février 2005 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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lundi 28 février 2005

Bonnes nouvelles d'Irak (22)

Comme on peut le voir dans la colonne de droite (au moins jusqu'à ce qu'Arthur Chrenkoff ait produit cinq nouveaux billets), sa compilation de ces informations qui ne font pas la Une mais décrivent en profondeur la situation en Irak est en ligne!

dimanche 27 février 2005

Echangisme dénaturé

Je l'avoue, j'avais pris du plaisir à déguster quelques épisodes de On a échangé nos mamans, que j'estimais plutôt inoffensif, tout en me disant, comme maintes productions de télé réalité, cela ne pouvait prétendre à label bio, mais être au contraire enrichi d'additifs en tout genre. Le concept est en effet séduisant. (Pendant deux semaines, deux mères de famille très différentes sont échangées, chacune devant prendre la place de l'autre - sauf dans le lit du mari. La première semaine, la nouvelle mère doit s'adapter sans mot dire et la deuxième semaine, elle doit imposer ses règles, notamment par rapport aux enfants.)

Une fois de plus, Arrêt sur images de Daniel Schneidermann aura mis à jour un cynisme télévisuel ordinaire. D'une part, les personnages sont reconstitués. Comme le jambon "modèle" ou les rondelles d'oeuf sur les canapés. On a par exemple décidé de construire une opposition mère économe - mère dépensière, ce qui fait qu'on monte en épingle une petite et unique déclaration, au besoin suscitée artificiellement, et qu'on garde les séquences qui vont dans ce sens. D'autre part, la plupart des scènes sont jouées, ce qui nécessite plusieurs prises. Un réveil qui dans la réalité a eu lieu entre 6 et 7 heures est filmé bien après quand l'équipe de tournage arrive dans la matinée. Des situations de conflits sont provoquées. Par exemple, les aléas de la production ont empêché un papa substitué (car, à une reprise, ce sont les pères qui ont été échangés) de préparer le repas, ce qui a permis de filmer quelques remontrances et de renforcer l'idée (construite pour les besoins du scénario) qu'il était un macho paresseux. Comme il était Corse, il avait suffi qu'il s'allonge quelques minutes sur le canapé (en attendant qu'on remédie à un problème technique) pour qu'au montage - c'est-à-dire dans le récit et le commentaire - cela devienne un sieste de plusieurs heures.

Ce qui m'exaspère, c'est ce mépris de la réalité, du public - et des candidats. Surtout, bien sûr, que je me suis fait en partie avoir. En partie parce que je me disais bien qu'il était peu vraisemblable pour bien des séquences d'avoir été prises sur le vif. C'est l'aspect à la limite diffamatoire pour les candidats qui est révoltant. D'autant plus qu'ils ont eux aussi témoigné avoir été abusés jusqu'à la dernière minute sur la nature de l'émission...

Toutefois l'émission serait mensongère à un autre niveau, puisqu'elle serait construite sur des différences autres que celles qu'elle proclame. En effet, un des participants d'Arrêt sur images a utilisé un concept qui pourrait sembler d'un autre âge. Il a parlé de lutte des classes. Pour dire que ce qui opposait les familles de On a échangé nos mamans, ce n'était pas les caractères, les tempéraments ou les conceptions de la vie, mais le revenu, qui détermine l'aménagement intérieur et le style de vie. Ce qui fait que le téléspectateur serait invité à occuper, sur le mode voyeur, la position d'un bourgeois snob qui s'épouvante avec délectation à propos du mauvais goût du bas peuple. Je ne sais pas si le concept de lutte des classes s'applique au jugement allant dans l'autre sens, à savoir celui des classes populaires stigmatisant le snobisme bourgeois. En tout cas, une des anciennes candidates a raconté comme on l'a incitée à marquer ses exclamations au moment où elle découvrait son nouvel intérieur, et elle estimait que cela la faisait injustement passer pour méprisante et hautaine. Je ne crois pas être foncièrement marxiste, mais je dois reconnaître qu'il y a des cas où le recours aux gros grands mots n'est pas totalement dénué de pertinence.

Démocratisation en Egypte?

Je suis peut-être plus réservé que certains de mes camarades blogueurs à l'égard de l'annonce, par le président Moubarak, que l'élection présidentielle se déroulerait désormais sous la forme... d'une élection, opposant plusieurs candidats, et non d'un référendum sur un candidat unique. Bien sûr, d'un côté, cela peut être le début d'un processus à la géorgienne ou à l'ukrainienne. La différence, c'est que le potentiel Iouvtchenko égyptien, Ayman Nour, a été embastillé le 29 janvier et que l'on peut légitimement être inquiet sur son sort. Il avait fondé fin 2004 un parti d'opposition réformiste, Al-Ghad, après en avoir formellement reçu l'autorisation officielle dans ce qui avait déjà été interprété comme un signe positif pour la démocratisation de l'Egypte... Brownie en avait parlé sur Harry's Place. Les médias anglo-saxons suivent l'affaire, les Etats-Unis ont protesté et Condi a annulé une prochaine visite en Egypte, mais je n'ai rien trouvé à ce propos sur Le Monde ou Le Temps...

Le toujours passionnant de bout en bout FTmagazine, hebdomadaire qui accompagne l'édition du week-end du Financial Times, avait publié le 12 février un long reportage de Mark Leonard à ce propos: Tangerine Dream.

COMPLEMENT DU 28.02 A 23H30: Dans une brève titrée "Mme Rice reporte une visite en Egypte" qui n'est apparemment pas en ligne, Le Monde de dimanche-lundi mentionne l'emprisonnement d'Ayman Nour, tout en la faisant curieusement remonter au "début de semaine".

samedi 26 février 2005

Gauche fanatique

Jeff Jarvis, un Démocrate qui a voté Kerry, adversaire des baisses d'impôts de Bush, partisan du mariage gay, n'est pas disposé à se laisser excommunier par les blogueurs qui le décrivent comme conservateur ou de droite uniquement parce qu'il était partisan de l'intervention internationale en Irak et que, plus généralement, il croit judicieux de soutenir les militants démocratiques dans les dictatures. Il le dit avec passion et conclut:

I'm no right-winger. But I'm not their kind of left-winger.

J'ai déjà brièvement fait allusion, à la fin de ce billet, à l'affaire soulevée par des blogueurs de gauche qui a contraint à la démission d'un journaliste accrédité à la Maison Blanche en révélant ses liens avec un site de prostitution homosexuelle. Andrew Sullivan:

The real scandal is the blatant use of homophobic rhetoric by the self-appointed Savonarolas of homo-left-wingery. It's an Animal Farm moment: the difference between a fanatic on the gay left and a fanatic on the religious right is harder and harder to discern.

vendredi 25 février 2005

Autre feuilleton, moins anecdotique

L'amorce de ses cinq derniers billets, automatiquement actualisée, figure dans la colonne de droite. Mais cela ne me dispense peut-être pas de recommander aux lecteurs qui ne les auraient pas remarqués la chronique que tient Ludovic Monnerat depuis l'Indonésie, où il participe au déploiement de l'armée suisse au service du Haut Commissariat aux Réfugiés dans le cadre de la solidarité avec les victimes du tsunami. Le premier épisode est ici.

Suspense de campagne

Le Royaume Uni est entré en campagne électorale pour le renouvellement du parlement et du gouvernement: la date n'en a pas encore été officiellement annoncée mais tout le monde pense qu'elle coïncidera avec mon anniversaire, le 5 mai (merci Tony!).

Je ne sais pas encore si je vais vraiment en faire une chronique sur ce blog, à l'usage des lecteurs extérieurs, ou dans la prétention d'offrir un regard suisse sur l'événement local. Mais je ne peux que m'amuser à relever ce qui figure en première page des deux quotidiens de qualité à l'alignement idéologique affirmé:

  • "Blair urged to woo angry voters as buoyant Tories close gap" (les Conservateurs rattrapent leur retard), proclame The Guardian, de gauche au point d'être soupçonné de s'apprêter à prendre position en faveur des Libéraux Démocrates plutôt que de Blair; personnellement je n'y crois pas, et ce serait davantage un signe de la dérive "bourgeois bohème" du journal qu'un présage positif pour le parti de Charles Kennedy.
  • "Blow to Conservatives as Labour increases lead" (le parti travailliste accroît son avance) annonce The Daily Telegraph qui, de manière similaire, soutient les Conservateurs mais n'hésite pas à se distancer des dirigeants du parti pour préserver la haute idée qu'il s'en fait.

Chacun des deux quotidiens mentionne courtoisement l'information donnée par l'autre...

Elections britanniques >> Billet suivant

jeudi 24 février 2005

Reconnaître que l'on s'est trompé

J'ai raté, dans la Tribune de Genève du 3 février, un article de Pierre-Yves Ghebali, professeur à l'Institut universitaire des hautes études internationales, intitulé: "Les élections irakiennes: avancée ou simulacre démocratique?" (et même mon abonnement à l'édition électronique du journal ne m'y donne pas accès sans un paiement supplémentaire). Si j'avais un doute sur la réponse de l'auteur, il est levé par cette citation reprise aujourd'hui dans une lettre de lecteur:

Si une élection de ce type avait eu lieu dans un pays africain, le monde occidental n'aurait-il pas crié haut et fort au scandale?

J'avais été, un peu au pied levé, opposé à Ghebali dans un débat contradictoire mené par deux journalistes de la Julie pour l'édifîcation des lecteurs, peu avant le déclenchement de l'intervention. Entre narcissisme et sens du devoir politique, j'y étais allé tout en craignant un peu un jeu inégal face au spécialiste, mais en définitive je n'avais pas été mécontent du résultat. C'était un débat très urbain, avec aussi des zones de convergence et, si je ne l'avais pas convaincu, lui non plus, et j'étais loin de m'être ridiculisé. Pour le reste, l'histoire jugerait!

Ce n'est évidemment pas facile d'avoir eu tort, et encore davantage dans le débat public. Le réflexe le plus commun est certainement de s'enferrer dans l'erreur, d'en rajouter, plutôt que de se taire voire de reconnaître, de plus ou moins bonne grâce et plus ou moins rapidement, que l'on s'est trompé (ce qui n'est évidemment pas la même chose que de se trouver, politiquement, dans le camp des vaincus sur un combat honorable). Une autre illustration d'actualité est donnée par Dieudonné, qui fut un humoriste coupable, ou victime si l'on pouvait encore éventuellement lui laisser le bénéfice du doute, d'un dérapage antisémite. Après quelques flottements et velléités, il a manifestement décidé de s'en faire le porte-drapeau.

Quand je me remémore notre débat, le cher professeur a vraiment eu tort sur toute la ligne: la guerre longue, la résistance acharnée, le désastre humanitaire, la guerre civile, l'inaptitude à la démocratie, le monde arabe outragé, l'effet désastreux sur le conflit israélo-palestinien... Mais déjà peu après le déclenchement de l'intervention, il publiait dans Le Temps une tribune bien plus incendiaire que ses propos face à moi, et maintenant cette autre tribune: à l'époque c'était le respect de l'ONU et du droit international qu'il défendait, maintenant il doit battre en brèche l'ONU (sans doute manipulée par l'Amérique, ou pire) pour avoir proclamé comme honnêtes ces élections!

On pense à ce qu'ont vécu les déçus du stalinisme quittant le PC, à ceux qui croyaient à la colonisation (ou à l'apartheid). McNamara a fait son autocritique sur la guerre du Vietnam -- et c'est d'autant plus méritoire qu'il était acteur, pas commentateur. Mais c'était longtemps après. Ils ne me paraissent pas avoir été nombreux, ceux qui ont reconnu le moment de rompre avec le castrisme, après avoir tout naturellement soutenu le renversement de Battista et les premiers pas du nouveau pouvoir cubain. Une autre analogie qui me vient à l'esprit est celle des esprits honorables, en Grande-Bretagne ou en France dans les années 30, qui voyaient avec bienveillance Mussolini et Hitler, entre souvenir des horreurs de la Grande Guerre et naïveté: là du moins, pour quelques-uns qui s'y sont perdus, plus nombreux sont ceux qui ont eu le courage d'en revenir.

Pas encore de tel signe sur l'Irak (sinon, de plus ou moins bon gré, chez quelques politiciens européens en veine de réalisme).

COMPLEMENT DU 25.02 A 12H30: Mais si, cela arrive (via Norman Geras). Harry Barnes, un député travailliste vétéran de Labour Against the War, vient de quitter cette organisation avec fracas et déclare:

None of us who opposed the war likes how we got here but we must face the facts if we are to provide solidarity to Iraqi democrats in their hour of utmost need. My plain message to those on the left who abuse statistics and rubbish Iraqi democracy because they cannot stand the idea that Tony Blair or George Bush get some sort of credibility from them is to get real and do so quickly.

mercredi 23 février 2005

Evocation inhabituelle des défauts européens

Surprise inouïe au 1930, le journal télévisé de la Télévision Suisse Romande (les éditions des deux derniers mois peuvent être visionnées sur le site de la TSR), qui ne devait pas savoir qui il avait invité pour un direct. Guy Sorman, intellectuel libéral et essayiste, auteur de Made in USA, y était prié de commenter la visite de Bush en Europe (car il a un pied en France et un pied au Etats-Unis). Or il s'est permis quelques pointes non sollicitées contre l'Europe. Selon ce commentateur, celle-ci n'aurait aucune vision à opposer à celle de Bush, qui parle de liberté et de démocratie. Aucune alternative, si ce n'est le pessimisme et une option préférentielle pour le statu quo (dans le monde en général et dans le Moyen-Orient en particulier). Et pour une fois, il a aussi été douloureusement question de savoir comment Chirac et consorts s'y prenaient pour reconnaître sans le dire la victoire de Bush et la défaite du camp opposé à l'intervention en Irak. Court moment de lucidité rare à savourer en conséquence.

Alain Campiotti avale son chapeau

Rapidement, car il se fait tard: Le Temps publie un dossier copieux sur les blogs, à la suite de l'affaire Eason Jordan. Le thème de cette liberté si sulfureuse et dont il faut se méfier est évoqué, évidemment (ce qui est assez paradoxal dans un numéro qui par ailleurs reproche à Jean Paul II de préférer la loi naturelle à la démocratie). Mais on y trouve néanmoins pas mal de choses. C'est en particulier l'occasion pour le très militant correspondant du Temps aux Etats-Unis, Alain Campiotti, d'informer enfin ses lecteurs du fait que les documents sur lesquels se fondait l'émission de CBS présentée par Dan Rather pour attaquer Bush avant l'élection présidentielle étaient bien des faux...

Comme on peut le voir (seulement aujourd'hui) dans la colonne de gauche, ce dossier figure sur le fil RSS mis à disposition par Le Temps -- mais, vicieusement, à titre d'appât, en vue de s'abonner ou acheter (seulement depuis la Suisse) un accès en ligne payant à 3 CHF! Sur le site du journal, il est réservé aux abonnés. Toutefois (selon une logique qui m'a toujours échappé), la liste des articles mis gratuitement à disposition des utilisateurs d'organiseurs (PDA's) est différente, et ce dossier y figure. Il est donc bien, en définitive, accessible en ligne gratuitement, au moins pour quelques heures...

mardi 22 février 2005

Des nouvelles du front de libération des livres

Il y a deux semaines, j'ai raconté que j'avais libéré un livre (en fait trois) en m'engageant à donner des nouvelles, le cas échéant. Or, il y a quelques jours, Bookcrossing.com m'avertissait que l'un des trois livres que j'avais relâchés dans la nature avait fait l'objet d'une nouvelle entrée. Pour être précis, il s'agissait de La musique du hasard de Paul Auster, dont le correspondant anonyme disait Je ne l'ai pas encore lu, mais je l'ai trouvé sur un banc de la gare de Cornavin (très précisément, il s'agissait d'un banc de la voie 4, côté Bellegarde) le mardi 8 février. Des nouvelles dans quelques temps...

Pour ma part, je suis tout attendri par cette première découverte d'un passant devenu complice et je me réjouis d'avoir des nouvelles, en espérant que le découvreur du livre aura autant de plaisir que moi à le lire.

lundi 21 février 2005

Fiançailles

De part et d'autre du bureau où nous sommes chacun à notre clavier, l'un Suisse, l'autre Britannique, nous attendons de pied ferme le Civil Partnership au Royaume Uni (adopté par le Parlement en novembre dernier) et, après son approbation par le peuple le 5 juin, le partenariat enregistré en Suisse. Comme la loi britannique a des chances d'entrer en vigueur la première, déjà cet automne, et surtout que la loi suisse me paraît mieux régler la reconnaissance d'un partenariat enregistré à l'étranger, c'est certainement à Londres que cela se passera -- nous esquissons déjà les (modestes) préparatifs.

Certains nous ont pourtant devancés: ils ont eu l'esprit de publier dans le Times de samedi un avis de fiançailles! Je l'apprends par Andrew Sullivan, qui, du coup, s'attendrit et en oublie sa guerre sainte contre le partenariat qui n'est pas un vrai mariage...

dimanche 20 février 2005

Glâné pour vous

Ce week-end a surtout été consacré à jouer avec un plugin (greffon) pour DotClear qui permet d'enrichir ce blog des dernières publications, en temps réel, de quelques médias (en bas de la colonne de gauche) et d'autres blogs (colonne de droite). Ce n'est pas encore tout à fait ça, remarques et suggestions bienvenues dans les commentaires (une question que je me pose: cela ralentit-il beaucoup le chargement de la page?).

J'ai quand même relevé ceci:

  • Football, intégration des étrangers et Europe: une réflexion subtile de Harry.
  • Arthur Chrenkoff: en politique, la haine est mauvaise conseillère.

samedi 19 février 2005

De l'assassinat de Theo van Gogh aux paradoxes des Pays-Bas et d'ailleurs

Il semblerait que l'assassinat de Theo van Gogh ne soit pas le fait d'un individu fanatique isolé, mais s'inscrive dans la stratégie d'un groupe djihadiste inspiré par al-Qaïda qui vise également des politiciens néerlandais critiques à l'égard de l'Islam et des Musulmans. Telles sont les conclusions d'une enquête menée par le service des Renseignements norvégiens, évoquée par TigerHawk (via Instapundit).

Sur l'affaire Theo van Gogh, la compilation des billets du Néerlandais Pieter Dorsman de Peaktalk est des plus intéressante, pour son analyse des paradoxes qui frappent la société néerlandaise en matière d'ouverture et de tolérance. (Le classique problème de tolérer les intolérants.) Dans un récent billet, il déplore l'absence de la combinaison d'une approche dure envers les groupes islamistes radicaux de la marge et de la recherche de s'allier la majorité silencieuse et modérée des Musulmans.

As I said it is from one extreme to the other and the emergence of such luminaries as Geert Wilders - the politician claiming that Islam is incompatible with democracy - falls right into this unfortunate pattern. What truly is lacking is an understanding how a tough approach of the various radical Islamist fringe groups can be combined with co-opting the silent moderate Muslim majority in Holland. No one to date has been able to compellingly integrate these two necessary steps while at the same time addressing the need for the Dutch to replenish the demographic shortfalls they are facing with strict but workable immigration policies.

Des considérations qui ne doivent pas s'appliquer aux seuls Pays-Bas, même s'ils représentent apparemment un cas assez particulier.

Autre cas particulier, celui dénoncé par Rod Liddle dans The Spectator (accès à l'article gratuit mais il faut s'être préalablement enregistré, une fois pour toutes): un calcul électoral amènerait le Labour à lâcher les Juifs (qui ne votent pas en bloc et sont trop intégrés dans la société) au profit des Musulmans (plus nombreux et votant en bloc). Tout ce que j'espère, c'est que cette analyse relève de la paranoïa et de la mauvaise foi partisane - et mon fellow blogger va sûrement me rassurer.

COMPLEMENT DE FRANCOIS BRUTSCH A 19H: Seulement en partie! Certes, Rod Liddle (découvreur de Gilligan) n'est pas l'incarnation de la pondération subtile. Qu'il prétende illustrer une politique du parti par la sortie délirante d'un Livingstone, franc-tireur coutumier du fait, en est un signe. Je vois plutôt des dérapages individuels, notamment malencontreusement inspirés par le souci bien naturel de récupérer l'électorat musulman, mais nullement une politique délibérée ni un lâchage de l'électorat juif: si l'antisémitisme de gauche est bien réel, c'est chez les amis de Livingstone et autres adversaires trotskystes de l'intervention en Irak. Une petite anecdote complémentaire: à la faveur de la nouvelle loi sur l'accès aux informations, l'agenda de l'envoyé spécial de Tony Blair pour le conflit israélo-arabe a été rendu public et témoigne d'un activisme qui n'avait pas été soupçonné (plus de 75 voyages depuis 1999, 11 rencontres avec Arafat -- encore en 2003 -- et il connaît Mahmoud Abbas depuis des années); son nom: Lord Levy.

vendredi 18 février 2005

Elections portuguaises

Il y a 3 jours, Romain Blachier se plaignait, sur Socdem, de l'indifférence des médias à l'égard des élections parlementaires de dimanche au Portugal -- et il entreprenait largement de combler notre curiosité. Aujourd'hui, Le Monde s'y met quand même. Et publie également une interview du leader socialiste et probable futur premier ministre, José Socrates (qui a un blog). Il déclare notamment: "Notre parti s'identifie à la social-démocratie européenne". Et ceci:

Sur l'Irak, notre politique suivra celle de l'UE, mais nous ne nous retirerons pas d'Irak comme l'ont fait les Espagnols. Un pays, à mon sens, doit assumer ses compromis et ses engagements internationaux. On les tiendra, même si cela ne nous plaît pas, tout en étant conscients que le seul instrument dont disposent les petits pays pour empêcher les abus des grands, c'est la défense du droit international.

jeudi 17 février 2005

Google et les francophones

Dans la série des billets auxquels vous aviez échappé sur ce blog: Philippe Barraud a une version passable de ce que m'avait inspiré (mais c'était resté velléitaire) la tribune frileuse -- et sidérante d'étatisme -- du président de la Bibliothèque Nationale de France, Jean-Noël Jeanneney, sur la numérisation des trésors de la bibliographie mondiale par Google.

La différence avec un vrai blog, c'est que sur Commentaires.com vous n'avez pas de lien vers l'article de Jeanneney dans Le Monde (ni même, à vrai dire, de référence correcte), ni vers cette autre tribune sur le sujet de Lucien X. Polastron... Voir aussi ce blog.

Jerry Brown, le retour

Je l'aurais cru mort si je m'étais posé la question, mais non: le très décalé gouverneur de Californie de 1974 à 1982 -- séminariste catholique zen et écolo, représentant d'une de ces grandes dynasties démocrates au même titre que les Kennedy dans le Massachusetts ou les Daley à Chicago -- bouge encore (il n'a que 67 ans)... et désormais il blogue (via Instapundit)! S'il n'a pas réussi son élection au Sénat (1982) ni à la présidence (primaires de 1992, contre Clinton), il a quand même travaillé avec Mère Teresa et été copain avec Ivan Illich. Improbable et apparemment toujours impressionnant maire d'Oakland (= ni San Francisco, ni Berkeley) depuis 1998, il est désormais candidat au poste d'Attorney General de Californie en 2006.

Les journalistes, cibles ou "victimes accidentelles" des blogs?

L'affaire Eason Jordan, ce directeur de l'information de CNN démissionné samedi dernier, est davantage développée en Suisse qu'ailleurs en Europe. D'une part, la polémique est née de ses propos tenus au World Economic Forum de Davos; d'autre part surtout, l'un des témoins est le responsable du site tsr.ch, Bernard Rappaz, qui les rapportait en des termes dépouvus d'ambiguïté sur son blog le lendemain même, le 28 janvier:

La surprise est venue du patron de CNN. Eason Jordan qui a rappelé que sur les 45 journalistes tués en Irak depuis le début des combats, 12 ont été abattu par les troupes américaines. Et d'ajouter: "Aucune enquête n'a été ouverte par le Pentagon sur ces bavures. En Irak les journalistes sont désormais des cibles à abattre par la guérilla et... par les forces d'occupation." Etonnante déclaration.

Même si cela fait un peu narcissique, il est donc naturel que la Télévision romande ait présenté la chose en détail sur son site, avec liens vidéos vers l'info et le commentaire, au Téléjournal du 12 février, de Bernard Rappaz évidemment (également interviewé dans Le Temps du 16 février, mais l'article est payant) qui souligne le rôle grandissant joué par les blogs.

Ce qui est malheureux (ou hélas significatif), c'est que l'interprétation choisie est celle du corporatisme complice: un journaliste et une grande chaîne d'information ("jugée par beaucoup, par la droite américaine, comme de gauche", dit Rappaz au TJ), est victime de l'acharnement d'une meute de blogueurs (conservateurs évidemment, fans de l'affreux Fox News). Et l'image donnée des blogs est plutôt sinistre (dans Le Temps):

Le revers de la médaille apparaît dans cette affaire qui montre comment certains milieux peuvent mener, par blogs interposés, une campagne de lynchage médiatique et instrumentaliser les faits selon leurs propres intérêts.

Comme l'avait déjà relevé Ludovic Monnerat samedi dernier, à la suite d'un billet de Bernard Rappaz du 10 février (qui est encore revenu sur le sujet le 13 février), le fabuliste se trompe de morale.

Passons sur l'évocation gratuite d'un complot; mais il faut tout de même signaler qu'il est profondément réducteur, surtout de la part d'un journaliste d'une télévision publique, de ramener l'affrontement à un axe droite-gauche, pro ou anti Bush. L'un des principaux ténors de l'affaire est Jeff Jarvis, qui est un Démocrate de toujours et a voté Kerry -- mais c'est un professionnel des médias, et c'est à ce titre qu'il a été choqué par la légèreté avec laquelle Jordan a proféré son accusation, pour ensuite refuser soit de la démentir (et ce serait facile si c'était possible, puisqu'il existe une transcription, et certainement une vidéo, de la scène, qui sont gardées secrètes), soit de l'étayer ou de la qualifier voire de s'excuser. Ce qui a causé sa perte (plus encore que pour Dan Rather précédemment, dont même une rapide prise en compte de la critique n'aurait probablement pas suffit à préserver la réputation, tant l'émission à laquelle il s'était prêtée était entachée de fautes professionnelles par aveuglement partisan), c'est son arrogance face aux questions soulevées par les blogs: ils ont demandé (pas instrumentalisé) les faits, et pas sa démission. Celle-ci a été rendue inéluctable par le caractère tardif et peu convaincant de ses dénégations: avec son comportement à Davos, elles confirmaient au fond le caractère peu scrupuleux du personnage (qui, comme tsr.ch le rappelle rapidement, trouvait normal de taire ce qu'il savait des horreurs de Saddam pour que CNN puisse continuer d'émettre de Bagdad seulement ce qui plaisait, ou ne déplaisait pas trop, au régime).

C'est un fait que les médias traditionnels n'ont plus le monopole ni de l'information ni de l'interprétation à en donner. D'une part, ce monopole était déjà relativisé par l'éclatement des moyens et le pluralisme grandissant au sein des médias grand public eux-mêmes. D'autre part les blogs constituent, eux, un complément extrêmement utile en offrant aux journalistes une caisse de résonnance instantanée, mais aussi un miroir sans complaisance devant lesquels ils se trouvent comptables. Ce dont ils ont horreur, pour reprendre le paradigme de la profession, c'est d'être désormais, potentiellement, Nixon face à Woodward et Bernstein (avec, plus souvent qu'on s'y serait attendu, les mêmes réflexes: le silence hautain, le refus de rendre public l'enregistrement...). Il est faux de croire que les blogs peuvent créer une polémique à partir de rien; bien au contraire, le caractère atomisé, étayé (par des liens) et instantané de ce nouveau média conduit à l'auto-correction: pour une fois on ne peut pas dire que la fausse monnaie chasse la bonne.

Rappaz a par ailleurs perdu une occasion de se donner le beau rôle (sur son blog ou dans Le Temps) en épinglant au moins la gauche en même temps que la droite: une autre polémique qui a entraîné une démission a été portée par le plus gros blog américain, de gauche, The Daily Kos, qui est parvenu à compromettre définitivement un journaliste accrédité à la Maison Blanche, Jeff Gannon, ouvertement complaisant à l'égard du pouvoir -- en révélant qu'il a participé sous un autre nom à la mise en place d'un site de prostitution gay. Voir Jeff Jarvis, notamment ici, pour en savoir plus.

COMPLEMENT DU 18.02 A 17H: Bernard Rappaz persiste et signe (mais sans rien ajouter de nouveau) et le correspondant de Washington, dans Le Monde d'aujourd'hui, est carrément caricatural.

Kamm, Chomsky et Havel

Une fois de plus, Oliver Kamm démonte froidement et minutieusement les mensonges de Noam Chomsky. Cette fois, il s'agit de l'allégation selon laquelle l'antisémitisme n'est pas un problème aux Etats-Unis, mais est mis en avant par les Juifs eux-mêmes, alors qu'ils font déjà partie des gens les plus privilégiés et les plus influents, et ce pour avoir un contrôle total des Etats-Unis, ou plutôt pour masquer le fait qu'ils aspirent au contrôle total. C'est un très long billet, car Chomsky ayant la réputation (usurpée) de citer correctement ses sources, Kamm ne fait pas les choses à moitié.

Au passage, on apprend que dans son livre Deterring Democracy paru en 1991, Chomsky a tourné en dérision un discours que Vaclav Havel a tenu au Congrès américain. Or, comme le dit très bien Kamm, "à la différence de Chomsky, Havel est un vrai dissident, opposé à un pouvoir arbitraire, qui sait ce que c'est que de vivre sous le totalitarisme".

mercredi 16 février 2005

Un "mug" pour la démocratie

Tout activiste digne de ce nom a été confronté aux joies du merchandising politique -- au minimum un layout attractif pour des tracts ou des formules de récolte de signatures, mais aussi des autocollants et des gadgets en tous genres: badges, T-shirts, CD... Il y a des officines qui se chargent de cela, et ce n'est pas bon marché.

Mug For Democracy Par le net, c'est incomparablement plus simple et plus rapide, et il n'y a aucun investissement à consentir: c'est ce que je découvre en explorant plus à fond le site CafePress.com. Pour donner un exemple: le 30 janvier, l'image du jour est incontestablement le doigt trempé dans l'encre des électeurs irakiens. Le 5 février, depuis Sidney, Hak Mao met en ligne mugs, badges et aimants commémoratifs (2USD par tasse est partagé entre l'IFTU, l'Union syndicale irakienne, et le Iraqi Pro-Democracy Party de Iraq The Model -- ils n'ont pas obtenu de siège, soit dit en passant). Et aujourd'hui, à Manchester, Norman Geras boit du thé vert dans celle qu'il a reçue hier!

PS: Si quelqu'un connaît un service équivalent en Europe (de manière à minimiser les frais postaux), merci de l'indiquer dans les commentaires!

mardi 15 février 2005

Ron et...

le douanier suisse (qu'il appelle curieusement un garde-barrière, pour moi c'est réservé aux passages à niveau). Mais ce n'est que l'une des anecdotes plus étonnantes les unes que les autres à lire sur son blog.

lundi 14 février 2005

Bonnes nouvelles d'Irak (21)

Avec sa ponctualité coutumière, Arthur Chrenkoff met en ligne sa revue quinzomadaire de la situation en Irak, en commençant par les élections du 30 janvier, dont les résultats vienent d'être publiés, qu'il met en perpective au-delà du "la liste chiite est majoritaire" répétée en boucle par les médias. Trois groupes principaux, 12 partis représentés à l'assemblée et une bonne volonté générale pour travailler ensemble et tendre la main aux partis sunnites qui ont préféré boycotter la voie démocratique: un nouveau démenti aux oiseaux de mauvais augure.

Mais lisez aussi ces informations que vous ne trouverez guère ailleurs sur les progrès de l'économie, la (re)construction des infrastructures ou les développements dans le domaine de la santé, de l'éducation, de la sécurité...

COMPLEMENT DU 15.02 A 18H14: A propos des résultats des élections (sur lesquels les analyses du Monde ou du Temps laissent pour le moins à désirer), voir en particulier ici (via Instapundit) et ici (via Ludovic Monnerat): saviez-vous qu'une cinquantaine de sunnites ont été élus à l'Assemblée constituante?

dimanche 13 février 2005

Génie baudelairien

Jim Carey Aller voir Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire s'est avéré une heureuse aventure. Parce que cela fait toujours du bien de voir un film qui ne ressemble à rien de ce qu'on connaît, et que l'inventivité et la créativité sont toujours réjouissantes. Jim Carey, méconnaissable, en fait des tonnes - pour une fois à bon escient. L'interminable générique final est une oeuvre en soi, et même un petit chef-d'oeuvre, tant du point de vue visuel que musical.

Les abus sexuels de l'ONU au Congo

Les médias francophones vont probablement en dire un peu plus sur le scandale des abus sexuels à large échelle commis par les troupes mandatées par l'ONU au Congo, maintenant qu'un Français apparaît comme l'un des principaux protagonistes. A noter que les faits continuent d'être présentés non pas tant pour eux-mêmes que pour leur inopportunité du point de vue de l'image de l'organisation... De la même manière, Kofi Annan ne sort pas grandi de la constatation que c'est à la veille d'une émission sur la télévision américaine ABC que, comme de juste, des mesures restrictives ont commencé d'être prises.

Il n'est à cet égard pas à l'honneur de la presse française, alors que l'affaire est instruite en France depuis novembre 2004 et que l'on connaît les bons rapports existants entre journalistes et juges d'instruction, que ce soit par une correspondance de New York que l'affaire est divulguée.

samedi 12 février 2005

Billard a trois bandes: Radek Sikorski

D'Australie, Arthur Chrenkoff nous donne accès aux réflexions d'un Polonais, actuellement directeur de la New Atlantic Initiative au American Enterprise Institute à Washington -- après avoir été correspondant de guerre en Afghanistan (au temps de l'occupation soviétique) puis ministre dans les premiers gouvernements post-communistes en Pologne.

C'est une traduction du polonais augmentée de réponses à des questions de Chrenkoff.

Le champ couvert va de l'Afghanistan à l'Ukraine en passant par l'intégration des pays de l'est à l'alliance atlantique et à l'Union européenne et par le soutien a la démocratisation du monde arabe. Vaut la lecture!

vendredi 11 février 2005

Pape impudique

Ce n'est pas la première fois que Sylvie Arsever du Temps évoque ce thème, mais je jubile à tous les coups. Il s'agit du pape qu'il serait devenu indécent de montrer, d'exhiber même. Or, à lire sa chronique, c'est la question inverse qui se pose: s'il n'y avait pas le pape, verrait-on encore des images appuyées de personnes affligées par les infirmités du grand âge?

Avocats-combattants

Plus encore que les journalistes, les avocats exercent une profession délicate: tout le système (et notamment les privilèges dont ils disposent) repose sur la confiance que l'on peut en avoir en leur indépendance, en leur éthique. Et de même que les journalistes-combattants mettent en danger la liberté d'informer elle-même, les avocats-combattants qui épousent la cause de leurs clients au point de s'en faire les complices trahissent bien davantage que leur seul serment: à New York, une vétérane de la "défense de rupture" vient d'être reconnue coupable par un jury (qui a délibéré pendant 3 semaines!) de toutes les infractions qui lui étaient reprochées (via Instapundit); la peine sera prononcée le 12 juillet. L'Irlande du Nord a également connu de ces cas où l'avocat était véritablement le lien entre l'organisation terroriste et les détenus. Si l'on veut bien admettre que l'angélisme ne suffit pas, il est inévitable que l'on cherche à instaurer des mesures qui, naturellement, seront invoquées par ceux-là même qui cherchent à détruire les droits de l'homme et l'Etat démocratique comme des atteintes à ceux-ci (et les bonnes âmes ne manqueront pas de les croire): cercle vicieux.

La procédure mise sur pied pour tenter de juger sur place les détenus de Guantanamo (avec des avocats militaires), ou celle mise en place en Grande-Bretagne pour les suspects de terrorisme mis en détention, avec des avocats désignés qui ont accès au dossier mais pas à leur client, sont des tentatives de répondre à cette problématique (de bonne foi, elles n'ont rien à voir avec des parodies de procès comme on tente évidemment de le faire croire), mais ne convainquent pas vraiment. Il faut en quelque sorte imaginer un système dans lequel l'avocat ait la confiance des deux parties, donc de l'accusation également.

Bien sûr Saddam Hussein lui-même doit pouvoir être défendu, mais faut-il que ce soit par Jacques Vergès? Lorsque des terroristes évoquent rituellement (conformément à la formation qu'ils ont reçues!) les tortures qu'ils auraient soit-disant subies, leur avocat peut-il s'en distancer, doit-il répercuter l'accusation compte tenu de la possibilité qu'elle soit fondée (et il y a inévitablement des cas où elle le sera), doit-il surenchérir pour faire diversion par rapport aux actes dont son client est accusé? Dans le même ordre d'idée, que penser des avocats des militaires américains poursuivis à Abou Ghraib ou ailleurs qui tentent de rejeter la resposabilités des actes commis par leurs clients sur Rumsfeld ou d'autres?

Il faut s'en doute s'y résigner, aussi choquant pour le sens commun cela soit-il, ne serait-ce que pour tracer une ligne ferme: ce qu'il s'agit d'empêcher, en prenant les mesures nécessaires pour cela, c'est (seulement) la commission d'infractions par les avocats.

COMPLEMENT DU 12.02 A 16H15: Voir aussi ce qu'en dit David T sur Harry's Place.

Professionnalisme

Seuls les naïfs peuvent s'indigner, voire s'inquiéter, que l'armée américaine tienne constamment à jour sa stratégie en cas de conflit ouvert avec l'Iran. De la même manière, les grands médias préparent à l'avance et actualisent régulièrement nécrologies et rétrospectives: celles de Jean-Paul II et de son pontificat sont certainement prêtes; Jeff Jarvis a raconté sur son blog qu'en 1981, son rôle dans la couverture du mariage de Charles et Diana pour le magazine People avait consisté à préparer des nécrologies, pour le cas où!

Il n'est donc pas étonnant que la presse britannique démarre au quart de tour sur l'annonce hier matin du prochain mariage de Charles et Camilla. Comme déjà l'autre jour pour le supplément célébrant le record d'Ellen MacArthur (mais là c'étaient des sponsors officiels) cela ne touche évidemment pas que la partie rédactionnelle: celui que publie aujourd'hui le Daily Telegraph, Their 30-Year Love Affair (pas en ligne), comprend des annonces ciblées:

  • en première page, un joaillier propose son Guide d'achat de la bague de fiançailles;
  • en page intérieure, un loueur de tenues de soirées habille le marié gratuitement à partir de 4 réservations;
  • et toute la dernière page est prise par Expedia afin de s'assurer au préalable que l'hôtel est proche du château de Windsor...

jeudi 10 février 2005

68 enterré ou réincarné?

Un ami me reproche (gentiment) de ne rien écrire sur Condoleezza Rice. Mais qu'ajouter (puisque les métaphores de patinage artistique sont de rigueur avec elle) à un sans faute? Son voyage au Proche-Orient et en Europe a été impressionnant de précision et de clarté, que ce soit vis-à-vis d'Israël, de l'Autorité palestinienne, de l'Iran, de la Françallemagne, de l'Union européenne ou de l'ONU, et il semble qu'elle va continuer sur cette lancée: le temps ou Colin Powell, peu sûr de ses arrières, n'osait guère quitter Washington est révolu.

Outre la conception idéologique, Condi a sur son prédécesseur l'avantage de ne pas être un ex-militaire dirigeant des diplomates, mais quelqu'un du sérail, venue de la recherche académique. Cette légitimité indiscutable lui sera indispensable pour opérer une transformation des mentalités bien nécessaire: au département d'Etat (comme sans doute tous les ministères des affaires étrangères, à voir la France, la Grande-Bretagne ou la Suisse) prédominent les dinosaures dont le "réalisme" le dispute au cynisme et n'a pas grand chose à voir avec la hauteur de vues de Bush et Rice.

Nombreux sont ceux qui voient dans la période actuelle l'enterrement définitif des illusions laissées par Mai 68. Pour m'en sentir un peu un héritier, j'aimerais proposer une autre thèse: si c'est vrai pour tous ceux qui ont mal assimilé ces idéaux (tel François Gross qui illustrait le propos de Ludovic Monnerat: "A toute une génération dont la conception du monde est aujourd'hui périmée, je crains que seule la tombe n'apporte enfin un peu de paix"), je suis tenté de voir une sorte de réincarnation à un stade supérieur de l'esprit de Mai dans cette lutte contre le fondamentalisme, pour la libération des peuples et pour la liberté des individus (le compte personnel de retraite...). Bush c'est Cohn-Bendit, "Soyons réalistes, demandons l'impossible!", et Condi c'est Angela Davis! Seule Hillary Clinton, probablement, est en mesure de doubler la mise (de l'actualisation de 68) pour la gauche.

[Non, je n'ai rien fumé... et je me rends bien compte que je vais me faire taper sur les doigts par Guillaume Barry parce que j'utilise une fois de plus à la légère un concept, la réincarnation, que je ne connais pas vraiment, et par tous ceux qui vont vouloir m'objecter le fondamentalisme chrétien (mais il n'est que personnel, pas théocratique, et n'y avait-il pas aussi dans l'esprit 68 une recherche spirituelle qui a trouvé des débouchés dans le New Age?), la libération sexuelle et l'avortement (mais le respect de la vie est une composante de 68, dont a aussi découlé l'écologie, et il faut replacer les choses dans leur contexte d'hypocrisie, d'interdiction et de criminalisation qui n'a rien à voir avec aujourd'hui, où, comme le raconte Le Monde -- mais l'URL est actuellement indisponible --, l'école catholique fait la promotion du préservatif en milieu aisé, mais pas l'école publique en milieu défavorisé) ou les droits des gays (une pirouette: le mariage n'était pas vraiment branché, alors)...]

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY DU 11.02 A 10H25: Pour la réincarnation, il n'y a pas de quoi taper sur les doigts de mon co-blogueur. On peut juste préciser (très très schématiquement) que dans l'hindouisme et encore plus dans le boudhisme, la réincarnation est une malédiction, puisque le but est d'atteindre le nirwana et de ne pas se réincarner. Car du désir et de l'aspiration à exister naît la souffrance. Si on se réincarne, c'est qu'on n'a pas encore assimilé toutes les leçons, qu'on a des fautes à réparer. Je ne sais pas quelles applications on peut faire à mai 68 et à la doctrine de Bush... On peut d'ailleurs aussi régresser...

Quant à Condoleezza Rice, je l'ai vraiment regardée de près à la télévision il y a deux jours et je dois dire que j'ai été complètement bluffé et subjugué, en me disant "C'est trop beau pour être vrai. Où est la faille?" Mais la faille, n'est pas qu'elle n'avait rien vu venir des nouveaux dangers, de la nouvelle donne, et qu'elle était restée au début accrochée à une vision classique des conflits d'Etat à Etat, de guerre froide etc.? Cela n'empêche pas qu'elle incarne (!) quelque chose comme le meilleur de ce qu'une certaine Amérique peut produire - je parle bien sûr surtout de sa prestance, de son style etc. C'est passé très vite, mais il me semble qu'il y avait un mélange de sûreté de soi non arrogante (qui ne reniait donc pas sa puissance) et de respect bienveillant pour les interlocuteurs.

Enfin!

Il n'y a pas que les gays et les lesbiennes dont le droit à se voir reconnus non seulement comme individus, mais aussi dans leur couple, fait l'objet d'une longue lutte: le prince Charles et Camilla vont eux aussi pouvoir régulariser leur union! C'est pour le 8 avril. Et dire qu'il y a un peu plus d'un an on l'accusait d'être bi...

Bien sûr on ne manquera pas de nous expliquer que le timing tombe à point pour faire oublier les frasques de Harry, voire pour créer une atmosphère favorable au renouvellement du bail de Tony Blair à Downing Street. La ménagerie de luxe que constitue la famille royale, réceptacle des fantasmes tant des royalistes que des républicains, est la dernière forme moderne de l'esclavage: voir ces portraits de la reine, de Charles et de William par Johann Hari. Intellectuellement on ne peut que souhaiter son abolition; du point de vue de la sentimentalité historique, c'est autre chose...

mercredi 9 février 2005

Gays palestiniens

Via Roger L. Simon, un article circonstancié sur ce local LGBT de Jérusalem-Ouest (la World Pride s'y déroulera du 18 au 28 août 2005!) que fréquentent aussi quelques Palestiniens des territoires occupés. C'est évidemment plus dramatique que l'accueil des Valaisans (naguère, car ils ont aujourd'hui leur propre structure) au brunch dominical de Dialogai à Genève... Et le texte rend bien compte de toute la complexité des enjeux. Un Etat démocratique en Palestine devra aussi faire évoluer cet aspect de la société.

J'ai libéré un livre

Connaissez-vous le bookcrossing? Cela consiste à lâcher dans la nature un livre préalablement enregistré sur le site BookCrossing francophone, pour faire le bonheur de l'inconnu qui le trouvera. Si l'heureux découvreur joue le jeu, il annoncera sa découverte grâce au lien et au numéro qui figure dans le livre, ce qui permettra au propriétaire initial de suivre sa trace. Enfin, il y a encore la possibilité d'aller à la chasse aux livres. En effet, une fois qu'on a "oublié" le livre, on peut annoncer, toujours sur le même site, le lieu du crime. Ce qui permet aux autres adeptes résidant dans la même localité d'aller à la chasse...

Cette activité procure plusieurs types de plaisir. Il y a bien sûr la haute satisfaction morale liée à la perspective de faire découvrir un livre à un inconnu par l'entremise du hasard. Il y a aussi l'excitation de commettre une mini-transgression, comme bien des actes gratuits. Il faut veiller à ne pas se faire remarquer au moment de l'oubli du livre, sinon on risque que des braves gens viennent vous le rapporter. D'un autre côté, si on choisit un lieu trop désert, on risque que le livre ne soit pas découvert (du moins par quelqu'un qui soit intéressé à le lire). Il faut donc aussi se demander quels endroits conviennent le mieux à quels types d'ouvrage. J'en suis déjà à trois passsages à l'acte. Si j'ai des nouvelles des objets abandonnés, je ne manquerai pas de le faire savoir.

N.B. Pour les Romands, il y a aussi ce portail.

mardi 8 février 2005

Ouverture au Proche-Orient

Encore un démenti aux oiseaux de mauvais augure: même si la mort de Yasser Arafat a été le principal élément de déblocage du conflit israélo-palestinien, l'intervention internationale en Irak n'a manifestement pas eu l'effet désastreux que certains lui prêtaient. Est-ce trop demander que ceux qui se sont plaints de la soi-disant indifférence de Washington reconnaissent le rôle décisif de Bush, qui, sur ce dossier aussi, dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit en mettant des ressources importantes à disposition pour permettre à Mahmoud Abbas de construire un Etat palestinien démocratique?

Et, contrairement à l'ONU ou à l'Union européenne, les Etats-Unis ont (et prennent) les moyens de veiller à ce que l'argent ne soit pas détourné, et d'apporter un appui logistique réel et immédiat:

During a visit to Ramallah yesterday, Condoleezza Rice, the newly-appointed secretary of state, promised £20 million in immediate aid to the Palestinian Authority, appointed a US general to help Palestinians reform their security forces and invited Mr Abbas and Mr Sharon to visit the White House, probably in March or April.

COMPLEMENT DU 9.2 A 18H: Sur ce conflit comme sur les autres, si vous voulez vraiment avoir un temps d'avance dans l'analyse, lisez Ludovic Monnerat!

lundi 7 février 2005

Bonnes nouvelles d'Afghanistan (9)

On parle déjà moins de l'Irak, alors l'Afghanistan... Mais Arthur Chrenkoff veille et a mis en ligne une compilation de ces informations qui aident à mieux comprendre ce qui se passe, comment et pourquoi.

L'UE et les dissidents cubains

Guillaume Barry avait signalé une tribune de Vaclav Havel s'indignant que l'Union européenne s'apprête à renoncer à inviter des opposants cubains aux réceptions officielles dans les ambassades; il témoignait de l'importance que cette pratique avait eue pour les dissidents de l'Est.

J'avoue avoir eu de la peine à croire que la levée (sans justification convaincante) des sanctions protocolaires à l'égard de Cuba, prononcées par l'UE il n'y a pas bien longtemps en raison de ses atteintes aux droits de l'homme, puisse descendre à ce niveau de détail dans la veulerie. Eh bien j'en ai eu la confirmation, mais simultanément aussi la satisfaction d'apprendre que Havel a été entendu: grâce au gouvernement de la République tchèque qui était prêt à utiliser son droit de veto, le Conseil européen des ministres des affaires étrangères a finalement laissé chaque pays décider qui il inviterait à ses réceptions (via le Best Of The Web de James Taranto).

Ce qui dépasse l'entendement, ou témoigne du bouleversement idéologique en cours, c'est qu'une telle proposition ait pu émaner d'un gouvernement socialiste, et alors que le franquisme est encore dans la mémoire contemporaine.

dimanche 6 février 2005

Retour sur les ouvriers de la 11ème heure

Comme c'est dimanche, j'ai envie de revenir sur la fameuse parabole des ouvriers de la onzième heure, que mon coblogger a convoquée pour illustrer le rapprochement franco-américain sur l'Irak.

Choquante, "difficile à avaler" - mais c'est bien le but des paraboles. Le Maître des paraboles revendique un langage déconcertant - cela fait aussi partie de sa mission. Il s'agit de présenter des réalités morales et spirituelles nouvelles, qui sont en rupture avec les catégories religieuses humaines, trop humaines.

La parabole s'inscrit dans une réalité familière de l'époque: celle des travailleurs journaliers qui attendent chaque jour sur la place du village en espérant être embauchés pour la journée. L'attitude du patron, qui finit par donner le même salaire à tous, choque aussi bien les auditeurs de l'époque que ceux d'aujourd'hui. D'un point de vue de gauche, c'est un salaud de patron qui se comporte en maître absolu. D'un point de vue libéral, la détermination du salaire en dehors des lois du marché, de la productivité, etc. n'est pas sérieuse.

Le message central, c'est que la générosité divine est incommensurable aux calculs humains. Ceux qui ont fait le bien depuis le début n'auront pas une plus grande récompense que ceux qui sont venus sur le tard dans les vignes du Seigneur.

Et si on creuse un peu, il y a quand même une logique: ceux qui ont travaillé dès le matin ont la certitude confortable qu'ils avaient un travail avec un salaire qui leur permettaient de se nourrir pour un jour (c'est effectivement ce que représente le salaire convenu). Tandis que ceux de la 11ème heure gagnent aussi de quoi se nourrir un jour, mais ils auront dû attendre toute la journée pour avoir cette perspective réconfortante. La justice ou la générosité du maître est d'assurer à chacun un salaire permettant de vivre.

La mauvaise humeur de ceux du matin qui découvrent que ceux de la 11ème heure ont gagné la même chose ressemble à la colère aigrie du frère aîné quand on fête le retour du fils prodigue. "J'ai eu un comportement irréprochable et on n'a pas tué de veau gras pour moi." Réponse du père: "Mon enfant, tu étais toujours avec moi, tout ce qui est à moi est à toi."

Dans l'économie spirituelle selon Jésus (et Paul, et d'autres), le "salaire" et la "récompense" précèdent le travail. Goûter la générosité originelle donne envie de se mettre au travail et d'être généreux à son tour. Ou d'y revenir, si on s'est perdu.

Tout le contraire de l'attitude religieuse - en fait superstitieuse - qui dit "Je fais le bien pour en être récompensé. Je m'abstiens du mal pour ne pas être puni. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?"

Il faut bien quelques paraboles "difficiles à avaler" pour contrecarrer de tels schèmes de pensée.

samedi 5 février 2005

La France et l'intervention en Irak

Il l'avait promis -- notamment dans les échanges que nous avons eus à ce propos via les commentaires de nos blogs respectifs! --, il l'a finalement fait (quand bien même cela ne présente plus qu'un intérêt historique et, mieux encore, que la réhabilitation de Chirac aux yeux des générations futures n'est certainement pas dans ses priorités): Emmanuel de Ceteris Paribus développe en deux denses billets sa thèse qu'il n'y a pas eu duplicité française (comme je l'ai toujours soutenu sur ce blog, pour l'avoir vécu comme tel dès 2002), mais une relative disponibilité à participer à une intervention internationale en Irak. Lisez-le vous même.

vendredi 4 février 2005

Interdire des symboles?

Je n'ai pas voulu bloguer sur l'affaire de la croix gammée arborée par le prince Harry... Mais on reparle maintenant d'étendre à l'ensemble de l'UE l'interdiction des symboles nazis en vigueur en Allemagne. Or (comme d'ailleurs pour les discours racistes ou homophobes -- par opposition aux actes, évidemment) je suis très réservé à l'égard du traitement juridico-administratif du problème: je préfère mille fois une réponse politique, comportementale, psychologique. L'indignation et la réprobation sont plus efficaces et plus pédagogiques si elles restent personnelles plutôt que d'être versées en toute bonne conscience au tout-à-l'Etat.

Ces normes n'apportent rien et me paraissent surtout contreproductives. On en a un exemple dès le lancement du débat: à la judicieuse proposition de parlementaires européens de bannir également le symbole de l'oppression communiste, le commissaire européen (berlusconien!) à la justice vient expliquer benoîtement que c'est très différent: ce que l'on reprocherait au nazisme, c'est le racisme! Je rejoins tout à fait Arthur Chrenkoff là-dessus (qui avait déjà à l'époque fait remarquer qu'Harry n'aurait certainement pas provoqué un tel trouble si son brassard avait été frappé d'une faucille et d'un marteau).

jeudi 3 février 2005

Bush et la réforme des retraites

L'une des choses qui me fascinent, c'est la manière dont, dans chaque pays, les grandes institutions sociales ont été si rapidement assimilées (c'est le côté positif) qu'elles sont devenues intouchables (et ça me paraît moins positif): des vaches sacrées, vénérées toute tendances politiques confondues. C'est le cas de la Social Security, le système de pension par répartition introduit par Roosevelt et son New Deal dans les années 30 aux USA, du National Health Service, le système de santé étatisé britannique, de la Sécurité sociale française (qui combine retraite et santé) ou de l'AVS suisse introduite en 1948 (assurance vieillesse et survivants: les pensions pour retraités, veuves et orphelins). Or, pour les mettre en place, il a bien fallu secouer le système socio-économique; et il est peu vraisemblable qu'une institution soit parfaite pour l'éternité...

Comme prévu, la réforme des retraites figurait au centre du Discours sur l'état de l'Union prononcé hier par Bush: c'est la grande priorité de politique intérieure du deuxième mandat, combattue avec véhémence par les Démocrates qui n'y voient que démantèlement de l'Etat social et, semble-t-il, inquiétant bien des Républicains. On en parle depuis pas mal de temps déjà, et pourtant même un Jeff Jarvis peut écrire: "I have no idea who's right about Social Security."

C'est peut-être présomptueux de ma part, mais il me semble que comme Suisse je n'ai pas de difficulté à comprendre et me faire une opinion: c'est que le régime de retraite helvétique s'est développé dans une de ces "complications" horlogères dont nous avons le secret et qui renferme à peu près tous les outils susceptibles d'intervenir dans un débat de ce genre. Si je le résume à grands traits, il est fondé sur trois piliers (c'est l'expression consacrée):

  • Le premier pilier, c'est l'AVS à laquelle j'ai déjà fait allusion: une pension de retraite fonctionnant essentiellement par répartition du produit d'un prélèvement obligatoire affecté (appelez le cotisation ou impôt, comme cela vous chante) pour l'ensemble de la population; c'est un montant de base, qui ne constitue pas à lui tout seul un revenu décent. Il existe la même chose en Grande-Bretagne.
  • Le deuxième pilier, c'est la caisse de retraite professionnelle: un autre prélèvement, lui aussi obligatoire, sur le revenu du travail est capitalisé de manière à financer, le moment venu, une pension viagère. C'est donc un système d'épargne forcée, ou un salaire différé.
  • Le troisième pilier, ce sont des formes d'économies personnelles qui ne sont pas obligatoires mais sont encouragées par des déductions fiscales: compte d'épargne ou fonds d'investissement bloqué jusqu'à l'âge de la retraite et soumis à des contrôles stricts, police d'assurance-vie.

La Social Security américaine, c'est le premier pilier. Et il paraît évident qu'un système fondé exclusivement sur la répartition est appelé à se casser la figure lorsque l'allongement de la durée de vie fait que le rapport entre payeurs et bénéficiaires se déteriore; ou, plus précisément, il exige pour être maintenu une augmentation considérable de la ponction sur la génération active au profit de la génération précédente. D'énomes masses d'argent sont alors déplacées directement d'une poche dans l'autre en vue d'être principalement consommées, là où une part de capitalisation permet à l'argent de contribuer plus intelligemment à soutenir l'activité économique.

En Suisse, le débat que Bush lance maintenant a été tranché dans les années 60-70: c'est alors qu'a été gravé dans le marbre de la Constitution fédérale le régime des trois piliers, et en particulier le deuxième pilier obligatoire qui voit une pension par capitalisation s'additionner à une pension par répartition. Cela s'appelle ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. A l'époque seule l'extrême gauche défendait un système de répartition unique, les socialistes et syndicalistes étant eux de fervents partisans des caisses professionnelles: les travailleurs allaient pouvoir collectivement, par leurs investissements, quasiment s'approprier les instruments de production...

Et ce que Bush propose est une sorte de mixte entre le deuxième et le troisième pilier suisse: de manière progressive (pour les personnes nées après 1950), au prélèvement obligatoire pour la Social Security par répartition viendrait s'ajouter un versement obligatoire ou encouragé par une déduction fiscale sur un compte d'investissement personnel. Si cela passe, les Etats-Unis auront sauté à pieds joints sur l'une des difficultés auxquelles le système suisse est actuellement confronté: le lien entre caisse de retraite et activité professionnelle (employeur), qui créé une fragmentation rigide nuisible à la mobilité, donc aussi bien à l'emploi qu'à l'économie.

Sur la structure, je donne donc raison à Bush, ce clintonien de droite, ce réformateur inattendu contre les conservateurs de gauche et de droite. La vraie question, ce sera ensuite le niveau du prélèvement à maintenir pour la Social Security, du prélèvement à affecter au compte personnel de retraite. Et là, s'il n'y aura pas de solution indolore, ni aux Etats-Unis, ni en Suisse, ni en Grande-Bretagne, ni en Allemagne ou en France, ce sera quand même plus facile pour des économies et des sociétés ouvertes et dynamiques comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne...

Tarquine superstar

J'avoue m'être assez vite désintéressé de la compétition pour les First European Weblog Awards quand j'ai réalisé que le positionnement définitivement hors normes d'Un swissroll nous ôtait toute chance de briller... Mais j'ai au moins la satisfaction d'avoir été le premier à nominer celle qui est sortie victorieuse, et de loin, dans la catégorie Best Personal Weblog: De bric et de blog!

mercredi 2 février 2005

La récompense de l'ouvrier de la 11e heure

C'est l'une des paraboles les plus difficiles à avaler... et elle trouve aussi son application en politique, comme en témoigne la Une du Monde d'aujourd'hui:

Rapprochement franco-américain après les élections irakiennes

suivi en page 2 d'un article de Claire Tréan:

Le scrutin irakien accélère le dégel entre Américains et Européens.

Car non seulement l'ouvrier de la 11e heure reçoit le même salaire que ceux qui ont travaillé toute la journée, mais il ne se gêne pas pour tenter de faire croire que son intervention a été décisive! Zvezdo avait protesté lorsque j'avais qualifié Claire Tréan de porte-parole officieuse du Quai d'Orsay (mais sans citer les articles dans lesquels elle aurait fait la preuve de ses capacités d'investigation et d'analyse critique). Comme lecteur assez attentif du grand quotidien parisien, je maintiens mon appréciation, amplement confirmée par cet article: ni Woodward, ni Plenel, Tréan me paraît de ces journalistes qu'on sonne parce qu'ils savent écouter et reproduisent plaisamment ce qu'on leur a raconté, sans se poser de question (ni même se permettre la petite vacherie, au passage, de ceux qui font la même chose mais tentent de préserver leur dignité). Bien sûr ils sont indispensables au journal, mais doit-il vraiment publier cela tel quel?

On a donc ce tableau édifiant où l'on veut nous faire croire qu'au lendemain de sa plus belle victoire, Bush vient à résipiscence et se rend enfin à la sagesse éternelle incarnée par la voix de la France (si on l'avait écoutée, il n'y aurait pas eu d'intervention, Saddam serait toujours au pouvoir; puis il y aurait eu un retrait rapide laissant la place au chaos, sous supervision de l'ONU sans doute; les hauts lieux de la rébellion terroriste n'auraient surtout pas été nettoyés; d'ailleurs les élections auraient été reportées...).

Je n'attends certes pas que Chirac demande pardon au peuple irakien pour la trop longue complicité de la France avec Saddam, qui l'a amené à ne pas participer et à tenter de saboter l'intervention internationale, notamment par sa trop longue complaisance avec la rébellion terroriste (dont il réclamait encore à la conférence du Caire qu'elle soit associée au pouvoir, ce qui devient maintenant "une politique d'ouverture résolue en direction de tous les secteurs de l'opinion irakienne qui récusent ou auraient renoncé à la violence": c'est exactement ce qu'ont fait la coalition et le gouvernement intérimaire, avec aussi bien d'anciens généraux de Saddam que des tenants d'Al Sadr qui ont participé aux élections, sans parler du fait que la circonscription unique, jointe à la composition savamment équilibrée des principales listes, allaient dans le même sens). Mais on pourrait attendre du Monde qu'il souligne plutôt l'habileté de Bush avec cette main tendue, et la réaction moins négative que précédemment de Chirac -- et l'on devrait réévaluer sous cet angle les occasions précédentes ou Américains et Britanniques sont allés au-delà du raisonnable pour tenter d'accomoder Paris, pour se voir rejetés avec mépris...

Enfin, l'harmonie occidentale et surtout le succès de la stratégie de Bush au Proche-Orient (la France était aussi de ceux qui voyaient dans l'intervention un désastre pour le conflit israélo-palestinien, alors que cela s'est révélé le contraire) valent bien ce genre d'hypocrisie.

"Blog fatigue"

Andrew Sullivan, l'homme par qui Guillaume et moi avons découvert les blogs, annonce qu'il prend du champ. Son billet est révélateur du caractère parfois dévorant que peut prendre cette activité, surtout de la manière intense et personnelle dont il le fait (Instapundit ou Jeff Jarvis ont également un volume impressionnant mais tiennent / gardent mieux la distance). J'avoue que je l'ai aussi trouvé à la longue un peu fatiguant à suivre... depuis quelques temps déjà je préfère y aller moins souvent (comme je l'ai lu je ne sais plus où, sur la situation en Irak il y a en gros les tenants du verre à moitié vide et du verre à moitié plein, mais Andy est dans les deux!).

mardi 1 février 2005

Oui, une autre gauche est possible

Pour poursuivre sur le billet précédent, deux trouvailles chez Harry's Place:

La première est une une chrono-typologie de la gauche européenne et de la gauche américaine après la deuxième guerre mondiale publiée dans la revue Dissent par Andrei Markovits, un politologue européen, "the Karl W. Deutsch Collegiate Professor of Comparative Politics and German Studies at the University of Michigan in Ann Arbor", qui distingue quatre périodes:

  • La période orthodoxe: 1945 - 1968, dans laquelle en particulier les lignes de forces séparant communistes et sociaux-démocrates depuis les années 20 étaient toujours valables.
  • La période hétérodoxe: 1968 - 1979, avec l'émergence d'une "nouvelle gauche", bien que toujours ancrée dans les références traditionnelles. Cette période se caractérise aussi par de profondes modifications des rapports avec les syndicats, en particulier, et le détachement des appareils. Et Markovits distingue alors quatre sous-groupes dans cette nouvelle gauche: 1) Les "Occidentaux", dont l'archétype est Joschka Fischer, qui mettent l'accent sur les droits de l'homme et l'universalisme; 2) Les tiers-mondistes, que l'on retrouve largement chez les "Fundis"; 3) Les marxistes orthodoxes, y compris au sein du SPD; 4) Les néo-nationalistes, où l'on trouvera des dérives vers l'extrême-droite.
  • Le changement de paradigme: 1980 - 1989, avec l'apparition des Verts et l'émergence de nouveaux enjeux, et l'incapacité du mouvement syndical à agir sur le plan international.
  • Le temps de la fragmentation et de la polarisation: de 1989 / 1990 à nos jours, avec la chute du communisme, la globalisation et l'expansion de l'antiaméricanisme.

J'ai résumé sommairement, si cela vous intéresse référez-vous au texte complet, qui analyse par exemple de manière révélatrice le positionnement de ces différents courants par rapport à la "question juive", du sionisme à l'antisionisme et jusqu'à l'antisémitisme...

La seconde trouvaille est une analyse de Alan Johnson, sur le site britannique Labour Friends of Iraq, tentant de définir le point de rupture entre la gauche internationaliste et antitotalitaire et cette "gauche" défaitiste qui méprise la démocratie (il vaut la peine de souligner qu'Alan Johnson était lui-même opposé à l'intervention).

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