janvier 2005 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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lundi 31 janvier 2005

La gauche anti-intervention et les élections

Jeff Jarvis offre une revue des réactions (ou plutôt de leur absence) de la part des blogs de la gauche américaine anti-intervention en Irak.

Et il a cette formule que je fais mienne: "Rappelez-vous, camarades: la démocratie n'est pas de gauche ou de droite. La démocratie c'est la gauche ET la droite."

Vocabulaire

Toujours l'Irak: je suis un peu monomaniaque, mais on ne vit pas tous les jours des temps historiques...

Je n'ai vu que ce matin Le Monde de dimanche-lundi (sorti samedi, donc), et j'ai évidemment sursauté avec le titre de la page 2:

L'Irak occupé connaît ses premières élections

Pourquoi pas L'Irak libéré connaît ses premières élections? Ou celui qui, à mon avis, correspondrait le mieux au contenu de l'événement (et pas seulement à des éléments formels):

L'Irak connaît ses premières élections libres

Parler d'occupation est trompeur et faux: ce n'est justifié ni subjectivement, par le sentiment qu'en ont les Irakiens (ce n'est pas la Tchécoslovaquie occupée par les troupes du Pacte de Varsovie en août 1968), ni objectivement, en termes de droit international, au moins depuis les résolutions 1511 et 1546 du Conseil de sécurité. Qu'il y ait des troupes étrangères sur le territoire d'un pays ne suffit pas à parler d'occupation: on ne le fait pas pour la Côte d'Ivoire, ni pour le Congo, Haïti ou le Kosovo. Dans le même ordre d'idée, l'insistance du gouvernement français ou, sur la même page du Monde, de Ted Kennedy, à parler de calendrier de retrait des troupes est absurde (voir aussi Ludovic Monnerat): il y a bien des chances que l'Irak démocratique veuille rester ami et allié des Etats-Unis, et tienne à conserver des troupes américaines sur son territoire comme c'est le cas de dizaines de pays dans le monde, à commencer par le Japon (avec aussi des manifs et des attentats de la part de milieux extrémistes) ou l'Allemagne -- et même la France jusqu'en 1966!).

Une autre question de vocabulaire existe sur la manière de désigner l'adversaire en Irak. "Résistance" est évidemment complètement hors de propos dans la mesure où le mot est destiné à exprimer une légitimité qui, ici, n'existe ni moralement ni juridiquement. Insurrection, insurgés? Il me semble que le mot a lui aussi une connotation positive: l'insurrection des Albigeois, l'insurrection du ghetto de Varsovie. "Rebelles", "guérilla" ne seraient-il pas plus adaptés? Car c'est bien de cela qu'il s'agit: d'une rébellion, dans certaines parties de l'Irak, contre les autorités légitimes et les forces militaires qui les appuient, rébellion contre la démocratie et pour l'oppression.

Et cette rébellion prend souvent une forme "terroriste", recourant à des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité qu'il ne faut évidemment pas hésiter à désigner comme tels!

Bonnes nouvelles d'Irak (20)

Les développements des 15 derniers jours (y compris la campagne électorale et le déroulement des élections) que vous n'aurez guère suivis dans les médias traditionnels, rassemblés par l'indispensable Arthur Chrenkoff. Indispensable pour comprendre réellement ce qui se passe en Irak, que vous ne lisisez que la synthèse ou que vous suiviez ensuite la foison de liens: vous en aurez alors pour des heures!

dimanche 30 janvier 2005

La sollicitude suspecte pour les abstentionnistes

Il se confirme que les saddamistes et les islamofascistes ont perdu, et doublement: d'une part, s'il y a eu des attentats et près de 30 morts, ils ont été incapables de mettre à exécution leur menace de bain de sang pour empêcher les élections, d'autre part la participation se révèle élevée (complément de 19h: voir Ludovic Monnerat).

Il y a des variations, évidemment, et on peut s'attendre à ce que les adversaires de la coalition fassent grand cas du taux d'abstention dans des bastions baassistes ou en secteur sunnite (sans d'ailleurs se demander quelle est la part qui est due à la peur légitime, là où les forces terroristes sont justement les plus présentes, alors que ceux qui ont voté sont aisément reconnaissables à leur doigt marqué d'une encre bleue indélébile, ni bien sûr montrer que les sunnites ne sont nullement homogènes). Comme le relevait James Taranto, c'est comme si l'on avait fait de la satisfaction dans les bastions afrikaans le test de la légitimité des premières élections démocratiques en Afrique du Sud.

Les Irakiens votent

Démentant les Cassandre persuadés que ces élections seraient repoussées, défiant les éditorialistes de la presse internationale, et ces "correspondants" dont le point de chute paraît aller de leur chambre au bar de l'hôtel, où ils peuvent rivaliser de cynisme avec leurs homologues (sans même se donner la peine de lire les blogueurs irakiens), les Irakiens votent, malgré les menaces et les attentats.

Well, I'm standing outside the Markul (ph) polling station in central Basra - polling station number 935, where they were so eager to get voting under way that the polling station actually opened five minutes early.

There's been a queue of 40 or 50 people outside desperate to get in and vote, most of them men it seems.

They've been going in. I spoke to the first man to cast his ballot. He emerged with his finger covered in purple indelible ink to prove that he has voted and he came out saying he was 55 years old, that he'd never done anything as important in his life as voting today, casting his ballot.

Honneur à la BBC, dont les correspondants bloguent l'événement en direct, comme aussi Iraq Elections Newswire, Roger L. Simon devant sa télé, Jeff Jarvis et bien sûr Friends of Democracy.

Héroïsme du quotidien, défiant la mort certaine d'un certain nombre d'entre eux qui paraît incompréhensible aux Occidentaux repus... Qui, eux, appliquent pourtant la même logique statistique à leur mobilité: ils prennent le volant et marchent sur les trottoirs tous les jours en sachant qu'un certain nombre d'entre eux vont être tués, blessés, laissés invalides.

samedi 29 janvier 2005

Havel, l'Union européenne et Castro

Dans sa chronique au Figaro, Vaclav Havel s'indigne à la perspective que l'U.E. s'engage envers Fidel Castro à n'inviter que des hôtes agréés par lui dans les réceptions diplomatiques. Havel se rappelle que pendant la Guerre froide les diplomates occidentaux en poste à Prague avaient établi des liens avec tous les acteurs de la vie culturelle et avec les dissidents comme lui, Havel. Parfois, ils les invitaient avant une réception, et c'étaient les officiels qui s'en allaient en les voyant. Ou qui restaient.

Pour Havel, l'U.E. "danse, aujourd'hui, au son de la musique de Fidel." Et cela, sous les injonctions de Zapatero (les chefs de la diplomatie de l'U.E. doivent prendre position le 31 janvier). Et Havel de craindre qu'à l'avenir, ce soit la Chine, Poutine ou les pires dictateurs africains qui donnent le ton - bien sûr seulement quand l'U.E. a quelque chose à vendre.

A propos de Zapatero, si j'avais dû voter, cela aurait été le même dilemme que pour Bush, mais à rebours. Décidément, la défense des valeurs de la démocratie et de la liberté, la défense concrète des pays où elles existent, l'avancement des droits des gais - ne coïncident pas forcément...

vendredi 28 janvier 2005

Suivre les élections irakiennes

Ceux dans les médias qui se sont opposés à l'intervention en Irak et refusent toujours de voir quelque chose de positif en sortir font tout leur possible pour dénigrer l'événement historique qui se déroule: les premières élections générales démocratiques dans ce pays. Ils recourent pour cela à deux types de procédés: mettre en valeur les meurtres et attentats commis par ceux qui tentent d'empêcher le déroulement du processus électoral, en attribuant pratiquement la responsabilité des victimes à la coalition ou au gouvernement intérimaire, coupables de prétendre organiser des élections comme si leur suppression ou leur report aurait eu un effet pacificateur; et ils tentent d'instiller par anticipation la suspicion sur la qualité du scrutin et sur son résultat.

Avec le soutien de l'organisation caritative Spirit of America, issue de soldats américains revenus d'Afghanistan et d'Irak, le projet Friends of Democracy (dont les blogueurs d'Iraq The Model sont au nombre des initiateurs) se consacre au soutien aux bases du pluralisme politique (et notamment un outil en langue arabe pour bloguer). Et il vient d'ouvrir un site qui fournit une information directe sur la réalité, contrastée, de la campagne et du déroulement des élections. Ne manquez pas en particulier les galeries de photos, et le compte-rendu heure par heure du scrutin. Dimanche à partir de 20h (heure d'Europe continentale) il devrait être possible de suivre un direct télévisé sur le site de Friends of Democracy.

COMPLEMENT DU 30.1 A 19H: Il m'avait échappé que la version arabe du site de Friends of Democracy met effectivement à disposition l'outil permettant de bloguer dans cette langue!

jeudi 27 janvier 2005

Le WEF n'a pas les thuriféraires qu'il mérite

Vivrait-on un tournant comparable à la chute du Mur de Berlin? Pour Philippe Barraud, les rapports entre le Forum de Davos et ses contestataires ont tourné à l'avantage du premier:

Face à un courant altermondialiste qui s’essouffle, face à une contestation fatiguée, le Forum de Davos a très habilement su tirer son épingle du jeu. Soudain, il n’est plus le rendez-vous annuel des écumeurs du monde, du capitalisme triomphant et du cynisme libéral, mais ce qu’il n’a jamais cessé d’être, malgré les caricatures: un lieu de rencontre entres des personnes qui ont des choses à dire et à se dire.

On peut mesurer la réussite de cette mue à la mauvaise humeur des contempteurs d’hier, privés d’un os à ronger bien commode pour prendre des poses avantageuses. Ainsi un éditorialiste de La Première s’énervait-il que Davos ne soit plus Davos, c’est-à-dire l’incarnation de tout ce que les bien-pensants détestent. Avec des préoccupations sociales, des stars de premier plan et des discours bienveillants à l’égard des pays pauvres, le WEF ne joue plus son rôle de repoussoir. Pour certains, c’est une véritable trahison!

Certes. Dans un premier temps, j'ai eu spontanément envie de souscrire à cet article. Mais, après réflexion, ce serait plutôt sur le fond que sur la forme. Je ne suis pas sûr que ces arguments soient les plus heureux. Ils me donneraient l'envie d'entonner l'air de l'un n'empêche pas l'autre.

  • Incarner le capitalisme triomphant ou faire preuve de cynisme n'empêche pas d'être un lieu de rencontres entre des personnes qui ont des choses à dire et à se dire.

Mais encore

  • Dire qu'on a su très habilement tirer son épingle du jeu, qu'on a réussi sa mue ne contribue pas à laver du soupçon de cynisme, bien au contraire...
  • Si le fait de parler de préoccupations sociales est encore relativement neutre, il est difficile de faire plus condescendant en invoquant des discours bienveillants à l'égard des pays pauvres.
  • Le recours à la notion de stars ressemble à l'argument d'autorité contre lequel la modernité s'est constituée. Comme si ce que ces gens avaient à se dire ne comptait pas par soi-même. Et surtout: comme si ces personnes privées qui constituent une élite autoproclamée avaient des comptes à rendre.

Pour ma part, je n'ai rien contre le Forum de Davos. Ces gens ont le droit de se réunir comme ils veulent, comme n'importe quel club, et je ne doute pas que les échanges d'une telle élite font jaillir à foison de très bonnes idées qui ont des répercussions favorables sur le bien-être général de la planète. Mais je crois que cette institution (privée) n'a pas besoin de ce genre de défense du genre "tous les arguments sont bons à prendre". J'ose espérer que les propos qui y ont cours sont d'un autre niveau.

L'activisme judiciaire contre la politique

Un autre auteur américain de gauche qui formule des propositions pour reconstruire le parti démocrate, Paul Starr dans le New York Times, souligne le danger de préférer gagner devant le juge plutôt que devant le peuple (un thème qui m'est cher):

Liberal Democrats, in particular, have been inviting political oblivion--not by advocating the wrong causes, but by letting their political instincts atrophy and relying on the legal system.

To be sure, Democrats were right to challenge segregation and racism, support the revolution in women's roles in society, to protect rights to abortion and to back the civil rights of gays. But a party can make only so many enemies before it loses the ability to do anything for the people who depend on it. For decades, many liberals thought they could ignore the elementary demand of politics -- winning elections -- because they could go to court to achieve these goals on constitutional grounds. The great thing about legal victories like Roe v. Wade is that you don't have to compromise with your opponents, or even win over majority opinion. But that is also the trouble. An unreconciled losing side and unconvinced public may eventually change the judges.

Via James Taranto, Best of the Web.

mercredi 26 janvier 2005

Pas d'Oscar pour Moore

Michael Moore n'a donc reçu aucun Oscar à Hollywood pour Fahrenheit 9/11. D'après The Kerry Spot - lire ici et ici - il semblerait que cela n'a pas suscité d'appel aux armes du côté des blogs de la gauche anti-Bush (qui au contraire baillent) . Pour Roger L. Simon, beaucoup de gens à Hollywood voient que la démocratie est importante en Iraq, même s'ils ne veulent pas l'admettre. Mais en dehors de ces considérations, il y a peut-être simplement le fait que les gens de Hollywood ne sont pas des documentaristes.

Via Instapundit.

mardi 25 janvier 2005

Blogs Mondialisés

Poursuivant dans la voie de la diversification des médias traditionnels vers le blog comme mode d'expression différent et (surtout, me semble-t-il) comme moyen de compléter par le dialogue un discours encore souvent unilatéral et condescendant, Le Monde publie le blog de ses correspondants aux forums de la globalisation:

lundi 24 janvier 2005

Glâné pour vous

En bus vers l'aéroport, mais grâce a JPluck / Plucker et Vaglablog j'emporte mes blogs favoris sur mon Tréo 600 et puis vous proposer quelques lectures...

  • Morale, liberté, plaisir, utopie: les quatre mots-clés d'une gauche qui renoue avec le goût de changer les choses proposés pour le parti démocrate par John Powers dans LA Weekly. Dur mais juste, et roboratif (signalé par Roger L. Simon).
  • Le tsunami s'estompe dans les médias et nos esprits, mais Norman Geras met en exergue de manière frappante sa réalite humaine pour les populations riveraines (à partir d'un article du Guardian): dans un village, ce sont tous les enfants qui sont morts.

dimanche 23 janvier 2005

Panne

Pardon si vous avez rencontré des difficultés à lire ce blog récemment! L'autre jour il y avait déjà eu une panne due à la coupure d'électricité qui a affecté une bonne partie de la Suisse romande où se trouve notre serveur. Et un autre problème technique a affecté notre hébergeur hier jusqu'à ce début d'après-midi, mais désormais tout devrait être rentré dans l'ordre.

samedi 22 janvier 2005

Rencontre du troisième type

Désireux d'expérimenter le site Meetup par lequel le web révolutionne -- aussi -- le militantisme (ou plus communément la sociabilité) en permettant à des gens qui ne se connaissent pas mais ont un intérêt commun de se réunir -- et pas en virtuel! -- pratiquement sans que personne n'en soit l'initiateur, je suis allé l'autre jour dans un pub à une rencontre de blogueurs londoniens.

Nous étions dix, dont une Française vivant ici depuis 10 ans qui me lance: "Vous me devez une journée!". C'est le temps que je lui aurais fait "perdre" en la conduisant au blog de Ron, Les mémoires d'un infirmier.

J'y suis donc retourné... et c'est vrai qu'il lui en arrive des bonnes!

vendredi 21 janvier 2005

Un danger pour l'Europe

A propos de la manière dont la Télévision Suisse Romande a rendu compte du discours de Bush, Ludovic Monnerat écrit

Il faut en prendre conscience : l'antiaméricanisme constitue un danger pour l'Europe dès lors qu'il empêche toute analyse objective et fausse l'appréciation de la situation.

Lire tout le billet.

COMPLEMENT DE FRANCOIS BRUTSCH A 23H: Pour ma part j'étais évidemment ravi du discours. On le présente soit comme de la rhétorique vide et hypocrite, soit comme du messianisme délirant. Mais c'est en réalité un programme qui, d'une part, peut s'appuyer sur des réalisations concrètes, et d'autre part, relève d'une vision très pragmatique de l'intérêt bien compris des Américains (et de l'ensemble des démocraties):

We are led, by events and common sense, to one conclusion: The survival of liberty in our land increasingly depends on the success of liberty in other lands. The best hope for peace in our world is the expansion of freedom in all the world.

jeudi 20 janvier 2005

Essai Vagablog

Miracle, mon cher Vagablog semble fonctionner (auparavant ça ne marchait pas, d'abord à cause d'un petit bug rapidement réparé grâce à l'appel au forum de Dotclear, puis parce que je m'étais emmêlé les pinceaux, dans la configuration, entre le nom d'utilisateur / mot de passe de mon hébergeur, d'une part, et du blog sous Dotclear de l'autre).

Restent le titre du billet, qui comme sous Blogger n'est pas reconnu comme tel, et les accents qui ne passent pas car j'ai cru bien faire en configurant le blog sous Dotclear dans le cosmopolite UTF8 plutôt que dans l'occidentalocentrique iso-8859-1 auquel Vagablog, regrettablement (mais comme beaucoup d'autres) se limite... Ya-t-il une morale politique à en tirer, car il est de fait je ne prévois pas d'écrire, ni n'envisage volontiers de recevoir des commentaires, en chinois, russe, arabe ou hébreu? (Guillaume doit rapidement nous sortir quelque chose en grec pour me démentir!). La solution est assez simple et tolérable, je trouve, tant pour moi que pour les lecteurs: dans les billets ambulants, qui ne sont quand même pas si fréquents, renoncer à l'accentuation (et la rétablir ultérieurement, en même temps que le déplacement du titre).

Mais nous sommes, je l'espère, à deux doigts d'aboutir avec un outil qui sera bien mieux adapté encore: le plugin ("greffon" en français, paraît-il) Moblogging pour Dotclear, conçu par le Rnò qui s'inquiète dans les commentaires que je sois prêt à lui faire une infidélité pour revenir à Vagablog...

(Version revue et augmentée à 23h35)

"Le Monde" contre "La Marseillaise"?

Que Le Monde n'aime pas Bush, on le savait. Que cela s'étendrait à Condoleezza Rice, nouvelle secrétaire d'Etat (ministre des affaires étrangères) du gouvernement américain, on le devinait. Mais ces hochements de tête désapprobateurs dans le journal d'aujourd'hui, à l'occasion de l'audition de Rice devant une commission du Sénat:

"Malgré les difficultés en Irak, la nouvelle administration ne semble pas vouloir se satisfaire d'un statu quo de l'ordre mondial", regrette l'article de la page 3.

"La promotion de la démocratie à travers le monde demeure la priorité", déplore l'éditorial de la page 20.

Et même l'évolution de l'expression "axe du Mal", dont il brocardait la connotation morale et religieuse et en tout cas ce qu'elle contenait d'absolu, ne trouve pas grâce à ses yeux:

"Dans notre monde, il reste des avant-postes de la tyrannie, l'Amérique est au côté des peuples opprimés sur chaque continent, à Cuba, en Birmanie, en Corée du Nord, en Iran, en Biélorussie et au Zimbabwe", a déclaré sans doute trop naïvement Condoleezza Rice.

Mais quel est ce pays dont l'hymne national comporte ces fières paroles:

Allons enfants de la Patrie
Le jour de gloire est arrivé
Contre nous de la tyrannie
L'étendard sanglant est levé {2x}

Tremblez, tyrans! et vous, perfides,
L'opprobe de tous les partis,
Tremblez! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leur prix {2x}.

Liberté, Liberté chérie!
Combats avec tes défenseurs {2x}.
Sous nos drapeaux, que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirant
Voient ton triomphe et notre gloire!

mercredi 19 janvier 2005

Votation du 5 juin: partenariat et Europe

C'est bien le 5 juin que les Suisses voteront sur la loi fédérale instituant un partenariat enregistré pour les couples de même sexe: pressentie dès l'aboutissement de la demande de référendum lancée par les milieux fondamentalistes, cette date a été confirmée par le gouvernement fédéral aujourd'hui. Et il a mis au programme du même jour l'accord bilatéral entre la Suisse et l'Union européenne relatif au dispositif de Schengen / Dublin, sujet à un référendum europhobe qui aboutira sans doute prochainement -- mais pas celui sur la libre circulation des personnes, repoussé à septembre.

mardi 18 janvier 2005

Eurorico

Philippe Barraud, défavorable à l'adhésion de la Suisse à l'UE, ironise peut-être avec pertinence dans ses derniers Commentaires sur l'enthousiasme porté à l'A380 dont il se demande s'il est avion ou monument nationaliste? - lecture antiaméricaine à l'appui...

Paradoxe suédois

Vincent Bénard, qui est un libéral mais pas un anarcho-capitaliste, présente des informations dérangeantes pour un peu tout le monde sur l'évolution de la Suède sociale-démocrate...

lundi 17 janvier 2005

Commando US en Iran?

Ludovic Monnerat met utilement en perspective les révélations de Seymour Hersh sur une opération qui serait en cours en vue d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire.

Bonnes nouvelles d'Irak (19)

A quinze jours des premières élections démocratiques en Irak, les attentats pour tenter de les perturber redoublent, transformant ce qui chez nous est une formalité ennuyeuse (dont s'abstient d'ailleurs la majorité) en héroïsme du quotidien. Et il n'y a pas que cela de positif dans le pays: lisez l'impressionnante recension quinzomadaire par Arthur Chrenkoff de ces informations qui sont indispensables à une vision balancée de ce qui se passe réellement en Irak.

COMPLEMENT DE 17H - Un supplément suisse: cette excellente page de Swissinfo sur les efforts des Irakiens de Suisse pour pouvoir participer aux élections. Je trouve bien hypocrite l'explication selon laquelle la Suisse ne figurait pas au nombre des pays dans lesquels la Commission électorale indépendante souhaitait que le vote puisse avoir lieu: j'ai plutôt l'impression que Calmy-Rey et Blocher se sont bien entendus pour jouer profil bas!

Un dirigeant politique parle de sa dépression

Après le mal suisse collectif, voici un cas individuel, celui d'un politique suisse, autrement plus poignant. Rolf Schweiger, ancien président national du Parti Radical (centre-droit) a évoqué en public le burn-out ou la dépression qui l'a amené a démisssionner de sa fonction. Déjà très apprécié auparavant (et à juste titre me semble-t-il), il a été ovationné par l'assemblée des délégués. Le Matin en parle de manière tout à fait appropriée, sauf qu'on voudrait en savoir plus. D'aucuns pourraient penser que c'est un épisode révélateur de la sensibilité actuelle, celle du tout psy et des confessions publiques. En l'occurrence, je pense que la démarche est saine et courageuse. La dépression y est décrite pour ce qu'elle est: une maladie qui comporte une perception fausse (délirante) de la réalité. Sans pour autant devenir un softie (pour autant que je sache), ce dirigeant de droite sort de la réserve masculine qui sied et brise un tabou en parlant de faiblesse et de fragilité. Chapeau. Une telle attitude sera probablement utile à la collectivité - on est à des lieues du narcissisme exhibitionniste victimaire et auto-apitoyant. A noter qu'en Suisse romande, un magistrat Vert, Philippe Biéler, avait déjà démissioné de son poste de Conseiller d'Etat (exécutif cantonal) en plein mandat en invoquant la surcharge et la fatigue. Mais on n'avait pas parlé de dépression avec hospitalisation.

dimanche 16 janvier 2005

Le mal suisse

Le Figaro Magazine consacre un reportage à la Suisse. Le titre annonce la couleur "La Suisse s'isole dans ses soucis". Ce qui fait que la "Suisse est en panne". J'en retiens qu'un article écrit par un Suisse pour des lecteur français ne saurait être assez sévère dans sa critique des Suisses ces derniers étant devenus incapables de se critiquer et de supporter la critique. Nous sommes en présence d'un mal suisse, qui sera d'autant plus sûrement diagnostiqué qu'on recourra sans vergogne à la psychanalyse.

Comme disent les psys, la Suisse a «surinvesti» son identité, en la parant de mots magiques : démocratie directe, fédéralisme, souveraineté cantonale, secret bancaire, droits populaires, respect des minorités. Tout ce qui menace ce fragile équilibre doit être combattu. Et toute proposition un tant soit peu réformatrice est vécue comme un drame.

Mais ne faut-il pas qu'Antoine Menusier ait les oeillères qu'il attribue (même si c'est avec raison dans bien des cas) à ses concitoyens pour donner l'impression d'un exception suisse en matière de se croire (soi-même ou ses institutions) meilleurs que les autres?

En fait, Antoine Menusier connaît un autre peuple qui souffre du même mal - ou plutôt qui affiche les même symptômes qui sont

une certitude partagée par beaucoup de ses concitoyens : celle d'être dans le juste. Cette conviction, qui repose en partie sur des valeurs protestantes, n'est pas sans rappeler l'aplomb et la foi des évangélistes américains. Entre l'Amérique profonde et la Suisse profonde, dont l'archétype politique occupe aujourd'hui le pouvoir dans un pays comme dans l'autre, les liens mentaux et idéologiques sont multiples.

Après la psychanalyse de salon, la théologie de bazar. Tout ça pour dire que le cas des Suisses est désespéré. On ira tous au paradis sauf les Américains et les Suisses.

Country jodle

Entendu sur BBC Radio 4: une demie-heure d'hymne anglo-saxon au jodle (en passant par le Midwest et une version jodlée de l'ouverture du Guillaume Tell de Rossini).

samedi 15 janvier 2005

Entropie juridique (suite)

Je ne sais si l'avis de droit du professeur Pierre Moor que j'avais critiqué jouait un rôle dans cette procédure; mais le Tribunal fédéral a jugé qu'il n'avait pas à entrer en matière sur un recours contre un refus d'autoriser à rester en Suisse une famille dont la requête d'asile politique avait été rejetée.

vendredi 14 janvier 2005

Irak: la "résistance" en action

Une de ses dernières victimes est le secrétaire international de l'Union syndicale irakienne (Iraqi Federation of Workers' Trade Union, IFTU), Hadi Saleh: il a été attaqué à son domicile par un groupe de saddamistes, battu, torturé puis étranglé avant que son corps soit criblé de balles. Voir l'article que lui consacre Johann Hari dans The Independant, et le site de l'IFTU, qui publie notamment les messages de solidarité de syndicats dans le monde entier (rien encore de Suisse).

jeudi 13 janvier 2005

Spécial copinage...

Bienvenue aux abonnés de Domaine Public qui découvrent ce blog à la suite de l'article paru dans le numéro de cette semaine! J'espère que vous ne serez pas déçus après le portrait excessivement enthousiaste tracé par Albert Tille (merci!)... Comme vous pourrez le constater, si Un swissroll est indéniablement "le blog de Brutsch", c'est aussi celui de Guillaume Barry depuis que nous l'avons commencé ensemble, en août 2003: l'un de gauche (certains n'en sont pas sûrs), l'autre de droite (mais est-ce vraiment le cas?), l'un athée mais se reconnaissant dans la culture protestante, l'autre théologien et croyant, tous deux gays... Si c'est votre première trempette dans la blogosphère, permettez-moi de vous présenter tout de suite (en attendant que la colonne de droite soit mieux compartimentée) quelques autres blogs plus particulièrement susceptibles de vous intéresser, tels que je vous connais:

Aujourd'hui, une équipe d'universitaires, de fonctionnaires, de militants se lancerait-elle dans la publication d'un journal de gauche indépendant de tout parti, de toute publicité et de tout groupe de pression, comme Domaine Public en 1963? Plus vraisemblablement elle utiliserait l'Internet. Mais les blogueurs sont particulièrement bien placés pour savoir que l'interactivité ne remplace pas les médias traditionnels: elle doit plutôt représenter pour ceux-ci un apport appréciable, s'ils savent l'intégrer au lieu de la redouter (c'est la grande leçon du Rathergate aux Etats-Unis).

Qu'un journal comme DP existe est donc un acquis précieux: et, depuis plus de 40 ans, il a su se renouveler dans la fidélité à son maître-mot, le réformisme, là où tant d'autres n'ont fait qu'un tour de piste. Passé de bimensuel à hebdomadaire, s'appuyant désormais sur pas tout à fait deux postes de travail, il est toujours réalisé, pour l'essentiel, par une équipe bénévole dispersée entre Lausanne, Genève et le reste de la Suisse dont l'une des particularités les plus attachantes est de mélanger les générations: de la vingtaine à la quatre-vingtaine. Un symbole des fidélités que le journal inspire: collaboratrice du premier numéro, Ruth Dreifuss est aujourd'hui présidente du Conseil d'administration du journal, ayant été par ailleurs fonctionnaire à la coopération suisse au développement, secrétaire centrale à l'Union syndicale suisse, membre socialiste du gouvernement fédéral et présidente de la Confédération...

On "entre" à DP (par une cooptation un peu mystérieuse: la chimie se fait ou ne se fait pas) non seulement pour écrire mais aussi pour apprendre, et je me souviens de mon émotion quand, dans la deuxième moitié des années 70, je suis passé d'abonné à participant de la réunion du lundi des collaborateurs genevois du journal (à laquelle s'est ajoutée, quelques années plus tard, la réunion du comité de rédaction le jeudi). Lorsqu'il y a 3 ans j'ai quitté le salariat pour être à même d'équilibrer ma vie entre Genève et Londres de manière moins pendulaire, j'ai cessé d'y aller tout en restant membre de l'équipe: d'une certaine façon, bloguer m'a permis de retrouver la stimulation de la confrontation d'idées et d'informations. Et je suis flatté que les amis qui ne me voient plus qu'épisodiquement ne m'oublient pas pour autant!

Occupation

Le Pen a donc réussi sa nouvelle provocation... D'Australie, le commentaire d'Arthur Chrenkoff (d'origine polonaise).

COMPLEMENT DU 15.1 A 20H: A propos de l'Occupation en France, Arthur Chrenkoff publie un billet d'une invitée d'origine française vivant en Australie, Sophie Masson, et en profite pour appeler à l'humilité, plutôt qu'à la francophobie, les peuples qui ont eu la chance de ne pas expérimenter comment ils se confronteraient concrètement à la collaboration avec une occupation étrangère...

Emotions afghanes

Le journal Migrosmagazine consacre un reportage à Paul Bucherer. C'est le directeur (contesté) de l'Institut et Musée de l'Afghanistan à Bubendorf, dans le canton de Bâle, qui veut reconstruire les bouddhas de Bamyan. Il n'est pas inintéressant d'apprendre qu'en 1971 "Ceux-ci n'avaient aucune signification religieuse pour les Afghans, mais ils en étaient extrêmement fiers! Et c'était la principale attraction touristique du pays." Malheureusement, Paul Bucherer ne commente pas davantage cet aspect des choses.

A mes yeux, cependant, le passage le plus saisissant de l'article n'est pas directement liés aux bouddhas. Trois mois après le 11 septembre 2001 Paul Bucherer s'est trouvé à New York avec une délégation d'Afghans sur le site de Ground Zero, devant les ruines du World Trade Center. "Ces gens se sont mis à pleurer. J'ai d'abord cru que c'était à cause du drame que représentait l'attentat. Et ils m'ont dit: non, nous pleurons d'émotion, parce que c'est ici que notre pays est rené de ses cendres. Sans l'intervention américaine, l'Afghanistan aujourd'hui n'existerait plus." Il ne me semble pas avoir lu souvent ce genre d'histoire, ou bien?

mercredi 12 janvier 2005

Claude Lanzmann sur Sharon et Abbas

Une tribune passionnante et optimiste de Claude Lanzmann, directeur des Temps Modernes et réalisateur de Shoah, dans Le Monde d'aujourd'hui.

Mais suis-je le seul à trouver irritante cette manière de sauter de Abou Mazen à Mahmoud Abbas pour parler du nouveau président de l'Autorité palestinienne? L'autre jour, dans Le Monde, il y avait même deux articles sur la même page qui utilisaient chacun un des deux noms dans le titre, à croire que c'étaient deux candidats distincts. Les esprits malintentionnés finiront par y voir du Dr Jekyll et Mr Hyde...

Une social-démocratie blairiste pour l'Europe

Le Temps publiait hier un bilan en forme de manifeste du ministre délégué aux affaires européennes du gouvernement britannique, Denis MacShane (qui a vécu à Genève lorsqu'il exercait des fonctions syndicales internationales). Il n'était toutefois accessible en ligne que sur organiseur de poche, ou alors aux abonnés, et est payant pour tout le monde depuis. Son auteur m'a toutefois autorisé à le reproduire ici:

Lire la suite

Divorce gay

Le mercredi, c'est le jour gay au Temps? Joëlle Kuntz a aussi une de ses délicieuses chroniques sur les premiers divorces de couples de même sexe dans l'Etat du Massachusetts (qui confirment entièrement la dernière phrase du billet précédent!). Lisez-la, c'est en ligne gratuitement aujourd'hui seulement. Sa conclusion:

Le Vatican ne se prononce pas. Il ne va quand pas répéter encore une fois qu'il est contre le divorce.

Lincoln était donc bi!

The Intimate World of Abraham LincolnAlain Campiotti, le très militant correspondant du Temps aux Etats-Unis, n'a pas encore présenté le rapport sur le Rathergate: il lisait (accès gratuit seulement aujourd'hui) une nouvelle biographie du 16e président des Etats-Unis -- qui a tout de même l'avantage de "(courroucer) les conservateurs", puisque The Intimate World of Abraham Lincoln, par C.A. Tripp [pas un parent de Linda Tripp, tout de même?] entend démontrer irréfutablement l'homosexualité de Lincoln, marié et père de 4 enfants.

La thèse n'est pas vraiment nouvelle: c'est une réputation que Lincoln a apparemment toujours eue (et ce serait l'origine même du nom Log Cabin Republicans que se donnent les gays membres du parti du président Bush), même s'il ne figure pas dans les listes usuelles de personnalités que réclame comme siennes le mouvement gay. Mais cela ne faisait pas encore partie de l'histoire officielle, et c'est sans doute ce que ce livre recherche. La polémique a commencé il y a un mois et bat son plein ces jours (compliquée par un conflit de propriété intellectuelle avec l'historien qui devait être co-auteur du livre avant de se retirer), autour du sempiternel affrontement:

- Pourquoi voulez-vous tant que Lincoln soit gay?!
- En quoi cela vous gêne-t-il que Lincoln soit gay?!

pimenté par la discussion de la qualité du travail académique de l'auteur, lui-même gay et ancien collaborateur d'Alfred Kinsey.

Pour ceux que cela intéresse, il faut lire:

  • Sa critique par celui qui devait en être le co-auteur, Philip Nobile (que Sullivan démolit de manière injuste et surtout inutile en une phrase).

Autant je trouve fondamentale la connaissance de role models gays, tant pour les hétéros qui auraient des préjugés que pour les gays qui manqueraient d'estime d'eux-mêmes, autant m'agace l'obsession à ce sujet (et plus encore leur utilisation à des fins politiciennes à court terme, comme Sullivan ne peut s'empêcher de le faire au détriment des Républicains d'aujourd'hui). Mais l'affaire rappelle utilement ce qui devrait être deux évidences: de l'hétérosexualité à l'homosexualité (et vice-versa) il y a un continuum présent dans toute personne, pas une opposition absolue comme l'est, au contraire, la différenciation sexuelle entre homme et femme (une personne est irréductiblement soit l'un, soit l'autre -- et, oui, y compris celle qui se travestit ou veut adapter son corps à son moi profond); et ce qu'Andrew Sullivan, redevenant lui-même, explique avec éloquence ici:

(H)omosexuality is very easy to understand. It is exactly the same as heterosexuality, with the gender reversed.

mardi 11 janvier 2005

Cette gauche culpabilisée, paternaliste et infantilisante

Norman Geras a un intéressant billet sur cette gauche qui cherche des excuses à l'homophobie en Jamaïque ("Their homophobia is our fault"), avec une réponse bien sentie du Black Gay Men's Advisory Group, ou au terrorisme anti-israélien.

COMPLEMENT DU 13.01 A 12H15: J'avais manqué cette chronique de Mark Steyn dans le Daily Telegraph de mardi (enregistrement gratuit)...

lundi 10 janvier 2005

D'une élection présidentielle à l'autre

Le monde entier se congratule du déroulement convenable de l'élection palestinienne. La manière dont on salue cette "instauration de la démocratie" ne laisse guère d'illusion sur le précédent (et premier) scrutin du genre qui avait confirmé Yasser Arafat dans sa position de leader. Avec 70% de participation et 62,3% des voix (contre six autres candidats dont le premier recueille 42 points de moins, à 20%), Mahmoud Abbas navigue entre les écueils de boycott auquel appelaient les islamistes, de l'unanimisme qui traduit soit le manque de pluralisme et de maturité politique d'une société, soit plus simplement le truquage éhonté des opérations, et de la légitimité fragile en cas d'éparpillement excessif. Si la marque d'une démocratie présidentielle sûre d'elle-même est une élection qui se joue à la marge entre deux candidats dont aucun n'est prêt à concéder le centre, la Palestine n'y est pas certes encore; mais elle commence à se distinguer très positivement de régimes tels que la Tunisie de Ben Ali, l'Egypte de Moubarak ou ces républiques despotiques d'Asie centrale.

La comparaison mérite d'être faite avec l'élection présidentielle afghane du 9 octobre 2004. Là aussi, Hamid Karzai était généralement donné vainqueur mais devait néanmoins convaincre, et ce sont de véritables attentats qui ont tenté de perturber le processus électoral. La participation a pourtant été massive, et Karzai l'a emporté par 55,4%, avec 39 points d'écart sur le premier des 17 autres candidats; l'enthousiasme politiquement correct dans les médias et en Europe avait toutefois été un peu moindre, Amérique oblige...

Reste à voir la suite. En Afghanistan les élections parlementaires sont bien engagées pour ce printemps -- et c'est l'occasion de signaler la mise en ligne des Bonnes nouvelles d'Afghanistan (8) d'Arthur Chrenkoff! Des élections législatives sont prévues en juillet 2005 pour les Palestiniens: espérons qu'ils auront alors l'occasion de consolider ce qu'il aura fallu attendre la mort d'Arafat pour commencer enfin d'édifier.

Dans l'intervalle, il y aura eu l'élection de l'assemblée constituante irakienne, qui est elle une vraie élection, pluraliste, disputée et intense: lisez Iraq The Model pour vous en convaincre, puisque les terroristes tiennent à empêcher les journalistes étrangers de faire leur métier sur place!

COMPLEMENT DU 12.1: Ludovic Monnerat a des informations préoccupantes sur le sérieux du chiffre annoncé pour la participation à l'élection palestinienne.

"Rathergate": les oreilles et la queue pour les blogueurs

D'habitude ce blog ne donne pas dans le breaking news, mais quand même: le rapport d'une commission indépendante sur la manière dont CBS s'est précipité pour annoncer un scoop fondé sur des faux afin d'embarrasser Bush (et favoriser Kerry, le lien est documenté) est enfin sorti (via, qui d'autre, Instapundit) et il va plus loin que ce que l'on pouvait craindre!

Voir le billet assez substantiel que j'avais consacré à l'affaire le 12 septembre 2004: je me réjouis de lire demain le très militant correspondant du Temps aux Etats-Unis, Alain Campiotti...

COMPLEMENT DU 11.1 A 11H10: Emmanuel me signale l'analyse de Kevin Drum (peu suspect de faiblesse pour Bush), qui est très sévère à l'égard de CBS et replace bien l'affaire dans son contexte.

COMPLEMENT DU 11.1 A 20H: Au demeurant, le rapport de la commission n'est évidemment pas à l'abris de toute critique, en particulier dans sa tentative d'exonérer CBS de toute partialité politique (sur laquelle s'appuie Emmanuel dans les commentaires); il est mis en pièce par les blogs intéressés, en particulier Power Line que signalait Ludovic Monnerat dans les commentaires et bien sûr le blog de référence: Rather Biased. Jeff Jarvis (qui est lui un spécialiste des médias et a voté Kerry) est incandescent: dans le récit que la commission fait des événements, les blogs qui ont critiqué l'émission sont catalogués "conservateurs" -- mais il ne faut pas dire que CBS est anti-Bush! Il a une critique plus fondamentale du rapport: pas plus que les grands médias traditionnels, il n'a compris la révolution dans les méthodes de travail des journalistes qu'appelle le phénomène d'atomisation et d'interactivité des blogs.

dimanche 9 janvier 2005

Optimisme

Catherine FrotUn touchant exemple d'optimisme qui rend apte au bonheur (cf. billet précédent) est donné par la merveilleuse Catherine Frot opposée à la non moins excellentissime Isabelle Huppert dans ''Les Soeurs fâchées''. Malheureusement, le film n'est pas tout à fait à la hauteur du talents de ces deux comédiennes hors normes - en dépit de toute la bonne volonté qu'on voudrait pouvoir lui appliquer, à l'imitation de la soeur généreuse.

samedi 8 janvier 2005

Psychologie des médias

L'une des nombreuses allées dans lesquelles je suis curieux de m'aventurer parce qu'elle me paraissent prometteuses, c'est le lien entre psychologie et comportements (la psychologie appliquée, celle qui s'appuie sur les méthodes scientifiques d'observation et d'expérimentation, pas le freudisme, ni la psychiatrie qui se consacre, elle, au volet pathologique de la discipline; une métaphore qui me convient: la psychologie est à la psychiatrie ce que l'hygiène, la diététique et l'exercice physique sont à la médecine hospitalière). On connaît les réflexions de l'Ecole de Francfort (Adorno, Fromm) sur la personnalité autoritaire ou, en psychologie, l'expérience de Milgram sur la soumission à l'autorité, mainte fois reproduite dans le monde (et popularisée par le film I comme Icare, de Henri Verneuil, avec Yves Montand). Mais il me semble qu'il reste beaucoup à faire -- et en particulier dans l'ordre du collectif, pas seulement de l'individuel -- pour comprendre et expliquer certaines conduites d'échec, voire évidemment promouvoir une attitude plus gratifiante pour les intéressés comme pour leur entourage.

C'est dans cet état d'esprit que je découvre un bref article d'un professeur de psychologie à l'Université de Pennsylvanie, ancien président de l'American Psychological Association, auteur de 21 ouvrages (via Roger L. Simon):

Misreporting Science in the New York Times: Against Happiness

Sa conclusion, qui paraît largement dépasser la simple humeur relative au traitement de sa discipline et expliquer pourquoi Chrenkoff, avec son esprit positif, a bien meilleur temps de bloguer que de chercher un emploi dans les médias traditionnels:

Yes, there are professional pessimists. Yes, there are nattering nabobs of negativism. There are media dedicated to the dividends of darkness that both reflect a cultural bias toward despair and simultaneously shape it. They are enormously influential, and if you wonder why our young people are in the midst of an epidemic of depression and meaninglessness in the presence of unprecedented wealth, education, and opportunity, you might start with what they read in the New York Times.

vendredi 7 janvier 2005

Charité, misère et développement

En Suisse, le début de l'année est marqué par le désormais rituel affrontement entre globalisation et altermondialisme autour du symposium de Davos. En Grande-Bretagne, l'accession à la présidence du groupe des plus importantes nations industrialisées (G8, ou G7 sans la Russie), est l'occasion pour le gouvernement de mettre en évidence des priorités conformes à sa couleur politique: la lutte contre la pauvreté dans le tiers-monde, la lutte contre les gaz à effet de serre (Kyoto). Tony Blair et Gordon Brown rivalisent d'engagements plus déterminés l'un que l'autre, et pour tous deux qui, par delà des divergences qui ne sont sans doute pas anodines, partagent une même vision que l'on peut qualifier de socialiste chrétienne, c'est depuis longtemps une priorité absolue.

L'ambiguïté, on le voit bien avec les suites du tsunami, c'est que c'est la misère, l'appauvrissement qui éventuellement provoquent un réflexe de générosité (par contraste, les 3 millions de morts dans la guerre en République du Congo passent inaperçus). Tous les discours sur la lutte contre la pauvreté donnent l'impression qu'elle s'aggrave, qu'il y a lieu d'urgence de renverser une tendance. Or c'est le contraire qui se produit: la pauvreté recule, et massivement; et cela davantage grâce à la globalisation, au développement des échanges internationaux, qu'en raison des politiques publiques fondées sur la réduction de la dette ou les projets de coopération au développement (article cité par Instapundit renvoyant à un rapport de la Banque Mondiale dont la référence n'est pas mentionnée mais qui semble bien être celui-ci; voir aussi ce billet de Stephen Pollard). Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a plus rien à faire, bien au contraire, ni que cette tendance est irréversible; mais cela rend la mobilisation plus difficile, et nettement moins sexy que l'altermondialisme.

Le New Labour, avec une éthique profondément socialiste, une volonté certaine de régulation en même temps qu'une conscience des limites de l'action étatique et qu'une compréhension confiante des mécanismes de l'économie de marché, est certainement le mieux placé pour tenter de faire comprendre ces enjeux; cet état d'esprit s'incarne par exemple dans la campagne pour la suppression de toutes subventions agricoles, qui a sa logique du point de vue internationaliste mais fait sans doute hurler les écologistes partisans de la "souveraineté alimentaire". Peut-il prévaloir face au sentimentalisme culpabilisateur, face aussi à la haine de l'économie de marché et de la démocratie (repue, forcément repue) que colportent nombre d'altermondialistes?

Cette dignité des victimes qui impressionne les Occidentaux

Le bon sens que revendique Marie-Hélène Miauton, chroniqueuse au Temps, chausse parfois de gros sabots qui lui font passer à côté du sujet. Dans cet article, toutefois, je trouve qu'elle fait mouche quand elle écrit à propos de ce qui semble avoir tellement frappé les Occidentaux, à savoir la résignation, la dignité et la solidarité des populations touchées :

Trop simple de croire que ces peuples sont autrement bâtis que nous le sommes. Rudimentaire d'imaginer que leur religion les prépare mieux que la nôtre à l'adversité... (...)

Afin de ne pas tomber dans l'angélisme, il faut rappeler l'impossibilité d'avoir le beurre et l'argent du beurre: la sagesse qu'enseigne la misère quotidienne mais sans la misère quotidienne; l'approche de la mort de ceux qui la côtoient tous les jours mais sans la côtoyer tous les jours; la solidarité de ceux qui savent dépendre, un jour ou l'autre, de celle des autres, mais sans cette dépendance.

Un réalisme de l'expression qui, pour autant, ne procède pas d'un irrespect désinvolte des autres ni d'un mépris blasé de soi-même. Le reste de la chronique reprend des thèmes connus (mais dont on ne tire pas encore les conséquences) sur le rapport des Occidentaux à la mort et à la souffrance.

Le placard doré de Susan Sontag

"... la société récompense ceux (et celles) qui décident de rester dans le placard." C'est l'un des constats que balance Michael Bronski (intellectuel gay de gauche) dans un long et substantiel article - commenté par Andrew Sullivan (cf. billet précédent) - consacré au fait que Susan Sontag a toujours fait l'impasse sur son homosexualité (elle l'a même au moins une fois expressément niée). D'un côté, Bronsky s'étonne de la contradiction que cela implique pour cette féministe qui se voulait moraliste. Il compatit avec la trahison de soi-même que cela représente. D'un autre côté, il pense qu'elle n'aurait pas atteint la notoriété et l'autorité qu'elle a eue si elle était sortie du placard. Andrew Sullivan, intellectuel gay de droite (mais qui a lâché Bush en raison de sa politique homophobe) rappelle qu'il a connu un tout autre parcours. Il a fait son coming-out très tôt et n'a pas été privé d'une notoriété appréciable, même s'il a dû affronter des critiques voire des attaques motivées par l'homophobie (+ le rejet des séropositifs) sur sa droite comme sur sa gauche.

Quand on a affaire à une moraliste qui a certainement dû prêcher le courage de résister (j'avoue que je n'ai pas pratiqué Susan Sonstag), il est facile et tentant de lui reprocher ce qui apparaît comme une inconséquence et un manque de courage. Mais je ne connais pas l'histoire. Il n'en demeure pas moins que, quand on a une place en vue et qu'on cache cet aspect de la vie, on contribue à ce que cela continue d'être considéré comme mal ou honteux, de sorte qu'on se fait du mal à soi et aux autres qui sont dans cette situation. Et rétorquer que c'est de la vie privée est aussi une manière de dire qu'il y a quelque chose de honteux (par ex. comme dans le cas de relations adultères).

jeudi 6 janvier 2005

Susan Sontag: "out" à géométrie variable

Andrew Sullivan a une excellente série de billets sur la (non) mention du volet lesbien de la vie de Susan Sontag à l'occasion de sa mort, singulièrement dans le New York Times. Cela couvre tant la réticence embarrassée même des milieux les plus libéraux que les ambiguïtés personnelles de l'intéressée durant sa vie, en passant par la différence de traitement selon que l'on est de gauche (comme Sontag) ou de droite (comme Sullivan, surtout au moment de son coming out):

Au passage, c'est une jolie démonstration de l'efficacité du blog et du dialogue qu'il permet d'entretenir, y compris pour les médias traditionnels: il y a certainement là la matière d'un des prochains articles "papier" d'Andrew!

mercredi 5 janvier 2005

Débattre de la torture?

Instapundit ne fait pas seulement, comme j'ai l'air de le dire dans un précédent billet, du haïkURL (si je n'obtiens pas une une Instavalanche, avec celle-là...). Il a aussi le talent de débattre d'une question tout en renvoyant à divers points de vues: ainsi de sa réponse à Andrew Sullivan qui suggère un grand débat public sur la torture (je suis une fois de plus déçu), dans laquelle il expose de manière précise et argumentée sa position, illustre les différents termes du débat, puis complète son billet de sorte qu'il contient les questions et les réponses!

Les précédents billets de ce blog ayant abordé la question sont mentionnés ici.

Quand "Le Monde" est résolument conformiste

Est-ce le départ d'Edwy Plenel? Le Monde prétend faire sa manchette des trains qui arrivent à l'heure (même si, comme en l'occurrence, c'est 10 jours plus tard) avec ce titre aujourd'hui:

Comment l'ONU coordonne l'aide à l'Asie dévastée

Ce n'est pas vraiment du journalisme d'investigation, mais bien du redressement d'image (pas mal fait, d'ailleurs -- complément de 20h30: je vois que Ludovic Monnerat avait traité le sujet, et lui sur le fond!):

Jan Egeland, le coordonnateur de l'aide d'urgence de l'organisation internationale, a longuement reçu notre correspondante à l'ONU, lui montrant de quelle manière il orchestre cette opération humanitaire sans précédent.

Ce billet du blog The Diplomad (cité par Arthur Chrenkoff dont la revue du tsunami est désormais quotidienne!) paraît néanmoins plus proche de la réalité:

The post below reports on the impending arrival of Ms. Margareeta Wahlstrom "United Nations Deputy Emergency Relief Coordinator and the Secretary-General's Special Coordinator for Humanitarian Assistance in Tsunami-affected countries."

She has spoken! At a large meeting this afternoon, she and the local UN rep, Mr. Bo "Please Wear Blue" Asplund have announced the arrival of yet another "United Nations Joint Assessment Team." But this one is very, very ultra- special. According to the UNocrats, it's not "just another assessment team." Oh, no, banish that thought! You see, "This assessment team will coordinate all the other assessment teams." In addition, the UN will set up a "Civil-Military Coordination Office to coordinate [that word! that word!] all military assistance because the military do not have experience in disaster relief(!)"

Dans le même numéro, Le Monde rapporte avec, comment dire, retenue, le fait que

Paris a choisi la retenue pour estimer le nombre des victimes françaises

Le tsunami comme naguère le nuage de Tchernobyl? Les Suisses, dont l'émotionnalité hystérique est bien connue, ont quant à eux (en particulier par la voix du président de la Confédération, Samuel Schmid) dédié les cérémonies d'aujourd'hui au souvenir non seulement de la vingtaine de cadavres identifiés et de la centaine de disparus certains, mais aussi aux centaines de personnes vivant en Suisse dont on est toujours sans nouvelles et dont il est vraisemblables que la plupart ne reviendront pas, pour accompagner les familles et les proches dans un deuil que l'incertitude rend encore plus difficile.

Oliver Kamm, le retour (d'Israël)

Après un mois de décembre limité à 4 billets, Oliver Kamm est de retour à son rythme habituel: au moins une dissertation par jour, impeccablement écrite, argumentée et documentée (sur la forme, c'est un complément idéal à Instapundit qui mitraille les liens présentés souvent de manière cryptique).

Il était notamment en Israël, invité à participer à une conférence qui nourrit l'optimisme. Mais allez le lire vous-même!

mardi 4 janvier 2005

Glâné pour vous

  • Le silence pesant des médias sur l'Abou Ghraib de l'ONU au Congo, et d'autres réflexions sur l'inadaptation pachydermique de l'organisation (qui se confirme avec le tsunami), chez Ludovic Monnerat.
  • Le point sur la situation en Ukraine (via Instapundit).
  • Jeff Jarvis compare son expérience de survivant du WTC le 11.09.01, et le rôle que le blog a joué pour lui depuis, avec celle de Evelyn Rodriguez, une blogueuse survivante du tsunami.
  • Un nouveau blog irakien en anglais se révèle être celui du troisième frère de Iraq The Model, Ali, qui tout en décidant d'aller son propre chemin n'en continue pas moins la lutte.
  • Arthur Chrenkoff, décidément Sélection du Reader's Digest du blog, offre une synthèse de réactions politiques et religieuses au tsunami.
  • Pour un exemple de blog à la première personne, voyez les histoires d'hôpital que raconte ce bel infirmier français.
  • Et ne manquez pas les aventures de la "tante barrée" de Kozlika: 1, 2, 3 et 4.

lundi 3 janvier 2005

Chesnot et Malbrunot

J'aurais dû signaler (et saluer) plus tôt la réaction bien sentie de Versac, un blogueur français de gauche (et les commentaires qui suivent sont aussi pour nombre d'entre eux réconfortants), à la suite de la libération des otages français en Irak.

Bonnes nouvelles d'Irak (18)

C'est la rentrée, et voici la nouvelle édition de l'irremplaçable recension, par Arthur Chrenkoff, de ces informations sur la situation en Irak qui remettent sérieusement en perspective l'image déprimante qu'en donnent les grands médias. Comme d'habitude, c'est long et détaillé, avec des liens pour en savoir plus. Juste quelques exemples, mais allez voir vous-même.

  • Le film Voices of Iraq est un documentaire cherchant le point de vue des Irakiens eux-mêmes, au travers de la distribution de 150 caméras digitales qui, passées de mains en mains, ont restitué 450 heures filmées par 2000 personnes... Espérons qu'il passera à Londres, Paris et Genève!
  • Les travaux de reconstruction avancent, avec parmi de nombreux autres exemples ce canal d'approvisionnement en eau potable à Basra.
  • D'innombrables initiatives privées, telle que celle-ci ou celle-là, viennent apporter une aide concrète aux Irakiens.

J'arrête ici ce qui n'est que le pâle reflet d'un mince échantillon des Bonnes Nouvelles d'Irak qu'Arthur Chrenkoff compile tous les 15 jours: mais lisez-vous même l'ensemble!

Robert Malley rabat-joie

Le Monde du 1er janvier a publié une tribune dont le titre laisse deviner l'essentiel du contenu:

Les élections ne devraient guère améliorer la situation en Irak, par Robert Malley et Loulouwa Al-Rachid

Loulouwa Al-Rachid est présentée comme une chercheuse, spécialiste de l'Irak. Robert Malley, directeur du programme Moyen-Orient - Afrique du nord à l'International Crisis Group, est plus connu pour avoir été assistant spécial du président Clinton pour le Moyen-Orient; il est en particulier l'auteur d'une thèse minoritaire (et rejetée par Clinton lui-même), mais sur laquelle s'appuie activement les éléments les plus anti-israéliens, selon laquelle on ne saurait imputer à Arafat l'échec de l'ultime négociation de Taba avec Barak: elle paraît surtout fondée sur une conception machiavélienne de la diplomatie selon laquelle il faut éviter les attributions claires de responsabilité...

A un mois des élections irakiennes, et après le succès de l'élection présidentielle afghane, il est amusant / déprimant / révoltant / ironique de constater une fois de plus cette inversion des valeurs qui voit des représentants d'une société civile se voulant avancée et démocratique prêcher la prudence des colonisateurs face aux partisans de l'émancipation forcée qu'incarne désormais l'impérialisme américain:

Oubliés les dogmes sur l'importance qu'il y aurait à renforcer la société civile, transformer les relations sociales, inculquer les valeurs libérales avant d'en venir au vote, surtout dans les pays vierges de toute expérience démocratique.

De la même manière, ceux-là même qui naguère, avec Chirac et de Villepin, réclamaient un transfert immédiat de la souveraineté à des autorités irakiennes et des élections immédiates, trouvent aujourd'hui qu'elles sont trop rapides et devraient être repoussées.

Malley et Al-Rachid ont par ailleurs une lecture bien singulière de la première élection nationale démocratique en Irak:

Prévue pour le 30 janvier 2005, celle-ci doit en principe permettre aux Etats-Unis d'amorcer leur retrait, qu'il soit réel ou factice.

Ils en critiquent les modalités: cumul de l'élection nationale avec l'élection des autorités régionales (est-ce vraiment si difficile à comprendre?), conditions d'éligibilité (mais qui ne paraissent pas avoir représenté un obstacle bien sérieux quand on voit la multiplicité des listes et des candidats) et surtout choix de de la représentation proportionnelle intégrale à l'échelon national:

En faisant du pays une circonscription unique au lieu de préserver les dix-huit gouvernorats, on a pris le risque d'étouffer le poids des régionalismes et autres sensibilités idéologiques si saillantes dans l'histoire contemporaine du pays. Pourtant, c'est à cette diversité - qui fait s'entremêler, selon les enjeux, solidarités primordiales (appartenance familiale, tribale, ethnique et confessionnelle) et modernes (identité de classe, clivage entre citadins et ruraux, affiliations partisanes) - que la société doit d'avoir évité jusqu'à présent le point de rupture en dépit de guerres, sanctions et violences à répétition. Ce sont ces liens enchevêtrés que l'Etat n'a jamais su contrôler ni réduire qui ont fourni à l'Irak ses modes de régulation sociale et politique.

Bien sûr la critique n'est pas sans aucun fondement. Mais je ne peux m'empêcher de la trouver facile et de mauvaise foi, dans le sens où les mêmes feraient facilement la critique opposée si la situation était inversée. La Bosnie est la démonstration, à vrai dire pas très convaincante (et j'en étais moi aussi partisan à l'époque), de l'approche ethno-juridico-clintonienne où il paraît plus important de chercher à faire juste, subtil et équitable que légitimement démocratique, avec une usine à gaz institutionnelle coiffée par un vice-roi onusien sous "occupation" militaire étrangère encore en place quelque dix ans plus tard... Un autre élément qui rappelle le débat sur la Bosnie, c'est l'obsession sunnite (la minorité qui détenait le pouvoir sous Saddam) des auteurs, comme il y avait l'obsession serbe.

Malley et Al-Rachid omettent par ailleurs un élément essentiel qui explique sans doute largement les caractéristiques de ce scrutin et que rappelle dans un billet critique mais autrement plus intéressant Zeyad, le dentiste de Healing Iraq: il ne s'agit pas d'une élection parlementaire classique, mais bien de l'élection d'une assemblée constituante, en vue d'une Constitution à adopter d'ici fin 2005 avec, alors, les élections parlementaires selon les modalités qu'elle prévoiera. Ils ne mentionnent pas par ailleurs les autres cautèles prévues dans le fonctionnement institutionnel sous l'empire de cette assemblée (présidence collective désignant à l'unanimité le premier ministre, etc.) qui reflètent justement le souci de préserver l'unité nationale.

Bref, au total un discours aigri d'oiseaux de mauvais augure critiquant, c'est si facile, ce qui se fait: je ne veux pas dire qu'il vaut mieux avoir tort au pouvoir que raison dans l'opposition, évidemment; mais on a en tout cas plus de chance d'être utile en agissant. On aurait pu espérer une contribution plus constructive et plus spécifique en direction de la société civile: l'International Crisis Group veut-il vraiment laisser cela à Spirit of America?

dimanche 2 janvier 2005

Surtout pas d'explication théologique

L'article (accès gratuit mais il faut s'inscrire) de l'archevêque de Canterbury dans le Sunday Telegraph me fait beaucoup de bien.

Parce que, à la fois, il trouve légitime et même nécessaire la question "Comment Dieu peut-il permettre..." et à la fois il montre les limites des réponses traditionnelles à cette question, aussi chargées de vérité soient-elles (le monde a été créé pour fonctionner selon la causalité des lois qui lui sont propres). Le miracle, c'est celui d'une foi qui, inexplicablement, survit aux épreuves, faisant le deuil de toute conception magique comme de toute explication définitive.

Le bêtisier du "Guardian"

Dans un tout autre genre, Norman a aussi une rétrospective de l'année 2004 dans The Guardian... en application de l'adage: Qui aime bien châtie bien! Idée à retenir pour Le Monde ou Le Temps...

Théologie des désastres naturels

Pour continuer sur le thème "Dieu et le tsunami" et en attendant peut-être que Guillaume nous fasse part de ses réflexions sur le sujet... Norman Geras a une intéressante série de billets (à partir du 30 décembre: 1, 2, 3, 4, 5, 6...), y compris une remise dans son contexte de la fameuse formule de Marx sur la religion comme opium du peuple (No 4).

COMPLEMENT DU 7.1: ajouté le billet No 5!

samedi 1 janvier 2005

Tsunami: solidarité gay?

Si certains attribuent le tsunami à la globalisation capitaliste (voire aussi cette recension), d'autres y voient la main de Dieu pour se débarrasser de ces pédés de Suédois!

J'ai trouvé ça chez Wonkette, qui me permet également de découvrir une organisation caritative généraliste, mais issue de la communauté gay (lesbienne, gay, bi, trans, plus précisément) et qui existe depuis 4 ans déjà, le Rainbow World Fund. L'idée est à la fois de récolter des fonds par ce moyen auprès de personnes qui n'auraient peut-être pas donné à d'autres organisations, mais aussi de démontrer que les gays etc. sont, comme tout le monde, capable de solidarité et de générosité. C'est au fond complémentaire (je n'y vois pour ma part pas l'opposition "séparatiste" que certains anti-communautaristes redoutent) de la démarche qui verraient des gays et lesbiennes out assumer des responsabilités dans des organisations caritatives traditionnelles.

COMPLEMENT DU 2.1 A 13H: Pour une information exhaustive sur la catastrophe et les diverses possibilités d'aider, voir cette impressionnante page de la Wikipédia francophone (presque aussi complète que l'original anglophone, et avec les liens spécifiques à la France, la Belgique, la Suisse et le Luxembourg) et ce blog dédié (en anglais).

COMPLEMENT DU 8.1 A 13H: Ajouté le point de la dernière phrase, que j'avais renoncé à exprimer faute d'être parvenu à la formuler alors...

Bonne année!

2005: nouveau départ pour l'Autorité palestinienne, première élection démocratique d'une assemblée constituante en Irak, élections parlementaires au Royaume Uni avec un historique troisième mandat consécutif pour les travaillistes de Tony Blair, votation populaire en Suisse sur le partenariat enregistré pour les personnes de même sexe, référendum sur la Constitution européenne en Espagne ou en France... Et tout ce qui viendra en plus d'inattendu. Tous nos voeux à toutes et à tous!

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  • Démocratie en Irak: la mémoire sélective des adversaires de l'intervention
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