupes virtuels, mais ils sont justement orientés plutôt web ou messagerie, et non rencontre locale; vont-ils éventuellement étendre leurs outils disponibles pour inclure ce développement? Et il semble exister des concurrents qui restent gratuits. De plus de 30'000, le nombre actuel d'organisateurs meetup.com pourrait bien fondre, mais il me semble que pour bien des groupes (en particulier ceux pour qui le Net est strictement utilitaire et en aucun l'objet de leur intérêt), la plateforme continue d'être extrêmement souple et commode.

mercredi 13 avril 2005

Maquette

J'aime les journaux aussi, voire d'abord, pour leur maquette. Aujourd'hui dans un Caffè Nero (l'une de ces chaînes omniprésentes dans les villes anglo-saxonnes, qui offrent vendent de l'excellent café dans un jargon italianisant improbable, et avec des variations parfumées saugrenues) je suis tombé sur un numéro de la NZZ (édition internationale -- aussi en allemand mais sans la partie Région, m'a-t-il semblé); sentiment familier d'un morceau de pays, mais aussi désespérance de cette mise en page si uniforme qu'elle découragerait la lecture même si c'était du français ou de l'anglais. En Italie j'ai eu le plaisir de feuilleter La Repubblica, un modèle du genre, comme El Païs ou la Gazeta Wyborcza (contrairement aux deux premiers, où j'ai la prétention de pouvoir retirer quelque chose de ce que je lis, pour le quotidien polonais je frime et ne regarde que le graphisme!). A contrario, si je lis Le Monde, ce n'est vraiment pas pour la maquette (qui a récemment connu une légère dégradation, en particulier en Une); il avait longtemps accompagné ma jeunesse, puis je l'avais délaissé pour Libé -- mais je suis peut-être le seul orphelin inconsolable de Libé III qui conjuguait l'excellence de la forme et du fond, et je suis revenu au Monde, qui dans l'intervalle avait quand même abandonné ses pires errements idéologiques.

C'est dire que j'attendais anxieusement la "nouvelle formule" annoncée de l'unique quotidien de référence suisse de langue française, Le Temps! Eh bien je suis rassuré: elle est tout à fait splendide et réussie, oeuvre du cabinet qui a dessiné The Guardian et la NZZ am Sonntag (l'antithèse du quotidien). Pour ceux qui ne sont pas abonnés avec accès à l'édition PDF, ou qui ne parviennent pas à mettre la main sur l'édition papier (déplorablement -- mais à ce que j'ai cru comprendre avec un effet favorable pour ses finances -- Le Temps a abandonné tout effort de présence internationale alors que le Journal de Genève mettait un point d'honneur à figurer aux éventaires des aéroports), le site à l'air d'offrir deux documents PDF qui permettent de se faire une idée...

Et puis-je sournoisement avancer le commentaire que cette nouvelle formule, par la forme mais aussi par le fond, marque la victoire posthume du digne Journal de Genève et Gazette de Lausanne sur les paillettes agitées et le "journalisme d'intervention" de Jacques Pilet dans l'éphémère Nouveau Quotidien (les deux journaux disparus pour faire place au Temps)?

mardi 12 avril 2005

Elections britanniques: J - 23

On votera donc au Royaume Uni, le 5 mai, non seulement pour des élections locales dans certaines parties du pays, mais également pour le renouvellement des Communes, la chambre basse du Parlement de Westminster: c'est ce qu'on appelle ici la General Election (en Italie, j'ai noté que l'on distinguait les élections régionales, les élections européennes et les élections "politiques"!), probablement parce que "national" renvoie plutôt aux identités écossaise, galloise, nord-irlandaise (qui ont leurs propres institutions) et anglaise (fondue dans la masse). Le terme rend aussi bien compte du caractère décisif de l'événement dans un régime strictement parlementaire et fondé sur le scrutin majoritaire uninominal à un tour: pas de cette constante recherche d'équilibre des régimes qui dissocient l'exécutif et le législatif (voire comme la Suisse les subordonnent tous deux à la démocratie directe), connaissent deux tours ou une proportionnelle éclatée aux coalitions interchangeables. A Londres le pouvoir est strictement pyramidal. L'image vaut d'ailleurs dans les deux sens: pour décrire la toute-puissance du premier ministre britannique, bien plus fort chez lui qu'un président français ou américain; mais aussi parce la pyramide repose en quelque sorte sur la pointe: à chaque électeur il n'est demandé que de désigner l'élu de sa circonscription -- tout le reste en découlera inexorablement.

La date du 5 mai était pratiquement connue depuis 4 ans (la durée maximale de la législature est de 5 ans) et la pré-campagne a en réalité débuté avant Noël. Mais c'est le 5 avril que Tony Blair a formellement requis de la reine la dissolution, officielle depuis hier. A la télévision, la campagne officielle a commencé lundi soir avec un spot des Travaillistes consacrant la dyarchie Blair - Brown. Aujourd'hui à 18h55 (19h55 à Genève) c'est le tour des Conservateurs, demain les Libéraux Démocrates.

Dans ce pays à la Constitution non-écrite et au système juridique fondé sur la Common Law, laissant une large place à la jurisprudence par opposition aux systèmes reposant sur la codification du droit, les usages et traditions jouent un rôle central. La publication du programme (Manifesto) de chaque parti prend ainsi une place liturgique qui ne me paraît pas avoir d'équivalent ailleurs. Il a même une portée quasi-juridique: en vertu des conventions qui gouvernent la Chambre des Lords, celle-ci ne peut empêcher l'entrée en vigueur d'une loi adoptée par les Communes que si elle n'était pas mentionnée dans le Manifesto. Hier les Conservateurs de Michael Howard ont ouvert les feux, les Libéraux Démocrates de Charles Kennedy ont reporté la publication du leur pour cause d'accouchement de la femme du leader, et le programme travailliste est décliné chaque jour par chapitre et résumé en promesses au format carte de crédit. Même les Verts, qui n'ont pas l'ombre d'une chance d'avoir un seul élu, ont publié le leur.

Dernier élément de cette présentation du synopsis et du décor: les blogs... Pour s'en tenir ici aux plus généraux, je signale le journal de campagne de (?) Tony Blair, ce blog de campagne de l'entourage de Charles Kennedy, pour les Conservateurs le blog personnel de Peter Cuthbertson, et ce blog collectif consacré exclusivement à la campagne dans tous ses aspects.

DERNIERE ACTUALISATION le 14.04 à 10h49 avec les liens vers les 3 spots et les 3 Manifestos.

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lundi 11 avril 2005

Bonnes nouvelles d'Irak (25)

La semaine écoulée a aussi vu le deuxième anniversaire de la libération de Bagdad, symbolisé par la chute de la statue de Saddam, et l'assermentation du nouveau président irakien (que Saddam a pu suivre à la télévision de sa prison!). Cette anecdote avec bien d'autres informations importantes figure dans la nouvelle recension mise en ligne par l'infatigable Arthur Chrenkoff.

De retour

Merci à Alex et Steve de leurs billets pendant cette semaine de vacances pour Guillaume comme pour moi! Vu d'Italie, la semaine a comporté, outre l'annonce des élections britanniques, les funérailles papales et le mariage royal, des élections régionales: l'Union (la coalition de gauche autour de Romano Prodi) a remporté 16 régions, n'en laissant que 4 au Pôle (la coalition de droite de Silvio Berlusconi). Du point de vue de ces détails qui ne devraient avoir aucune importance mais qui sont significatifs pour ce blog, le nouveau président de gauche de la région des Pouilles est gay.

dimanche 10 avril 2005

Blair et les services publics

Acheté Le Monde à l'aéroport de Rome. Il faut le recul d'Eric Le Boucher dans sa Chronique de l'économie pour à la fois distinguer l'essentiel de l'accessoire (un tableau qui n'est pas en ligne illustre l'évolution des dépenses, entre 1991 et 2003: +69% pour les transports, +99% pour l'éducation et +140% pour la santé), mais surtout oser une défense et illustration du blairisme aussi exempte de la moindre réserve!

En 1998, le gouvernement planifie une stratégie de moyen terme (tiens, tiens ! un plan...) et met en route parallèlement toute une mécanique d'ajustements et de contrôles. Comme toujours chez nos voisins lorsqu'ils sont confrontés à une adversité, le pragmatisme épouse l'intelligence. Tony Blair installe une série d'agences nouvelles où les meilleurs esprits (publics et privés) sont chargés de trouver des solutions aux problèmes et d'évaluer ce qui se décide.

Les budgets partent à la hausse : + 7,25 % par an pour la santé, + 5,75 % pour l'éducation, les deux priorités des priorités. En deux mandats, le résultat est spectaculaire. Tony Blair aura fait pour les services publics plus qu'aucun autre gouvernement des pays développés.

Mais le premier ministre conditionne la dépense à la réforme. "Il faut reconfigurer l'Etat social de 1945 pour mettre fin définitivement à l'ère de "la même taille pour tous" et mettre en place des services modernes qui conservent les valeurs d'égalité d'accès et d'opportunité pour tous, mais qui fondent le service sur l'utilisateur, lui offre une personnalisation et un choix. Il s'agit d'une dynamique entièrement différente" (discours du 23 juin 2004).

(...)

On ne rebâtit pas un service public en huit ans. D'énormes progrès restent à faire. Mais on peut déjà dire que Tony Blair porte haut le drapeau d'une défense intelligente des services publics.

vendredi 8 avril 2005

Ah, l'ordre symbolique...

Steve

Porté par mes recherches sur les (pauvres) arguments des opposants à la loi sur le partenariat enregistré (pour ceux que la question intéresse, lire ici ma bafouille de ce début de nuit), qui sera soumise au vote du peuple suisse le 5 juin prochain en même temps que les accords de Schengen négociés bilatéralement avec l'Union européenne, je découvre aujourd'hui par hasard un papier mis en ligne il y a un mois par la section valaisanne de l'UDC (l'Union démocratique du centre, mieux appelée en Suisse alémanique Parti du peuple suisse).

L'UDC valaisanne, une section qui compte parmi les dures de l'UDC, s'est en fait contentée de reproduire un article publié sur le site Libertepolitique.com de la Fondation de service politique, laquelle se fixe pour but «d'éclairer les grands débats contemporains à la lumière de l'enseignement de l'Église [catholique, s'entend]».

L'article, qui est une présentation du dernier ouvrage de Thibaud Collin, intitulé Le mariage gay, s'en prend violemment aux avancées des droits des gays en assénant, pour ce qui vaut la peine d'être retenu, un argument d'autorité tarte à la crème: l'ordre symbolique est en danger. Ah, l'ordre symbolique... À chaque fois que les droits des gays sont abordés, on convoque le psychanalyste ou l'anthropologue conservateurs de service qui formulera ses craintes quant au fameux ordre symbolique. Or, ne s'agit-il pas là simplement de la peur face au changement (grâce à laquelle l'UDC vogue de succès en succès), des réticences face à l'inconnu? En résumant à gros traits (ce qui importe peu, puisque je doute que l'électorat visé par l'UDC parvienne même à saisir les grandes orientations du texte...), l'auteur semble estimer qu'il est dangereux de travailler à un nouvel équilibre symbolique : à ses yeux, l'actuel a fait ses preuves depuis des temps immémoriaux et on ne saurait le mettre en péril par le simple fait que des groupes minoritaires (ou opprimés malgré leur plus grande force numérique: voyez les femmes) sont discriminés. On retrouve là l'attitude de l'UDC face aux problèmes de notre temps: faire l'éloge du passé, des valeurs traditionnelles, attiser les craintes et préjugés de la population (à l'endroit des étrangers, en particulier), prôner l'ordre et la répression...

P.-S. : En prévision d'éventuelles réactions, je suis conscient qu'il y a contradiction apparente avec mon billet précédent, qui me montrait sous un jour plus réac. Si je ne suis pas opposé à une évolution salvatrice d'un système linguistique, en l'occurrence celui du français, qui reflète l'hétérocentrisme de la société des siècles précédents (voir le masculin générique), j'estime que pour arriver à un résultat viable, il faut pouvoir proposer un nouveau système qui se tient (on pourrait par exemple imaginer un féminin générique selon le sexe de celui qui prend la plume...), faute de quoi la langue concernée s'effondre, elle et son système mis à mal, pour être remplacée par une autre... L'ordre symbolique patriarcal actuel peut avantageusement être remplacé par un autre. Dans le cas d'une langue, le danger est de la voir simplement disparaître pendant la longue période où elle cherche un nouvel équilibre.

mercredi 6 avril 2005

Pot pourri

Alex Dépraz

Une réaction violente dans Libé d'aujourd'hui à l'appel contre le racisme "Anti-Blancs". Question iconoclaste à laquelle je ne résiste pas: le même raisonnement vaut-il lorsque les coupables sont des blancs au crâne rasé?

Je pronostique la victoire du non au référendum sur le Traité constitutionnel. Evidemment, l'idée que le non puisse être une position pour rebondir est intenable. Il n'existe pas de non constructif à la Constitution européenne pas plus qu'à une autre solution de compromis. On peut peindre le diable sur la muraille ou "sauter comme des cabris en criant 'l'Europe, l'Europe, l'Europe'" pour paraphraser de Gaulle. Rien n'y fera. Le référendum (les Suisses connaissent l'exercice), c'est d'abord une explication de texte: les citoyens veulent comprendre le texte sur lequel ils sont appelés à donner leur avis et c'est normal. Pour l'une des premières fois, ce soir à FranceEuropeExpress, des articles ont été cités et expliqués dans un débat télévisuel, mais c'est peut être déjà trop tard! Comme le remarque Daniel Schneidermann, pourtant catalogué spécialiste de l'image, le texte et le média internet aident cette explication de texte. Mais, j'ai toujours été mauvais dans les pronostics!

Dernier sujet que je voulais aborder dans ce pot-pourri: la mort du pape quand même. Karol Wojtyla a réussi à mondialiser l'Eglise catholique, il aura des funérailles mondiales. L'institution force mon admiration: qu'une structure hiérarchisée, anti-démocratique et obéissant à des règles médiévales, continue à exercer un pouvoir si puissant et se soit adaptée au monde moderne est proprement fascinant! Les règles fort bien définies, dont Eolas rappelle la teneur, qui président à la succession de l'évêque de Rome n'y sont certainement pas pour rien.

mardi 5 avril 2005

Quand le gardien du temple y boute le feu

Steve

L'observateur attentif de la politique suisse aura découvert avec étonnement que le titre des nouvelles lois soumises au vote final du Parlement (cf. loi sur la consultation) est désormais systématiquement orné d'un astérisque renvoyant au commentaire suivant: «Les termes désignant des personnes s'appliquent également aux femmes et aux hommes».

Si l'on ne peut que regretter qu'«indistinctement» n'ait pas été préféré à «également», qui brille évidemment d'un éclat plus féministe, et que l'ordre logique «hommes et femmes» (le bon usage voulant que le second terme désigne celui qui est discriminé, comme dans «hommes et femmes sont égaux devant la loi») n'ait pas été respecté, le justiciable doté d'un minimum de sens commun pourra en conclure, en bonne logique juridique, que toutes les autres lois (qu'il n'est pas prévu de modifier) ne s'appliquent a contrario qu'aux hommes! Ce superbe résultat, c'est à la Commission de rédaction des Chambres fédérales que nous le devons, un pompier linguistique devenu pyromane pour l'occasion...

Le 4 mars dernier, Pascal Décaillet dénonçait dans un article virulent (qui m'avait été signalé par Guillaume Barry) les doublons du type «les électeurs et les électrices» (en réalité, c'est plutôt «les électrices et électeurs» qu'on tente de nous imposer), dont les Suisses alémaniques rafolent (pour rappel, l'allemand standard est, pour de nombreux Suisses alémaniques, une véritable langue étrangère, ce qui se ressent tant dans leurs écrits que dans leur (in)éloquence et leur manque de sensibilité linguistique, notamment en ce qui concerne les doublons précités, doublons que les germanophones d'Allemagne ont su rapidement jeter aux orties). À vrai dire, il semble que la mesure susvisée soit un gage de bonne volonté donné aux parlementaires qui alimentent leur fond de commerce bien pensant de l'égalité entre hommes et femmes (pardon, du gender mainstreaming à présenter, si possible, dans des gender reports, ça fait plus savant). En toute franchise, il faudra bientôt réviser nos grammaires à la rubrique masculin générique, puisque le législateur nanaïsant semble en avoir oublié l'existence.

lundi 4 avril 2005

Les bébés se font tous seuls

Alex Dépraz

Goldman peut revisiter son tube : "elle a fait un bébé toute seule" devient "le bébé s'est fait tout seul". Libération de samedi publie un entretien avec Henri Atlan, spécialiste de la bioéthique, qui publie un ouvrage intitulé "l'utérus artificiel" sur "l'éctogenèse", soit le développement d'un embryon hors du corps de la femme de la fécondation jusqu'à la naissance. Marcela Iacub, juriste et également chroniqueuse à Libé à ses heures, a également consacré sa dernière chronique à ce livre. La technique n'est pas encore au point mais elle offre des conséquences vertigineuses que Atlan n'hésite pas à comparer avec la généralisation de la contraception féminine (cela paraît justifié) et avec...l'invention de la machine à laver (on comprend un peu moins)! L'utérus artificiel mettrait fin à l'une des principales différences entre les sexes, source de nombreuses inégalités. Une grossesse extra-utérine pourrait en outre permettre à des couples hétéro- ou homosexuels d'accéder beaucoup plus facilement à la parentalité. Le mérite premier de ces textes est de rappeler que la manière dont nous concevons la reproduction et les rapports entre les sexes ne repose pas sur un quelconque ordre naturel mais bien sur des choix politiques. Pour s'en convaincre, il n'y à qu'à observer l'immense diversité des règles juridiques présidant à l'établissement de la filiation (par exemple, la présomption de paternité et les conditions auxquelles elle peut être renversée) ainsi que celles sur l'accès aux méthodes de procréation médicalement assistée (couples mariés ou non, statut du donneur de sperme, possibilté du don d'ovules etc). Le sujet n'enthousiasme malheureusement pas le monde politique sauf pour quelques imprédications mettant en garde contre les apprentis-sorciers....

dimanche 3 avril 2005

Départ

Nous prenons l'avion ce tantôt pour Rome, Guillaume doit déjà être arrivé en Italie par le train... Mais ne vous attendez pas à des billets sociologico-théologiques: ce sont des vacances, je compte même vérifier ma capacité à me sevrer du Net pendant quelques jours et n'utiliserai en principe pas mon Tréo 600 et Vagablog pour vous infliger des cartes postales!

Comme le hasard a fait que nous sommes absents simultanément, nous avons imaginé de confier les clés du blog à des amis, commentateurs occasionnels de nos billets. Nous verrons (et vous verrez) s'ils se laissent tenter de passer de l'autre côté de l'écran...

samedi 2 avril 2005

Autres première bougie

Est-ce gramaticalement correct? Toujours est-il qu'après celles d'Arthur voici les réflexions qu'inspire à Tarquine et à Emmanuel le premier anniversaire de leurs blogs respectifs!

vendredi 1 avril 2005

Commissaires européens

Chacun ses bêtes noires: pour certains ce sont même d'anciens commissaires (Frits Bolkestein), pour moi ce serait plutôt Louis Michel, l'ancien ministre belge des affaires étrangères (socialiste, hélas) [voir commentaires]. Oliver Kamm commente aujourd'hui, sur son blog et dans le Times, sa pitoyable visite à Cuba, en signalant aussi un effrayant texte signé par Danielle Mitterrand.

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