mars 2005 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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jeudi 31 mars 2005

In memoriam Terri Schiavo

J'avoue n'avoir suivi que de loin l'affaire qui vient de connaître son épilogue, l'activisme des Pro Death me semblant au moins aussi déplacé que celui des Pro Life (voire quand même un petit peu plus!). J'aurais tendance à trouver qu'en l'absence d'instructions expresses, un consensus devrait être nécessaire pour retirer le tube d'alimentation, la simple opposition de l'un ou l'autre des proches devant suffire à l'empêcher: on ne se trouvait en tout cas pas dans une situation où la personne concernée était exposée à des souffrances en raison d'un quelconque acharnement thérapeutique. Comme l'écrivait James Taranto dans son Best of the web, le mari s'est depuis longtemps remis en ménage et a deux enfants de sa nouvelle compagne, et on ne saurait le lui reprocher, mais pour le père et la mère ce n'était pas une option.

Ce qui est intéressant, aussi, c'est que le pouvoir médical n'existe visiblement plus: naguère c'est eux qui auraient pris la décision! (C'est peut-être encore le cas sous nos latitudes.) Ca a aussi l'inconvénient qu'on ne peut plus compter sur eux pour mettre des garde-fous éthiques, à l'avortement tardif par exemple: ils ne font plus qu'exécuter un service professionnel pour lequel ils sont payés.

En tout cas, quand a paru l'info que le pape était désormais nourri par un tube, je n'ai pas été le seul à penser, à la Charlie-Hebdo, "Heureusement pour lui qu'il n'est pas marié!".

Bon anniversaire, Arthur!

Le blog d'Arthur Chrenkoff achève sa première année. Seulement un an? J'ai l'impression de le connaître depuis bien plus longtemps, et pourtant ce n'est que le 20 mai que j'ai fait un lien vers ses premières "Bonnes nouvelles d'Irak", aiguillé par InstaPundit. Et c'est depuis devenu une de mes lectures favorites sur la blogosphère par sa combinaison d'information, d'humour et de sagesse, avec le délicieux frisson supplémentaire d'apprécier un blogueur de droite au moment où Andrew Sullivan semble perdre ses repères (certes, Chrenkoff n'est pas gay -- nobody's perfect!).

mercredi 30 mars 2005

ONU, UE, même combat?

Ce n'est encore qu'un deuxième rapport intermédiaire (144 pages, fichier PDF), mais la crédibilité de l'ONU en général et de Kofi Annan en particulier ne sort pas grandie des travaux de la commission Volcker: trois ans d'archives détruites sur l'ordre du principal collaborateur d'Annan dès le lendemain de la décision de constituer la commission, des rencontres entre Kofi Annan et son fils ou d'autres personnes-clé du dossier qui apparaissent alors que le secrétaire général n'en a pas fait état devant la commission, la Cotecna qui dissimule les paiements à Kojo Annan comme s'ils étaient compromettants alors qu'officiellement ils ne le sont nullement... Rappelons que le scandale des détournements du fonds "Pétrole contre nourriture" est un volet de la manière dont des sanctions décidées par le Conseil de sécurité contre le régime de Saddam ont été retournées au point de servir à ce dernier à resserrer son pouvoir à l'intérieur et, à l'extérieur, à favoriser des divisions favorables à la levée des sanctions (lire Roger L. Simon pour les détails).

Comme le souligne Ludovic Monnerat, cette affaire s'inscrit dans une série noire pour l'organisation en terme d'inefficacité et de manque de professionnalisme, des abus sexuels qui accompagnent de manière endémique les interventions de Casques bleus à la bousculade indécente autour des victimes du tsunami, des pantomines de la Commission des droits de l'homme aux membres peu recommandables en passant par le Rwanda, le Darfour voire l'enlisement en Bosnie.

L'ONU comme l'Union européenne sont des organisations internationales, mais aussi davantage que cela en raison de la nature profondément politique de leur but et de leur fonctionnement (même si l'ONU n'est pas le gouvernement mondial qu'elle voudrait être, et qui n'est pas souhaitable tant que la démocratie n'est pas universelle, et l'UE n'est pas encore l'Etat fédéral qu'on peut espérer -- pour autant que ses compétences propres soient précisément définies et contrôlées). C'est bien sûr une difficulté supplémentaire pour le Secrétariat général qui, comme la Commission, a un rôle éminent, toujours sur le front, est susceptible de prendre des initiatives et est supposé incarner un intérêt général dépassant celui des Etats membres individuellement, mais leur est en même temps soumis. On peut poursuivre l'analogie avec la démission de la Commission Santer, la difficulté de réformer, jusqu'à la manière dont, de Chirac à Schröder, certains dirigeants nationaux parviennent à plier l'Union à leurs visées unilatérales... Mais comme l'ONU et le "droit international", l'UE devrait au fond échapper à toute analyse et toute critique, placée sur un piédestal champignacien tressé par exemple par Raffarin. Pour l'Europe, on verra bien, notamment le 29 mai. Mais pour l'ONU, Kofi Annan ne rend pas service à la communauté internationale en s'accrochant à son poste à un moment aussi crucial.

mardi 29 mars 2005

Racisme anti-Blancs

Dans sa "chronique du médiateur" du Monde, ce week-end, Robert Solé revient sur une série d'articles publiés le 16 mars et fait état de réactions diverses de lecteurs du journal. Les reportages portaient sur les violences survenues à l'occasion des manifestations de lycéens le 8 mars, et mettaient en lumière le phénomène d'attaque de "petits Blancs" "aux têtes de victimes" par des bandes formées de jeunes d'origine africaine ou maghrébine, en interrogeant à la fois des victimes ou témoins, choqués, des agresseurs satisfaits d'eux-mêmes, et l'inévitable expert.

Depuis lors, un appel contre les "ratonnades anti-Blancs", tentant de nouer la gerbe avec la lutte contre la judéophobie et tous les racismes ("pour nous, David, Kader et Sébastien ont le même droit à la dignité") a été lancé par sept personnalités irréprochables: l'intellectuel musulman Ghaleb Bencheikh; le réalisateur Elie Chouraqui (auteur d'un reportage sur l'antisémitisme à l'école, diffusé sur France 2 en avril 2004); l'écrivaine française d'origine iranienne Chahdortt Djavann (auteur de Bas les voiles!, Gallimard, 2003); le philosophe Alain Finkielkraut; l'éditorialiste et historien Jacques Julliard; l'ancien ministre délégué à la santé Bernard Kouchner et le politologue Pierre-André Taguieff. Il n'en suscite pas moins immédiatement les réserves de ceux qui craignent que l'on instrumentalise ainsi "les Blancs contre les banlieues".

Certaines des réactions de lecteurs dont fait état Solé sont de cette eau, comme: "Vous avez tout compris des racines profondes du mal, c'est effectivement l'envie de belles fringues et de portables dernier cri qui motive les "bougnoules" et autres sales négros de banlieue, et pas du tout leur exclusion sociale criante." Comme si cela constituait une excuse! S'il faut d'abord souligner que les victimes de la délinquance sont en réalité de manière disproportionnée elles-mêmes issues de milieux défavorisés, elles-mêmes d'origine africaine et maghrébine, la bonne conscience culpabilisée qui conduit à ne pas la voir, à empêcher sa répression, est un important facteur de son développement. En Suisse, le journaliste et intellectuel critique Niklaus Meinberg en avait fait l'expérience après avoir été battu et détroussé: comme son agresseur était Noir, il était prié par ses amis de l'intelligentsia de gauche de ne pas en faire un plat, nié dans sa qualité de victime.

Et le masochisme prétentieux avec lequel des Blancs se croient seuls capables de racisme, cet instinct universel toujours à dominer, dépasse l'entendement. En Grande-Bretagne, où il y a aussi une immigration asiatique, on connaît des quartiers dans lesquels des Blancs ou des Noirs sont malvenus de vouloir habiter... Dans le sillage de la prise de conscience néerlandaise, il est bon que dans le monde francophone aussi on cesse enfin de mélanger anti-racisme et angélisme.

COMPLEMENT DE 23H30: Voir les nombreux commentaires qui suivent le billet (1 ligne: ça c'est du rapport coût / efficacité!) de Laurent Gloaguen (Embruns) le jour de la parution des reportages du Monde.

lundi 28 mars 2005

Laisser ou ne pas laisser aller en paix

La résurrection du Christ que les chrétiens fêtent à Pâques est un événement historique, dans le sens où quelque chose s'est passé dans le coeur des disciples au point de boulerverser leur vie. Un événement subjectif, donc, plutôt qu'objectif. Pas plus que durant le cours de sa vie terrestre, le Christ n'a imposé au monde sa divinité. L'imposition d'une juste foi ou d'un juste dogme est donc contraire à l'essence du christianisme.

Durant cette période pascale, on a continué de faire grand cas de l'affaire de cette femme artificiellement maintenue en vie et que certains (ses parents, des gens religieux et des hommes politiques) ne veulent pas laisser s'en aller. Une fois de plus, on donne l'impression que les croyants sont tous du côté de la rigidité doctrinale. Qu'ils bétonnent la vie par peur de la mort - ce qui est paradoxal pour des croyants. Ceux-là même qui accusent - prenons un exemple au hasard - les gais de désobéir aux commandements divins ne se demandent pas si, dans leur logique, on ne se met pas à la place de Dieu en dispensant une vie artificielle.

Pour ma part, il y a un seul argument des adversaires de l'euthanasie qui m'interpelle - mais il ne s'applique pas dans le cas de cette femme. Ce n'est pas l'argument qui fait de Dieu le seul maître de la vie, parce qu'il relève de cette contrainte anti-chrétienne, et que, comme conséquences, on peut en tirer tout et son contraire. Ce qui m'interpelle en revanche, c'est le fait que l'inscription d'un certain type d'euthanasie dans la loi pourrait encourager et développer, en le légitimant, ce sentiment d'indignité et d'inutilité qu'ont certains vieillards ou d'autres personnes très dépendantes. La légalisation de l'euthanasie ne risque-t-elle de les confirmer dans l'idée du malheur et de l'indignité qu'il y a à être à sa charge? Ce serait bien que les instances qui légifèrent dans ce domaine prennent cela en compte.

Ceci dit, la charité chrétienne me semble prescrire de tout faire pour apaiser la souffrance d'autrui, même si les moyens utilisés pour faire cesser la souffrance peuvent abréger la vie en cas de maladie incurable, si cela correspond à la volonté de l'intéressé. Il est étonnant de constater que s'agripper à la vie biologique peut être aussi bien le fait d'une certaine médecine matérialiste (qui en est revenue) que d'une conception religieuse qui n'est pas la mienne.

COMPLEMENT DU 29.03.2005: Dans cet article du quotidien Le Matin, le fondateur de l'association Dignitas, qui aide à se suicider des personnes venant souvent de l'étranger, affirme que "Le droit au suicide est garanti par la Convention des droits de l'homme". Admettons. Là où il s'emballe un peu, c'est quand il dit, à propos d'une loi qui interdirait l'assistance au suicide à des personnes domiciliées à l'étranger, que "C'est une discrimination comparable au refoulement des Juifs à la frontière pendant la Seconde Guerre mondiale!"

Bonnes nouvelles d'Irak (24)

Lundi de Pâques ou pas, la compilation quinzomadaire d' Arthur Chrenkoff est en ligne! Dans tous les domaines, elles foisonne de liens vers ces faits et ces anecdotes qui témoignent concrètement de ce qu'Irakiens et forces de la coalition construisent ensemble.

dimanche 27 mars 2005

ONU

Deux liens:

  • Ludovic Monnerat à propos des abus sexuels de Casques bleus et fonctionnaires onusiens et, plus largement, de l'efficacité de l'organisation sur le terrain.

samedi 26 mars 2005

Directive sur les services

Publius confirme que ce n'est pas la lecture de Chirac devant les journalistes, mais bien celle de Blair devant la Chambre des Communes (une différence significative) qui est la plus conforme à la réalité: la France a échoué à faire retirer le projet, qui suit son cours normal dans la procédure de co-décision entre Parlement et Conseil des ministres (à la majorité qualifiée), avec un rôle non négligeable de la Commission.

Une autre différence qui me frappe: en France on parle de la directive sous l'angle de ces étrangers qui viendront prendre le travail des autochtones, en Grande-Bretagne on voit l'avantage pour les Britanniques qui pourront offrir leurs services plus facilement dans les autres pays de l'Union.

vendredi 25 mars 2005

Homologues

Pas vraiment d'humeur à bloguer, je suis plongé avec délectation dans le JJSS de Bothorel! Mais Emmanuel met le doigt sur une troublante ressemblance de Jean-Pierre Raffarin avec Bertie Ahern. Et Hugues a un billet bien senti sur la vision française de la directive Bolkestein sur les services.

jeudi 24 mars 2005

Un "non" pro-européen?

Dans la campagne autour du du référendum français du 29 mai, il me semble qu'un courant n'a pas encore de représentant: celui des pro-européens écoeurés par l'immobilisme activiste et nombriliste de leur pays, de la gauche à ce qui tient lieu de droite. Les dernières de Chirac, du sommet avec Poutine auquel Zapatero s'est pitoyablement prêté à la levée de l'embargo sur les ventes d'armes à la Chine en passant par son anti-libéralisme primaire, m'amènent presque à souhaiter que le "non" l'emporte: cela vaudrait mieux que de perpétuer l'aveugement qui amène les Français à croire en toute inconscience que l'Europe, c'est la France, et la naïveté des 24 autres gouvernements qui persistent à ne pas dire que le roi est nu.

Et maintenant le Kirghizstan!

On vit une époque formidable: à quand le prix Nobel de la paix pour Bush?

mercredi 23 mars 2005

Pour changer un peu

Désolé, pas le temps de bloguer! Mais tapez donc au hasard dans le blogroll pour découvrir quelque chose de différent: Baptiste Coulmont, sociologue du sexe et des religions, par exemple...

mardi 22 mars 2005

Il n'y pas que "Le Monde" et "Libé"...

Apparemment il va falloir que je me tienne au courant plus régulièrement de ce que publie Le Figaro aussi! Car, via Ludovic Monnerat, je découvre une imprécation de Nicolas Baverez sur l'Europe qui vaut la lecture, et s'insère dans une série aux participants plus intéressants les uns que les autres.

lundi 21 mars 2005

Ne me parlez plus de salami

Les Suisses vont donc voter le 5 juin sur la loi sur le partenariat enregistré (Lpart). Ce projet de loi contient l'interdiction formelle pour un couple partenarié d'adopter et de recourir à l'insémination artificielle. Mais ce week-end, j'étais confronté à l'un des principaux arguments des adversaires de la Lpart: il faut dire non à ce projet, même s'il convient avec son interdiction de l'adoption et de l'insémination artificielle , parce que les associations homosexuelles vont ensuite revenir à la charge pour les demander. Et cela, conformément à ce qu'on appelle la tactique du salami (est-ce que qu'on parle de tactique du saucisson sec dans le reste de la francophonie?). Quand on a des revendications difficiles à faire passer, on les découpe en tranches en commençant par les plus acceptables. Quand on a fait passer la première tranche, on sert la suivante. Voici ce que j'ai répondu, inspiré par l'un des premiers pacsés de Suisse (au niveau cantonal, c'est une autre histoire):

L'argument de la tactique du salami est en effet invoqué par les adversaires de la loi sur le partenariat - or il est totalement dénué de pertinence dans le cas de notre pays. Il se trouve en effet que la Suisse est le seul pays au monde où on ne peut pas parler de tactique du salami, puisque le peuple a, potentiellement, toujours son mot à dire sur chaque changement de loi. C'est faire insulte à sa souveraineté que de penser qu'en acceptant le partenariat, il serait ipso facto amené à accepter à l'avenir d'autres changements législatifs. Le peuple reste souverain et décide de cas en cas. Les exemples abondent en la matière.

En effet, c'est exactement comme si ceux qui s'opposaient à l'assurance-maternité ou aux quotas ou aux bureaux d'égalité au nom de convictions fondées sur le libéralisme s'étaient opposés au droit de vote pour les femmes (or la majorité ne l'a pas fait), sous prétexte que cela ouvrait la porte à ce dont ils ne voulaient à aucun prix.

Mais cela n'a pas ébranlé mon interlocuteur. Pour lui, d'une part, les adeptes de la tactique du salami se défendent toujours de la pratiquer. Et d'autre part, cette analyse s'appliquerait justement au processus démocratique helvétique, puisqu'il s'agit de découper en tranches des revendications qu'on fait démocratiquement accepter petit à petit. C'est pourquoi il exigeait que les associations homosexuelles s'engagent à ne JAMAIS demander ni le mariage ni l'adoption ni l'insémination artificielle. Mais, en politique, comment prendre au sérieux de tels engagements? Et n'est-ce pas une autre manière de dire "nous ne pratiquons pas la tactique du salami"?

Encore une fois, en Suisse, le peuple est chaque fois libre d'accepter ou de rejeter l'objet qu'on lui soumet, et l'expérience montre qu'il y a bien des pilules qu'on ne peut lui faire avaler, comme celle de l'assurance-maternité.

dimanche 20 mars 2005

Anniversaire

Hier, c'était le deuxième anniversaire du début de l'intervention de la coalition en Irak.

Sur Harry's Place, suivez en détail le réjouissant effondrement de la fréquentation des manifestations opposées, à Londres et ailleurs (plusieurs billets, le 19 et le 20 mars).

Et lisez chez Ludovic Monnerat cette analyse de l'échec des forces rebelles en Irak même.

samedi 19 mars 2005

Qu'est-ce qu'un bon blog?

Pour moi c'est quelque chose qui donne à penser, à réfléchir, à voir les choses différemment (et si en plus il fait sourire, rire voire pleurer, c'est encore mieux): donc qui apporte quelque chose que je ne connaissais pas sous une forme que je suis disposé à intégrer. Raison pour laquelle j'aime les blogs de personnes que je peux regarder comme des maîtres, au sens philosophique du terme (Norman Geras, Oliver Kamm), les blogs qui se consacrent à disséminer un maximum de liens (InstaPundit, Harry's Place), les blogs de personnes dont je partage généralement les vues qui apportent un regard ou une expertise particulière (Jeff Jarvis, Roger L. Simon, Versac, ainsi que Ludovic Monnerat, Econoclaste et Eolas si je renonce à les mettre dans une catégorie de blogs purement "thématiques") ou avec qui, s'il y a divergence, elle s'inscrit tout de même dans une référence commune et permet une discussion fructueuse (Emmanuel Ceteris Paribus), les blogs de droite que je trouve stimulants (Arthur Chrenkoff, Vincent Bénard de Liberté) ou encore certains blogs à la première personne sans être nombrilistes (Tarquine, Ron l'infirmier) -- plus tous ceux que je consulte occasionnellement, ou que je trouverais passionnants si j'avais le temps et la curiosité de les regarder également! C'est comme les bistrots, on a ses habitudes... Mais ce qui ne m'apporte rien ce sont les blogs hystériquement libertariens et les blogs de la gauche réactionnaire ou altermondialiste: tellement prévisibles et truffés de lieux communs.

Et puis il y a quelques blogs qui sont comme ces magazines que mon éducation calviniste me pousse à résister à la tentation d'acheter mais que je feuillette avec le plus grand plaisir dans une salle d'attente (donc je ne parle pas d'illustrés pour adultes): par exemple Commentaires et vaticinations, de Hugues, apparemment un journaliste français qui a pignon sur rue, même si je n'ai pas remonté la piste pour l'identifier. C'est le blog qui écrit, de manière tellement plus lisse que moi et en français, des choses que je ne croyais pensables qu'en anglais, et qui me paraissent évidentes au point de ne guère oser les aborder ici (too self-conscious!). C'est injuste de dire que je n'y apprends rien: il fait un bon boulot de recherche factuelle dont je me dispense (par exemple dans cette admirable défense et illustration du New Labour). Et je ne peux que ronronner de lire ceci.

vendredi 18 mars 2005

Don d'organe

C'est Andrew Sullivan qui décrit le quotidien britannique que nous achetons du lundi au vendredi (le samedi c'est le FT weekend!) d'une formule cinglante: "Tory politics; tabloid news". Aujourd'hui il publie l'histoire d'un homme de 53 ans qui a bénéficié il y a 4 ans de la transplantation d'un rein prélevé sur un donneur vivant: son épouse. Mariés depuis plus de 30 ans ils ont des enfants adultes. Mais ce qui motive l'article du Daily Telegraph c'est le fait que, pleinement rétabli et se sentant véritablement "un autre homme", il a depuis quitté pour une autre sa femme, de surcroît atteinte d'un cancer du sein (elle s'en remet courageusement). Il y a les noms, la localisation (les deux époux sont des élus locaux libéraux démocrates, l'amante est une candidate conservatrice) et dans la version papier les photos: je peine à voir la justification par l'intérêt public (ou même du public).

Pour ma part, je vais bientôt célébrer les 10 ans de ma greffe d'un rein, prélevé sur un donneur décédé anonyme, et ce conte tragique illustre bien l'intérêt de cette pratique (qui -- entre amélioration de la sécurité routière et ce qui me semble être une vénération croissante et vaguement supersitieuse des dépouilles des proches -- répond cependant toujours moins aux besoins, d'où le recours élargi aux donneurs vivants dans les situations qui s'y prêtent: rein, foie, moëlle...). Je déborde évidemment de reconnaissance à l'endroit de mon donneur (de ma donneuse?) et de sa famille qui, dans des circonstances forcément douloureuses, ont consenti à ce que le disparu permette à d'autres de re-vivre: et même si l'insuffisance rénale terminale n'est pas fatale, au prix d'un affaiblissement général et de dialyses trois fois par semaine, c'est tout à fait vrai qu'après la greffe, on se sent un autre homme! Via l'hôpital, j'ai pu l'écrire anonymement à la famille, j'espère que ce message leur sera parvenu et qu'il aura été un réconfort pour eux; je pense le refaire à l'occasion de cet anniversaire. Mais, contrairement à une démarche sentimalo-émotionnelle courante aux Etats-Unis, il ne me semble pas plus mal que, depuis, lors nous soyons repartis chacun vers nos vies. C'est évidemment plus dur pour ce couple, et pour le plaisir d'indigner les chaumières le Daily Telegraph n'a certainement pas rendu service à l'épouse.

jeudi 17 mars 2005

Au loup!

Arthur Chrenkoff a une plaisante revue des réaction à la proposition de Bush de nommer Paul Wolfowitz à la tête de la Banque Mondiale. Moi qui espérais que le poste échoirait à Gordon Brown: c'est un peu un Américain d'adoption, il y ferait merveille et ça allégerait passablement l'atmosphère politique au sein du New Labour!

"Flat tax": cette fois ça devient sérieux!

Cette info au détour d'un article du Daily Telegraph consacré ce matin au budget britannique présenté hier par Gordon Brown, et développée par un autre article qui m'avait échappé la veille: c'est désormais la Pologne qui entend réformer de manière radicale sa fiscalité par l'introduction d'un taux unique de l'impôt sur le revenu (à partir de 37'000 zloty - 13'958 CHF, 9'058 EUR, 6'283 GBP, 12'113 USD): 18%. La Pologne, au gouvernement de centre-gauche, est l'un des "grands pays" de l'Union européenne, qui adopte une approche déjà retenue par les trois pays baltes et la Slovaquie (et, en dehors de l'Union, par l'Ukraine, la Géorgie et la Russie). Soulignons au passage qu'un tel régime n'est ni dégressif ni même proportionnel; il reste bien progressif, mais d'une progressivité régulière:

  • A 40'000 zloty, l'impôt est de (40'000 - 37'000 = 3'000 x 18%) 540 zloty soit 1,35%
  • A 80'000 zloty, l'impôt est de (80'000 - 37'000 = 43'000 x 18%) 7'740 zloty soit 9,68%
  • A 200'000 zloty, l'impôt est de (200'000 - 37'000 = 163'000 x 18%) 29'340 zloty soit 14,7%
  • A 500'000 zloty, l'impôt est de (500'000 - 37'000 = 463'000 x 18%) 83'340 zloty soit 16,67%
  • A 1'000'000 zloty, l'impôt est de (1'000'000 - 37'000 = 963'000 x 18%) 173'340 zloty soit 17,33%
  • A 10'000'000 zloty, l'impôt est de (10'000'000 - 37'000 = 9'963'000 x 18%) 1'793'340 zloty soit 17,93%

Les ex-pays communistes sautent ainsi à pieds joints sur 50 ou 100 ans d'évolution de l'Etat développé durant laquelle on a demandé à l'impôt la justice sociale, la natalité, la prospérité économique voire l'égalité des chances devant l'éducation, toutes choses pour lesquelles d'autres moyens sont bien plus appropriés. Ils passent directement d'une absence de fiscalité directe (assez ironique quand, dans la gauche occidentale, payer l'impôt tend à être revendiqué comme une fière marque d'appartenance à la société) à une vision pragmatique et efficace qui n'assigne à l'impôt que la tâche de procurer des revenus à la collectivité de la manière la moins coûteuse possible, tout en restant le plus neutre possible par ailleurs pour éviter les effets pervers.

COMPLEMENT DU 19.03 à 19h: Je retrouve cette présentation du sujet chez Vincent Bénard de Liberté.

mercredi 16 mars 2005

Institutions européennes: illustration sur les brevets logiciels

Il n'y a pas que la "directive Bolkestein" sur les services qui est prise en otage (ou jetée en sacrifice expiatoire) dans le cadre du référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l'Union européenne. Sur le Net, la directive sur la brevetabilité des inventions mises en oeuvre par ordinateur qui est en cours de procédure fait des ravages (et elle relève aussi du commissaire Bolkestein!): une récente décision du Conseil des ministres (qui tient lieu de Chambre haute dans le processus législatif européen) échauffe passablement les esprits, et sur Publius Emmanuel tente de clarifier les choses.

Si je résume:

  1. La Commission a présenté au Parlement et au Conseil un projet de directive qui ne satisfait pas les adversaires des brevets logiciels.
  2. Le Parlement européen, première instance appelée à se prononcer, en a délibéré et a adopté une série d'amendements allant dans le sens des adversaires. Ces amendements sont-ils de nature à les satisfaire entièrement? Ce n'est pas vraiment clair (quand bon nombre d'"amendements" portent sur le préambule d'un texte, et pas seulement sur sa partie normative, ça me fait doucement ricaner).
  3. Le projet passe ensuite au Conseil. S'il ne se rallie pas aux amendements du Parlement, il lui appartient comme il est normal dans tout système bicaméral d'adopter son propre texte, qui porte le curieux nom de "position commune" (commune à qui? à lui-même... et non, comme je l'aurais imaginé pour trouver un sens à cette appellation, au Conseil et à la Commission par exemple). On en est là avec cette directive: éventuelle entorse de procédure mise à part (mais j'ai peine à croire qu'elle changeait la nature de la décision du Conseil), ceux qui croient que le Conseil est antidémocratique parce qu'il a un avis différent du Parlement ne comprennent rien au fédéralisme (et tant le Conseil que la Commission protestent de leur volonté de prendre en compte les préoccupations des adversaires en définissant de manière plus restrictive ce qui pourrait faire l'objet des fameux brevets logiciels).
  4. Ensuite c'est à nouveau au Parlement de jouer, avec ici deux clauses de "démocratie rationalisée" à la française: la position du Conseil l'emporte si le Parlement ne parvient pas à délibérer dans un délai donné (on imagine les démarches sournoises d'obstruction que cela permet); et une majorité qualifiée est nécessaire pour que le Parlement persiste dans un désaccord avec le Conseil.
  5. Si le cas se produit, le Conseil sera à nouveau saisi. Lui aussi a potentiellement un obstacle supplémentaire à surmonter: si la Commission s'oppose à un amendement du Parlement, le Conseil ne peut le reprendre qu'à l'unanimité (où l'on perçoit le biais plus technocratique que démocratique de la construction européenne).
  6. Et si le désaccord persiste, un comité de conciliation du Conseil et du Parlement tente d'élaborer un texte qui doit ensuite être approuvé tel quel par les deux instances; faute de texte de conciliation ou faute d'accord, la directive est rejetée.

Emmanuel renvoie à un schéma qui est en effet éclairant sur la procédure de codécision en vigueur. Il y a aussi cette fiche qui permet de retracer l'itinéraire complet de l'objet, ou celle-ci. C'est vrai que le traité constitutionnel ne change rien à tout cela: mais il n'agrave rien et, en présentant la procédure (art. 396 du Traité constitutionnel) de manière plus simple et plus claire que la terminologie ampoulée en usage aujourd'hui, déjà en parlant de "loi européenne" plutôt que de "directive", il doit aussi permettre aux intéressés de se réveiller avant qu'il ne soit trop tard...

D'un autre côté, se replonger dans le monstre qu'est le traité constitutionnel réveille tous les doutes que j'ai pu avoir: il est par exemple insensé que le titre sur le fonctionnement de l'Union soit perdu dans la troisième partie de la Constitution (relative aux politiques dévolues à l'Union par les Etats membres) au lieu de figurer dans la première partie, celle qui a trait aux institutions. Et n'existe-t-il vraiment toujours pas une version html, plutôt que ces documents pdf insupportables dès lors que l'on veut faire une référence? [Merci au commentateur ci-dessous qui signale cette version sur le site du Sénat français: c'est un début]. Pas une raison de voter "non", bien sûr!

(Billet revu et complété le 17.03)

COMPLEMENT du 18.03 à 23h55: Sur la procédure relative à la directive "brevet logiciel" et sur la directive Bolkestein sur la libéralisation des services, deux excellents billets d'Eolas.

mardi 15 mars 2005

JJSS

En transe par la découverte, par une pub dans Le Monde d'aujourd'hui, de la publication d'une biographie de Jean-Jacques Servan-Schreiber (Celui qui voulait tout changer, par Jean Bothorel) que je vais m'empresser d'ajouter à un bon mètre de rayonnage d'ouvrages de lui (je crois sans forfanterie avoir l'intégrale) ou sur et autour des forts bien nommées "années JJSS", je trompe mon impatience par quelques recherches sur le Net. Et je regarde via Technorati si des blogs ont déjà parlé de "jjss" -- pour découvrir que pour le moment cela renvoie aux Jeunesses socialistes espagnoles!

Par mal pour celui qui, successivement, se mit à disposition de Maurice Thorez pour rejoindre le PCF après la guerre (il déclina prudemment, comme plus tard Che Guevara à qui l'inénarrable Jean Ziegler offrait dans un palace genevois de rejoindre la guerilla), fut le collaborateur de Pierre Mendès France au pouvoir, l'un des stratèges de la gauche face au gaullisme, l'artisan trop tôt venu d'une gauche réformatrice, écologiste et libérale, brièvement ministre de Chirac, fondateur de l'UDF pour Giscard, un acteur visionnaire de la révolution informatique, enfin (c'est l'un des passages que je connais le moins, je me réjouis de lire Bothorel là-dessus), l'un de ces "visiteurs du soir" qui en 1983 auraient tenté de convaincre Mitterrand de choisir la voie de l'autarcie contre celle de l'Europe et de l'ouverture, ce qui est contraire à tout ce pour quoi il avait combattu jusqu'alors -- ou était-ce un signe précurseur de la maladie d'Alzheimer qui l'a éloigné de la vie publique et empêché de terminer ses Mémoires?

Alain Campiotti fait son examen de conscience

J'ai suffisamment dénoncé sur ce blog la très militante attitude du correspondant du Temps aux Etats-Unis pour me sentir le devoir d'attirer l'attention sur la réflexion qu'il publie aujourd'hui:

Quand l'histoire tressaille, faut-il faire son examen de conscience? Ou peut-on, comme au moment de l'effondrement du communisme soviétique, passer d'une vague empathie romantique à un antitotalitarisme farouche sans piper mot? Mieux vaut regarder dans le miroir. Chacun a le sien. J'ai le mien.

Une démarche publique tout à son honneur. Lisez-le, ainsi que le commentaire de Ludovic Monnerat.

lundi 14 mars 2005

Bonnes nouvelles d'Irak (23)

Un lundi sur deux tombe la compilation réalisée par Arthur Chrenkoff, qui observe que, depuis qu'il a commencé cet exercice de bénédictin (il a raconté y passer deux heures par jour en moyenne), les bonnes nouvelles ne font qu'augmenter: imprimées, celles d'aujourd'hui représentent 23,5 pages, et contiennent 178 liens.

Mais comme il l'explique aussi avec finesse dans un autre billet, le moindre attentat annoncé par une agence est repris en boucle par tous les médias, alors que les informations sur l'éducation, la santé, les infrastructures, la vie civique, les progrès de la sécurité peuvent faire l'objet d'intéressants reportages mais débordent rarement de leur publication d'origine, d'où la vision complètement faussée que reçoit le grand public.

Et voyez aussi les Bonnes nouvelles d'Afghanistan (10)!

dimanche 13 mars 2005

Espagne républicaine

Encore un paradis perdu qui se révèle avoir été une illusion: j'apprends via Oliver Kamm que même la République espagnole, ce symbole tragique d'une virginité démocratique de gauche tuée par le fascisme après avoir été trahie par les staliniens et abandonnée par les démocraties libérales, n'était pas ce que l'on croyait, et que ceux qui ont combattu pour elle au nom de la liberté ont été trompés.

La religion et ses ennemis

Demain, le New Labour devrait proposer au Parlement britannique une loi contre l'incitation à la haine religieuse. Est-ce une manoeuvre électorale, comme le suggère (entre autres) Nick Cohen dans un commentaire pour le Guardian? Un point qui semble être oublié (et que relève Nick Cohen), c'est que les textes sacrés contiennent des paroles peu amènes à l'égard des ennemis, des représentants d'autres croyances et autres hérétiques. Si ce genre de loi passe, ce sera intéressant de voir si cet aspect-là sera "exploité"...

Dans le même Guardian, le Rev Prof Christopher Rowland a écrit un article tout aussi sensé sur cette nécessité pour une religion d'avoir des ennemis. Il montre aussi que des approches modérées (sur le papier, ou plutôt sur ce qui en tenait lieu) ont aussi eu cours au deuxième siècle, que ce soit avec Clément d'Alexandrie ou même St Augustin. Par exemple, en adoptant une doctrine de la prédestination disant que seul Dieu connaît ses élus, on s'interdit (du moins en principe) de juger les autres communautés chrétiennes.

La cène vue par Marithé François GirbaudEnfin, dans la série des atteintes supposées à la religion, en France il y a l'affaire de l'affiche Marithé/Girbaud (en grand) qui détourne la Cène de Vinci (pour mémoire) en inversant le sexe des protagonistes, dont l'association Croyances et Libertés (une appellation que Libération qualifie hâtivement d'"oxymoron", ce qui est une pure pétition de principe, mais passons) a obtenu qu'elle soit interdite d'affichage. Cette association est une émanation de la Conférence des Evêques de France, en fait elle a été fondée par l'archevêque Lustiger. L'avis de Christophe Bigot (c'est l'occasion ou jamais de porter un tel patronyme), avocat et spécialiste du droit de la presse, cité dans Libération, est éclairant: Pour ce dernier, le jugement sur la publicité Marithé et François Girbaud représente un dévoiement et un détournement de la loi qui réprime les atteintes aux personnes.

Les textes sur le racisme sont faits pour protéger des personnes, non des croyances ni des symboles. Cette publicité ne peut pas être considérée comme une injure envers un groupe de personnes. On est là dans le délit d'opinion, le blasphème, puisqu'il s'agit d'une opinion religieuse. (...) à terme, avec une extension de la jurisprudence, on pourra aller devant le juge si l'on estime que quelqu'un attente à ses convictions.

Quant à voir avec l'avocat des évêques "des poses lascives et des plus suggestives (...), des comportements érotiques et blasphématoires à l'égard de ce qui constitue l'essentiel pour des chrétiens, alors qu'on est en plein carême" - on aurait envie de dire (mais on ne le dira pas) qu'il faut être drôlement obsédé par le sexe pour décoder la photo de cette manière. On n'ira pas jusqu'à parler de la fascination-répulsion d'un certain clergé à l'égard des femmes.

Cette affaire est regrettable, parce que l'anticatholicisme primaire de l'establishment culturel et médiatique est tout aussi regrettable.

COMPLEMENTS DES 14-15.03: Outre les billets de Paxatagore, Me Eolas et François Briatte (mentionnés dans les trackbacks), signalons ceux de Versac et de Ceteris Paribus à propos de l'affiche française.

samedi 12 mars 2005

Ayman Nour libéré

Le dégel proche-oriental se confirmerait-il? Je ne crois nullement à une marche rectiligne et triomphale vers un avenir radieux. Mais il est satisfaisant qu'Ayman Nour, dont je vous entretenais ici, ait été libéré.

C'est Ali, l'un des blogueurs irakiens, qui observait que, peut-être plus encore que l'exemple de l'élection du 30 janvier, c'est le spectacle permanent de manifestations anti-américaines ou antigouvernementales en Iran, complaisamment montrées sur les télévisions arabes comme Al-Jazeera mais se déroulant aussi en toute impunité, qui a pu être un élément déclencheur.

Contre les fundis: entre realos et idealos

Ouf! Fin du psychodrame de la semaine au Parlement britannique, avec l'adoption hier soir, après plus de trente heures d'un match ininterrompu en 4 sets entre les deux chambres, de la loi sur les mesures de contrainte à l'égard des personnes suspectées de terrorisme (comme on l'appellerait sans doute en Suisse).

Je n'ai pour ma part aucun état d'âme à l'égard de ce type de législation, et n'accepte pas l'idée que ce ne serait qu'un mal nécessaire, un expédient dont il y aurait lieu de s'excuser, et que seul peut expliquer le réalisme tripal et méprisable de celui qui a la responsabilité du pouvoir et veut répondre à l'attente de l'opinion publique (massivement favorable aux mesures, contrairement aux élites médiatiques). Dans ce partage des rôles les adversaires auraient le monopole du coeur et de la raison, soucieux de faire prévaloir les libertés publiques sur une tentation autoritaire qui, nous dit-on, ferait le jeu de l'adversaire que ces mesures cherchent à combattre (sur le mode: "mieux vaut acquitter un coupable que condamner un innocent", ce qui est parfaitement juste, ce serait en somme: "mieux vaut un petit attentat non prévenu que de trop importuner un cercle de suspects déterminé trop largement"; merci pour les victimes, et il n'y a pas de garantie que l'attentat ainsi permis serait "petit"). De mon point de vue, elles adaptent simplement au système britannique, dont le régime judiciaire est draconiennement plus favorable au suspect et à l'accusé que les systèmes continentaux (avec des aspects courtelino-ubuesques sur lesquels je devrais à l'occasion revenir sur ce blog), des possibilités de surveillance et de contrôle indispensables qui, ailleurs, existent: voir par exemple le traitement en France des prisonniers de Guantanamo, détenus encore pendant des mois là où ceux rendus à la Grande-Bretagne ont immédiatement trouvé des oreilles complaisantes pour se poser en victimes!

Je vois bien davantage dans la position de Blair une vision responsable et raisonnable de la défense des libertés (y compris le droit à la vie et à la liberté d'aller et de venir pour les victimes potentielles du terrorisme) contre l'évolution d'une menace face à laquelle les moyens précédents n'étaient plus adaptés, et dans l'opposition à ces mesures un mélange de nostalgie pour un monde qui a disparu et de nombrilisme "bobo", vaguement suicidaire, qui refuse de voir la réalité, agrémenté de considérations politiciennes inévitables tant pour les opposants travaillistes que pour l'opposition conservatrice et libérale-démocrate, surtout à moins de deux mois des éventuelles prochaines élections générales. Le leader conservateur, Michael Howard, qui fut sous Thatcher un ministre de l'intérieur particulièrement haï par les milieux libéraux et humanistes, a sans nul doute apprécié de pouvoir redresser son image à bon compte, en faisant une nouvelle fois preuve de ses talents pour le grand écart opportuniste puisqu'on ne saurait, contrairement aux libéraux-démocrates, craindre de la sensiblerie de sa part.

J'ai envie de faire un rapprochement avec l'affaire dans laquelle semble malheureusement s'enfoncer Joschka Fischer en Allemagne (et on commence peut-être à mieux comprendre l'inspiration germanique du titre): une politique se voulant généreuse d'attribution de visas, commencée en 2000 et poursuivie jusqu'à assez récemment, qui a semble-t-il donné lieu très vite à des inquiétudes, puis qui s'est confirmée en abus, que le sympathique ministre Vert s'est obstiné à ignorer. Si je tiens Fischer pour un pragmatique et un libéral anti-totalitaire (malgré son attitude décevante sur l'Irak), donc un anti-"fundis", il me paraît avoir ici troqué le réalisme pour l'idéalisme naïf.

Le même scandale, à base des mêmes idées généreuses sur la liberté de déplacement à offrir aux ressortissants des ex-pays de l'Est (et il ne s'agissait que d'eux, alors que la politique allemande semble avoir été bien plus large) et sur la capacité d'intégration de l'économie et de la société, s'est développé il y a un an ou deux au Royaume Uni: sa figure emblématique était un unijambiste qui avait obtenu un permis de travail comme couvreur... Mais quand l'affaire a été révélée, Blair a été prompt a agir: quand il lui arrive de tomber dans le piège de l'idéalisme, il sait en sortir rapidement.

vendredi 11 mars 2005

Les Eglises protestantes suisses réitèrent leur oui au partenariat

Dans un communiqué magistral, la Fédération des Églises protestantes vient de rappeler qu'elle était favorable à la loi sur le partenariat:

Droit à l’égalité de traitement, souci de distinguer entre les questions d’éthique et les questions de droit, sécurité juridique pour les relations stables, pas d’inconvénients occasionnés aux autres communautés de vie, renforcement de la famille: tels sont les arguments sur lesquels la Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS se fonde pour justifier son adhésion à la loi sur le partenariat. La FEPS vient de publier à ce propos une brochure de «repères éthiques».

Suite du communiqué.

On peut seulement regretter que quand il est dit très justement

Renforcer le mariage et la famille: La loi sur le partenariat n’affaiblit aucunement le noyau de la communauté de vie que sont le mariage et la famille.

on ne développe pas davantage cet aspect des choses, car aussi absurde soit-elle, la menace que le partenariat représenterait pour le mariage et la famille est un des principaux arguments avancé par ses adversaires. Pour des esprits rationnels et rationalistes, il est évident qu'un statut accordé à des gens qui ne se sentent pas concernés par un mariage hétéro ne peut en rien attenter au mariage. Il aurait été intéressant que la FEPS le dise à sa manière, avec quelques lignes supplémentaires.

A noter que la prise de position intégrale sur un pdf de 20 pages peut être téléchargée à partir de cette page de site de la FEPS.

COMPLEMENT DE FRANCOIS BRUTSCH A 12H15: Dommage en effet de ne pas avoir mis le point sur les i de mariage et famille! Il faut se souvenir que le déni de la réalité homosexuelle avait notamment pour conséquence des mariages blancs ou de convenance, suivis d'une double vie fondée sur le mensonge et la peur dont les victimes étaient tous les protagonistes (y compris le partenaire hétéro et les enfants éventuels élevés dans ces conditions). Des aberrations malsaines (et même dans le climat de tolérance et d'indifférence d'aujourd'hui je ne suis pas sûr qu'elles aient totalement disparu) qui représentent une atteinte bien plus grande à la famille traditionnelle et à l'institution du mariage hétéro que la reconnaissance d'un partenariat ouvert aux gays et lesbiennes qui s'assument -- et dont l'officialisation pourra faciliter le pas à ceux et celles qui ne s'assument pas encore.

jeudi 10 mars 2005

La voix du blogueur

Ecouté tout à l'heure, en direct, Arthur Chrenkoff sur 870 KRLA (via l'Internet). Il était 5h pour Arthur à Brisbane, 11h pour les gens de Los Angeles, 19h à Londres et 20h à Genève... Rien de très spécial à en dire, sinon que Chrenkoff a une voix adorable, douce et timide, et commence toutes ses phrases par "Heu...": il est bien plus percutant par écrit, mais ça m'a fait plaisir de l'entendre!

Il était interviewé par Dennis Prager, l'un de ces hôtes de talk-show passionnément politisés qui sont l'autre révélation médiatique de ces dernières années aux Etats-Unis. Apparemment il n'aime pas l'idée d'une reconnaissance officielle des couples de même sexe, ce que je trouve d'autant plus regrettable que ses autres sujets de prédilection semblent intéressants.

mercredi 9 mars 2005

Retour sur l'intervention en Irak

Norman Geras a mis hier un point final à une série de billets, entamée le 30 avril 2004, autour de la légitimité de l'intervention et des arguments des adversaires: 1, 2, 3, 4 et 5. A lire en ayant du temps devant soi, ou à petites doses.

mardi 8 mars 2005

Le bonheur

Au prix d'un effort considérable, je parviens cette semaine à me tenir à jour dans la lecture de mon magazine favori, FTweekend inclu dans l'édition du samedi du Financial Times.

Entre tous les articles plus fascinants les uns que les autres, je signale celui-ci, qui a l'air accessible en ligne: Joy Divisions, par Michael Prowse, sur le livre Happiness: Lessons from a New Science, de l'économiste et membre travailliste de la Chambre des lords Richard Layard. Dire que le but de l'action étatique doit être d'assurer le bonheur des gens peut paraître inquiétant; mais si le sentiment de bonheur diminue, on devrait certainement s'en inquiéter.

lundi 7 mars 2005

Voies du web

Via Versac, j'ai pratiquement passé mon dimanche à explorer le site labyrinthique (mais très élégant, très clair) de François Briatte, un étudiant de Sciences Po Grenoble actuellement en semestre Erasme à Edinburgh. Sous une enseigne mystérieuse, The Paghangst K. Constructuum, on y trouve non seulement son blog, mais aussi toutes sortes de réflexions et de ressources sur le web, le design ou les pages wiki -- et d' intéressantes astuces pour DotClear.

A partir de la campagne pour bannir la police Comic Sans qui avait retenu l'attention de Versac, j'ai en particulier adoré ce film en forme de docu-bio hilarante de la police Cooper Black (utilisée à la fin des années 70, avant la généralisation de la rose au poing, pour former, avec les lettres PS, ou SP en allemand, le logo des socialistes suisses). Et, dans un tout autre domaine, j'ai découvert un ancien article passionnant de Me Eolas (qui, lui, figurait déjà à notre blogroll) sur le café bouillant de McDonald's...

dimanche 6 mars 2005

"Let's talk about sex"

Dr Alfred KinseyLe film de Bill Condon Dr Kinsey. Parlons sexe est remarquable. Le fait que le sujet soit traité sous une forme relativement classique parfois agaçante (quand la biographie est accompagnée de sauce sentimentale) fait d'autant mieux ressortir la bombe qu'ont représentée les rapports et les conférences d'Alfred Kinsey (photo). Peut-être cette forme se veut-elle en phase avec le ton de l'époque ou peut-être correspond-elle à une stratégie pour faire passer le message. Le film, évidemment, n'a pas été apprécié par l'association Focus on Family, qui propose sur son site une série d'articles anti-Kinsey suivie de la liste de la Kinsey Truth Coalition (KTC) Member Organizations, c'est-à-dire les associations prétendument vouées à rétablir la vérité sur Kinsey et ses découvertes.

Quoi qu'il en soit, ce qui est très amusant, c'est de découvrir ces documents photographiques historiques de l'Institut Kinsey après avoir vu le film. Indéniablement, pour une fois, on peut parler de fidélité.

samedi 5 mars 2005

Secte

L'ami Melfrid a rejoint la communauté des blogs sous DotClear!

vendredi 4 mars 2005

Social-démocratie durable?

Entre tentation totalitaire et renouvellement de la social-démocratie: "Ecologisme radical et décroissance", un article de Hervé Kempf. Quelque chose de différent dans Le Monde de ce matin.

Bibl' Blag Blog

Dans le cadre d'une recherche sur le web portant sur les blagues et la religion, je suis tombé sur deux blagues relevant d'idéologies diamétralement opposées. L'une est affreusement misogyne et sexiste (redondance) et relève de l'esprit le plus beauf possible, mais je ne peux résister au charme du détournement de verset biblique qu'elle opère. L'autre est très sympathiquement et gentiment misandrique (donc aussi sexiste). Laquelle préférez-vous?

  • Quand Dieu a-t-il donné une âme aux femmes?

    Aux noces de Cana, lorsque Jésus a dit : "Remplissez-moi ces cruches".
  • Un beau jour, dans le jardin d'Eden, Eve appelle Dieu: "Seigneur, j'ai un problème!"

    "Et quel est ton problème, Eve?"

    "Seigneur, je sais que c'est toi qui m'a créée et que tu m'as inventé ensuite ce superbe jardin ainsi que les animaux merveilleux qui y résident, y compris ce gros déconneur de serpent... mais je m'ennuie et je crois que je ne suis pas heureuse."

    "Pourquoi cela, Eve?" répond le Divin.

    "Seigneur, je me sens seule, et j'en ai marre des pommes."

    "Alors Eve, dans ce cas, j'ai une solution. Je vais créer un homme pour toi."

    "Qu'est-ce que c'est qu'un 'homme', Seigneur?"

    "Cet 'homme' sera une créature imparfaite, avec des tendances agressives, un ego énorme et incapable d'empathie ou même d'écoute. En un mot comme en cent, il t'en fera voir des vertes et des pas mûres. Mais par contre, il sera plus grand et plus fort que toi. Ce sera un bon chasseur qui pourvoira à tes besoins, il saura encore te défendre contre les bêtes sauvages!"

    "Ca a l'air pas mal" dit Eve en fronçant les sourcils avec intérêt.

    "Mais, tu ne pourras l'avoir qu'à une condition..."

    "Ah bon? Et laquelle Seigneur?"

    "Il faudra lui laisser croire que je l'ai créé le premier."

COMPLEMENT DE 20H20: J'apprends que, dans une variante, deux phrases supplémentaires terminent la deuxième blague, l'élevant ainsi (à mes yeux du moins) à un rang supérieur:

"Ce sera notre petit secret à nous... Entre femmes, on se comprend, non?"

jeudi 3 mars 2005

Blogs et médias traditionnels (et l'insondable ignorance des Américains)

Direct democracy may work in a Swedish canton, but it doesn't scale very well (...).

Ce cliché des rednecks qui confondent la Suisse avec la Suède est donc réel! Et c'est carrément le rédacteur en chef du New York Times qui l'illustre...

Mais je reconnais être parfaitement injuste de monter en épingle ce lapsus de Bill Keller lors de son incursion dans la blogosphère: un riche dialogue avec Jeff Jarvis sur le rôle et les particularités des médias traditionnels et des blogs, respectivement, dans le sillage de l'affaire Eason Jordan (archivé ici et à lire en commençant par l'entrée du 14 février, en bas de la page).

Et dans un blog, s'il n'y a personne pour relire, d'un autre côté il est facile de corriger...

Le coup de la bande à Crobard (découverte tardive)

Tout le monde connaît Hoaxbuster qui traque impitoyablement les e-mails mensongers qui se propagent en chaîne selon le système boule-de-neige. M'étant enfin abonné à leur lettre de nouvelles, j'ai pris connaissance de l'interview de The Crobard Team, ceux qui ont monté un canular made in Haye-Noarm qui a contre toute attente réussi à piéger l'émission Incroyable mais vrai de TF1.

Pour se faire tout de suite une idée de ce qui s'est passé, on trouvera ici une magnifique présentation chronologique avec tous les éléments de la préparation et de la réalisation du canular. Il y a la préparation d'un faux vernissage dans un galerie dans lequel interviendront les punks - pour le plus grand choc des journalistes venus les filmer. (Un détail qui me plaît beaucoup, c'est que ce sont les enfants de 2, 6 et 8 ans, de l'équipe qui ont élaboré les oeuvres du faux artiste exposé.) Il y a l'enregistrement de l'émission. Il y a le "coming-out" le lendemain de sa diffusion. Les réactions du journaliste responsable. ("Vous avez mis une équipe au chômage", ce qui n'était pas vrai), la confrontation en direct sur une radio.

Le pire, c'est que l'équipe n'avait jamais songé à faire un canular. Ils s'étaient simplement amusés à réaliser sur leur site une pub pour un service de location de punks, de gothics et de teufeurs véritables (pas des comédiens) pour animer les soirées bourgeoises et ou branchées. Tout sur le site indique que c'est une blague. Or des journalistes de TF1 les ont contactés en janvier 2004 pour en faire une sujet d'une émission qui serait diffusée durant l'été. C'est là qu'ils n'ont pu résister à la tentation Et dire que je suis passé à côté de ce grand moment de télévision.

COMPLEMENT DE 13H20/22H45: Une recherche sur Yahoo me conduit à News-HS qui m'apprend qu'ils ont remis ça et c'est ici. Avec leur deuxième canular, ils n'ont pas abouti jusqu'à la diffusion, mais presque, et cela reste quand même très éclairant sur certaines pratiques journalistiques télévisuelles. A savoir le mépris des personnes, leur instrumentalisation, etc. (Le refus d'enquêter correctement étant encore un mépris des personnes.)

mercredi 2 mars 2005

Eclairage décapant sur l'Amérique latine

Le Monde d'aujourd'hui marque l'entrée en fonction du socialiste Tabaré Vazquez à la présidence de l'Uruguay par la publication d'une tribune qu'on ne risquait pas de lire dans Le Monde diplomatique: "La gauche 'religieuse' latino, peste de la gauche", par Joaquin Villalobos, présenté comme "chercheur à Oxford et ancien commandant de la guérilla salvadorienne". Quelques extraits pour vous mettre l'eau à la bouche:

(...) L'Amérique latine connaît en ce moment un débat crucial qui oppose la gauche "religieuse conservatrice" à la gauche "réaliste et pragmatique". Cette discussion n'est pas neuve ; ce qui est nouveau, c'est son contexte. Nous ne débattons plus dans un continent dominé par des régimes autoritaires, mais dans un contexte de démocraties émergentes. Jamais, dans l'histoire de l'Amérique latine, il n'y a eu autant de partis de gauche avec autant de pouvoir dans autant d'endroits. (...)

Le Vénézuélien Hugo Chavez et le Cubain Fidel Castro sont les représentants de la gauche la plus "religieuse" de l'Amérique latine. Ils constituent la tête de la gauche religieuse, suivis de près par le PRD de Cuauhtemoc Cardenas au Mexique, le FMLN de Schafick Handal au Salvador, le FSLN de Daniel Ortega au Nicaragua et le MAS d'Evo Morales en Bolivie.

Dans la gauche réaliste, les plus importants sont les socialistes chiliens de Ricardo Lagos, les partisans de Nestor Kirchner en Argentine, le Frente Amplio (Front élargi) de Tabaré Vasquez en Uruguay, le PRD de la République dominicaine, le Pôle démocratique de Colombie, le PRD de Martin Torrijos au Panama et le PT de Lula au Brésil. A l'exception des socialistes chiliens, tous sont traversés par des batailles internes entre les deux courants. Et même à Cuba, il existe aujourd'hui une gauche réaliste qui se développe. (...)

Comme dans bien des religions, la "gauche conservatrice" pratique une double morale. Ces trois dernières années, le commerce de Cuba avec les Etats-Unis est passé de 4 millions à plus de 400 millions de dollars. Les Cubains achètent des produits agricoles sans rien pouvoir vendre aux Etats-Unis. Cuba paye comptant, appelle ses partisans à s'opposer "dignement et courageusement" aux traités de libre-échange avec les Etats-Unis, et accepte de commercer de façon soumise et humiliante. (...)

La "gauche réaliste" lutte pour cesser d'être une éternelle opposition, en trouvant une solution au problème de la pauvreté à partir du pouvoir. La "gauche religieuse", elle, pleure et prie pour que l'autre n'y parvienne pas.

mardi 1 mars 2005

"Give Fascism The Finger"

Mon "mug" est arrivé par la poste ce matin!

Gaymard

Sur l'affaire Gaymard, on lira avec profit (c'est le cas de le dire) et on s'amusera à comparer les billets de Free goat et d'Econoclaste. Des styles et des angles d'attaque différents pour une même pertinence. Tout est bon, mais la conclusion du deuxième est irrésistible:

J. Attali s'inquiète de ce qu'avec la rémunération des politiques qui baisse et celle des cadres du privé qui monte, il va être difficile d'attirer autre chose que des gestionnaires dans les affaires publiques : ce serait probablement une perte irréparable que de voir partir vers le privé ces titans que sont les Raffarin, Borloo, ou autres Gaymard, au profit de gestionnaires sans âme de l'existant.

Quelque part, cependant, je me dis que cela nous ferait quelques vacances. Et que s'il n'y a qu'une seule raison d'être favorable à l'Union Européenne, c'est bien celle-là : mieux vaut être gouverné par les grisâtres gnomes de Bruxelles que par cette lamentable clique.

Il faut dire qu'une partie du billet est consacrée à dénoncer le clientélisme qui a amené le ministre de l'agriculture qu'était Gaymard dans sa précédente vie à jouer à fond la carte du protectionnisme lors des négociations de l'OMC à Cancun.

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