Institutions européennes: illustration sur les brevets logiciels
François Brutsch | mercredi 16 mars 2005 à 23h59 | europe, europe | rss
Il n'y a pas que la "directive Bolkestein" sur les services qui est prise en otage (ou jetée en sacrifice expiatoire) dans le cadre du référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l'Union européenne. Sur le Net, la directive sur la brevetabilité des inventions mises en oeuvre par ordinateur qui est en cours de procédure fait des ravages (et elle relève aussi du commissaire Bolkestein!): une récente décision du Conseil des ministres (qui tient lieu de Chambre haute dans le processus législatif européen) échauffe passablement les esprits, et sur Publius Emmanuel tente de clarifier les choses.
Si je résume:
- La Commission a présenté au Parlement et au Conseil un projet de directive qui ne satisfait pas les adversaires des brevets logiciels.
- Le Parlement européen, première instance appelée à se prononcer, en a délibéré et a adopté une série d'amendements allant dans le sens des adversaires. Ces amendements sont-ils de nature à les satisfaire entièrement? Ce n'est pas vraiment clair (quand bon nombre d'"amendements" portent sur le préambule d'un texte, et pas seulement sur sa partie normative, ça me fait doucement ricaner).
- Le projet passe ensuite au Conseil. S'il ne se rallie pas aux amendements du Parlement, il lui appartient comme il est normal dans tout système bicaméral d'adopter son propre texte, qui porte le curieux nom de "position commune" (commune à qui? à lui-même... et non, comme je l'aurais imaginé pour trouver un sens à cette appellation, au Conseil et à la Commission par exemple). On en est là avec cette directive: éventuelle entorse de procédure mise à part (mais j'ai peine à croire qu'elle changeait la nature de la décision du Conseil), ceux qui croient que le Conseil est antidémocratique parce qu'il a un avis différent du Parlement ne comprennent rien au fédéralisme (et tant le Conseil que la Commission protestent de leur volonté de prendre en compte les préoccupations des adversaires en définissant de manière plus restrictive ce qui pourrait faire l'objet des fameux brevets logiciels).
- Ensuite c'est à nouveau au Parlement de jouer, avec ici deux clauses de "démocratie rationalisée" à la française: la position du Conseil l'emporte si le Parlement ne parvient pas à délibérer dans un délai donné (on imagine les démarches sournoises d'obstruction que cela permet); et une majorité qualifiée est nécessaire pour que le Parlement persiste dans un désaccord avec le Conseil.
- Si le cas se produit, le Conseil sera à nouveau saisi. Lui aussi a potentiellement un obstacle supplémentaire à surmonter: si la Commission s'oppose à un amendement du Parlement, le Conseil ne peut le reprendre qu'à l'unanimité (où l'on perçoit le biais plus technocratique que démocratique de la construction européenne).
- Et si le désaccord persiste, un comité de conciliation du Conseil et du Parlement tente d'élaborer un texte qui doit ensuite être approuvé tel quel par les deux instances; faute de texte de conciliation ou faute d'accord, la directive est rejetée.
Emmanuel renvoie à un schéma qui est en effet éclairant sur la procédure de codécision en vigueur. Il y a aussi cette fiche qui permet de retracer l'itinéraire complet de l'objet, ou celle-ci. C'est vrai que le traité constitutionnel ne change rien à tout cela: mais il n'agrave rien et, en présentant la procédure (art. 396 du Traité constitutionnel) de manière plus simple et plus claire que la terminologie ampoulée en usage aujourd'hui, déjà en parlant de "loi européenne" plutôt que de "directive", il doit aussi permettre aux intéressés de se réveiller avant qu'il ne soit trop tard...
D'un autre côté, se replonger dans le monstre qu'est le traité constitutionnel réveille tous les doutes que j'ai pu avoir: il est par exemple insensé que le titre sur le fonctionnement de l'Union soit perdu dans la troisième partie de la Constitution (relative aux politiques dévolues à l'Union par les Etats membres) au lieu de figurer dans la première partie, celle qui a trait aux institutions. Et n'existe-t-il vraiment toujours pas une version html, plutôt que ces documents pdf insupportables dès lors que l'on veut faire une référence? [Merci au commentateur ci-dessous qui signale cette version sur le site du Sénat français: c'est un début]. Pas une raison de voter "non", bien sûr!
(Billet revu et complété le 17.03)
COMPLEMENT du 18.03 à 23h55: Sur la procédure relative à la directive "brevet logiciel" et sur la directive Bolkestein sur la libéralisation des services, deux excellents billets d'Eolas.






Commentaires
1. Le jeudi 17 mars 2005 à 09h39, par RilaX
2. Le jeudi 17 mars 2005 à 10h55, par François Brutsch
3. Le jeudi 17 mars 2005 à 23h23, par guerby
4. Le jeudi 17 mars 2005 à 23h30, par guerby
5. Le vendredi 18 mars 2005 à 11h09, par Julien
6. Le vendredi 18 mars 2005 à 22h22, par François Brutsch
7. Le samedi 19 mars 2005 à 11h24, par guerby
8. Le samedi 19 mars 2005 à 14h03, par François Brutsch
9. Le samedi 19 mars 2005 à 20h11, par guerby
10. Le samedi 19 mars 2005 à 20h15, par guerby
11. Le samedi 19 mars 2005 à 21h51, par Julien Bordet
12. Le samedi 19 mars 2005 à 23h54, par François Brutsch
13. Le dimanche 20 mars 2005 à 10h44, par guerby
14. Le dimanche 20 mars 2005 à 16h01, par François Brutsch
15. Le lundi 21 mars 2005 à 12h36, par Julien Bordet
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